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Sans-abri à Montpellier : le centre de nuit Coallia ferme ses 40 places après deux décès

Mobil-homes d'un centre d'hébergement d'urgence de nuit fermé derrière un portail cadenassé (illustration)

Le centre d’accueil d’urgence de nuit installé rue de l’Industrie, dans le quartier des Prés d’Arènes à Montpellier, a définitivement baissé le rideau jeudi 1er octobre. Quarante places de mise à l’abri disparaissent avec lui. La fermeture tombe quatre jours après la mort d’un sans-abri de 32 ans dans un campement de fortune du secteur Saint-Lazare et au lendemain de celle d’un homme de 33 ans, retrouvé sans vie à l’intérieur même de la structure.

Quarante places fermées rue de l’Industrie

Le dispositif portait un sigle administratif, CAUN, pour centre d’accueil d’urgence de nuit. Ouvert en janvier 2020, il reposait sur des mobil-homes installés dans ce secteur du sud de la ville, d’après Midi Libre. Sa gestion avait été confiée par les services de l’État à Coallia, association née en 1962 sous le nom d’Aftam et devenue l’un des principaux opérateurs de l’hébergement d’urgence en France.

Le répertoire national des établissements sociaux situe l’abri au 900 rue de l’Industrie. La capacité se répartissait entre 32 hommes isolés et quatre couples, détaillait en 2024 Christophe Cavard, responsable local de l’association. Particularité de l’abri soulignée par ce dernier : les personnes accueillies pouvaient venir avec leur chien. Le taux d’occupation atteignait 100 % tous les jours d’après lui, obligeant l’équipe à refuser des demandes du 115.

Un bâtiment en dur devait prendre le relais à quelques mètres de là. Il n’a jamais vu le jour. Midi Libre l’explique par un défaut de financements. Hérault Tribune livrait en mai 2024 une autre version : la mairie de Montpellier avait préempté le terrain des Prés d’Arènes réservé au futur refuge pour y porter un autre projet.

Localisation : 900 rue de l’Industrie, quartier des Prés d’Arènes, Montpellier

Deux décès en quatre jours

Dimanche 27 septembre en début de soirée, un homme de 32 ans prénommé Michaël a été découvert sans vie dans un abri de fortune, dans un bosquet qui borde le cimetière Saint-Lazare, à hauteur de l’avenue François-Delmas. Les secours n’ont pu que constater le décès. Le médecin a posé un obstacle médico-légal. Le procureur de la République de Montpellier a ouvert une enquête pour recherche des causes de la mort et ordonné une autopsie, programmée le mardi suivant au CHU, rapporte Métropolitain. L’intervention d’un tiers est écartée. Souffrant depuis plusieurs jours, cet homme avait refusé de se rendre à l’hôpital.

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Mercredi 30 septembre au matin, un second homme, prénommé Mohamed, âgé de 33 ans, a été retrouvé sans vie sur le site du centre Coallia. Il y avait été accueilli la veille au soir, quelques heures avant le passage de l’Hérault en vigilance rouge pluie-inondation. Les secours n’ont pas réussi à le réanimer. Là encore, un obstacle médico-légal a été posé, une autopsie programmée au CHU et une enquête confiée au service local de police judiciaire sous l’autorité du parquet.

Quinze jours avant la découverte du corps de Michaël, Peter, un Suisse de 77 ans, avait été retrouvé mort dans son abri de fortune du secteur Plan des 4 Seigneurs-Agropolis. Fin juillet, un sans-abri de 26 ans était découvert sur la banquette arrière d’une voiture stationnée près de la gare Sud de France. Jeudi soir, ils étaient une quinzaine à se réunir place de la Comédie, selon Midi Libre. Le rassemblement avait été appelé à la mémoire de Michaël et de Mohamed. Le collectif citoyen contre le sans-abrisme s’est formé au lendemain du décès d’un homme de 28 ans, mort de froid le 30 décembre 2025. En mars, il avançait un décompte de 34 morts dans les rues de la ville sur la seule année 2025.

La préfète défend les 2 600 places financées par l’État

La préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, a été questionnée jeudi sur ce recul du nombre de places. Elle s’est refusée à chiffrer les places vouées à disparaître dans les structures montpelliéraines, relève Hérault Tribune. Elle a par contre défendu les moyens engagés par l’État dans le département.

