Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

À Montpellier, 5 000 manifestants défendent les free-parties

Manifestation à Montpellier contre la loi RIPOST et la criminalisation des free-parties

Plus de 5 000 personnes ont défilé samedi 30 mai dans les rues de Montpellier au son de la techno pour défendre les free-parties. La mobilisation, organisée dans 30 villes de France par le collectif Tekno Anti Rep, cible deux textes de loi qui prévoient de criminaliser organisateurs et participants de ces fêtes musicales libres.

Une « manifestive » au rythme de la techno

Il est 14h, ce samedi, devant l’hôtel de ville de Montpellier. Plusieurs sound-systems de l’Hérault crachent de la techno face à la mairie, drapaux antifascistes au vent. Le cortège prend ensuite le boulevard du Jeu de Paume, au son des caissons. Sur les pancartes : « Mort à la répression, vive les caissons » ou encore « La fête doit rester libre ».

L’événement, baptisé « manifestive » (contraction de manifestation et festive), rassemble au final plus de 5 000 personnes selon le décompte de Radio France. Un chiffre en hausse par rapport aux précédentes mobilisations montpelliéraines contre la répression des fêtes techno.

Sen, porte-parole de la Manifestive à Montpellier, résume le sentiment général :

« Aujourd’hui, on ne se rassemble pas dans la nature mais en ville pour revendiquer notre droit à la fête libre. Cela fait 30 ans que notre mouvement subit un harcèlement médiatique et policier. On a déjà essayé le dialogue. Là, on passe un cap dans la répression. La Macronie a choisi d’emprisonner des artistes, des techniciens mais aussi le public de ces rassemblements. »

Sen, porte-parole de la Manifestive à Montpellier

Deux textes de loi dans le collimateur

La mobilisation cible en priorité le projet de loi RIPOST, adopté par le Sénat le mardi 26 mai 2026. Ce texte crée de nouveaux délits : deux ans de prison et 30 000 euros d’amende pour les organisateurs d’une free party et jusqu’à six mois de prison et 7 500 euros d’amende pour les simples participants à une rave party interdite. La confiscation obligatoire du matériel sonore, du véhicule et la suspension du permis de conduire sont également prévues. Le texte doit encore passer devant l’Assemblée nationale.

READ  Œufs de Pâques dans les nids-de-poule : les motards de l'Hérault dénoncent l'état des routes

Les manifestants dénoncent aussi la proposition de loi dite « 1133 », portée par la députée Horizons Laetitia Saint-Paul, en attente d’adoption par le Sénat. Elle prévoyait déjà six mois de prison et 30 000 euros d’amende pour « contribuer » à l’organisation. Avant ces textes, seule une contravention de 1 500 euros était adressée aux organisateurs. Le seuil de déclaration obligatoire en préfecture serait par ailleurs abaissé de 500 à 250 participants.

Les organisateurs de la manifestive réclament le retrait de ces deux textes, le passage de la gestion des free parties du ministère de l’Intérieur au ministère de la Culture et la reprise du dialogue avec les autorités. Un communiqué du collectif rappelle que « plusieurs générations d’amateurs et amatrices de ces fêtes se mobilisent aujourd’hui pour défendre un héritage commun, menacé par des propositions de loi liberticides ».

Patrick Chemin, membre de l’union syndicale Solidaires 34, co-déclarante de la manifestation aux côtés de la Ligue des droits de l’homme, met les deux textes en perspective :

« Les free parties, comme les banlieues, ont toujours été des laboratoires de la répression. L’arsenal répressif testé d’abord sur un segment de la population finit par toucher tout le monde. On est là pour défendre une culture populaire qui ne rentre pas dans les cases de la société marchande. »

Patrick Chemin, union syndicale Solidaires 34

L’Hérault, déjà dans le viseur des autorités

La préfecture de l’Hérault a multiplié les arrêtés d’interdiction ces derniers mois. Le dernier en date remonte au 22 mai : 70 personnes s’étaient installées à Cambon-et-Salvergues, à la frontière de l’Hérault et du Tarn, avant d’être dispersées. La Ligue des droits de l’homme a par ailleurs dénoncé des violences policières lors d’une rave party dans le Morbihan dans la nuit du 21 au 22 mai, évoquant « plusieurs dizaines de blessés » parmi les participants, nassés et visés par des tirs de LBD, grenades de désencerclement et gaz lacrymogène.

READ  Le musée Fabre ferme du 4 au 22 mai pour préparer son extension

Au Sénat, le sénateur héraultais Hussein Bourgi a joué un rôle dans l’adoption de la loi RIPOST, se montrant favorable au renforcement des sanctions. Une position qui tranche avec la mobilisation de rue que connaît la capitale héraultaise ce samedi.

La suite du mouvement national

La manifestive de Montpellier s’inscrit dans une série de rassemblements qui se poursuivront partout en France. Des cortèges similaires sont prévus les 6 et 13 juin dans plusieurs villes, dont Paris. À Montpellier, le mouvement bénéficie d’une implantation solide : la métropole concentre plusieurs collectifs de sound-systems actifs depuis des années et la mobilisation de ce samedi dépasse en nombre les éditions précédentes.

Les free-parties se définissent comme un modèle de contre-culture : autogérées, gratuites ou sur donation, organisées dans des lieux naturels ou abandonnés, autour de musique électronique. Leur avenir légal dépend désormais du vote de l’Assemblée nationale sur la loi RIPOST, attendu dans les prochaines semaines. Les Montpelliérains sont de plus en plus nombreux à descendre dans la rue pour défendre leurs libertés, comme ils l’avaient fait lors de la manifestation du 1er mai place Albert 1er ou lors du rassemblement contre la hausse des frais d’inscription étudiants.