« Aujourd’hui, dans le département, nous avons près de 2 600 places d’hébergement d’urgence. Et ça n’a cessé d’augmenter depuis 2020 »

Chantal Mauchet, préfète de l’Hérault

Près de 30 millions d’euros financent ces places, précise-t-elle. La représentante de l’État concède dans le même mouvement que le compte n’y est pas : « C’est certainement insuffisant. » Son objectif affiché tient en un mot, la rationalisation. Elle veut éviter les « sorties sèches », autrement dit les départs d’hébergement sans solution de repli. L’État entend aussi pousser ce qui existe entre l’abri d’urgence et le logement ordinaire, à savoir l’intermédiation locative, les pensions de famille ou les logements semi-collectifs assortis d’un accompagnement. Dans la version rapportée par Midi Libre, la préfète ajoute que cet hébergement d’urgence « ne peut pas être inconditionnel ».

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« Il faudrait créer 1 468 places », répond la Coordination

Du côté des professionnels du secteur, le compte ne tombe pas du même côté. La Coordination contre les coupes budgétaires dans le social, née à Montpellier, fait circuler une pétition qui dépasse les 5 700 signatures. Son texte s’appuie sur l’article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles, lequel garantit à toute personne sans abri en situation de détresse un accès à l’hébergement d’urgence à tout moment.

« Pour combler le retard, il faudrait créer 1 468 places dans l’Hérault. En réponse à ce besoin criant, les services de l’État ont décidé au contraire d’en supprimer. »

Tribune de la Coordination contre les coupes budgétaires dans le social

Le texte pointe un sous-équipement ancien. Septième département le plus pauvre de France selon ses auteurs, l’Hérault disposerait de 1,4 place pour 1 000 personnes, contre 3 pour 1 000 en moyenne nationale. Les signataires réclament aussi la transformation des mille places de mise à l’abri à l’hôtel du département en 2 000 places pérennes à coût égal. La préfète évoquait de son côté 900 places d’hôtel devant Midi Libre.

Les chiffres du 115 donnent la mesure de l’embouteillage. En 2025 dans l’Hérault, 84 074 demandes d’hébergement d’urgence ont été formulées par 7 977 personnes distinctes, dont 86 % se sont heurtées à une impossibilité de prise en charge, selon les données publiées par Métropolitain. Le tableau de bord du service intégré d’accueil et d’orientation de l’Hérault affiche pour le mois d’août 2026 une moyenne de 413 appels entrants par jour, 208 personnes en demande quotidienne et un taux de demandes non pourvues de 85 %.

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La fermeture de la rue de l’Industrie ne vient pas seule. Trois autres mouvements sont annoncés ou déjà effectifs à Montpellier et dans l’Hérault :

  • 200 places hôtelières supprimées, d’après Métropolitain
  • le centre Rives du Lez transféré vers le site de Saint-Côme, avec une capacité qui passerait d’environ 78 places à environ 35 personnes accueillies
  • l’arrêt, fin juin, du financement d’un dispositif d’accompagnement des 18-25 ans à la rue, qui mobilisait quatre salariés pour 600 jeunes, selon la Coordination

Le sujet avait déjà remonté jusqu’au Palais-Bourbon. Dans une question écrite publiée en janvier, la députée insoumise de la 2e circonscription de l’Hérault Nathalie Oziol avançait le chiffre d’environ 350 personnes dormant chaque nuit dans les rues de Montpellier, sur 2 794 sans domicile fixe recensés lors de la Nuit de la solidarité de 2023. Le ministère lui a répondu en février en rappelant la doctrine du Logement d’abord.

Sur le terrain, les associations préparent l’hiver sans attendre les arbitrages budgétaires. Solidarité Partagée, portée par Samuel Forest, a lancé cette semaine un appel aux dons de tentes et de couvertures auprès des Montpelliérains, sur le modèle d’une collecte menée l’an dernier. D’autres structures locales récupèrent le matériel avant de le lui transmettre. En septembre, étudiants, soignants et agents de l’énergie manifestaient déjà devant la préfecture à l’approche de l’examen du budget de l’État pour 2027.