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Loyers des commerces : Delafosse veut un encadrement par la loi

Rue commerçante piétonne du centre-ville de Montpellier

Le maire de Montpellier Michaël Delafosse demande à l’État d’étendre aux baux commerciaux l’encadrement des loyers qui s’applique déjà aux logements. La proposition tombe alors que plus d’un local sur dix est vide dans le centre-ville montpelliérain. Le Sénat a pourtant rejeté un texte comparable le 25 mars dernier.

« Des spéculateurs se paient sur la bête »

L’élu socialiste ne s’embarrasse pas de formules diplomatiques. Interrogé par Midi Libre, il place le niveau des loyers au premier rang des difficultés que rencontrent les commerçants.

« Pour soutenir nos commerçants, j’aimerais que la loi mette en œuvre l’encadrement des loyers. On le fait pour les logements, il faudrait le faire pour les baux commerciaux »

Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole

Pour lui, le niveau des loyers explique une bonne part des difficultés que traverse le tissu commercial local. Sa cible a un nom. « C’est assez désagréable que des spéculateurs se paient sur la bête sur des gens courageux qui entreprennent », lâche-t-il au quotidien régional. Il ne réclame pas le gel des tarifs pour autant : revaloriser un loyer reste à ses yeux « entendable », à condition qu’il y ait « des limites ».

La démarche prolonge une bataille que Montpellier mène déjà sur le logement. La ville affiche le meilleur taux de respect de France pour l’encadrement des loyers d’habitation, avec 12 % d’annonces au-dessus des plafonds légaux contre 37 % dans l’ensemble des villes analysées.

Plus d’un local sur dix est vide en centre-ville

Les relevés de terrain donnent du corps à l’argumentaire municipal. Le cabinet Codata, qui recense les emplacements commerciaux rue par rue, a passé le centre-ville de Montpellier au peigne fin le 4 mai 2026 : le taux de vacance commerciale y est monté de 10,4 % à 11,1 % en un an. Le périmètre étudié compte 1 578 emplacements, dont 1 478 locaux commerciaux et 1 280 occupés par des commerces.

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Le phénomène dépasse largement l’Hérault. Devant les sénateurs, le ministre chargé du commerce Serge Papin a chiffré la vacance commerciale nationale à 11 % en 2024, contre 6,8 % dix ans plus tôt. La sénatrice socialiste Audrey Linkenheld, élue à Lille, avance de son côté 10 000 fermetures de commerces en dix ans et un ratio moyen entre loyer et chiffre d’affaires qui atteint 15 %, quand l’équilibre soutenable se situe selon elle autour de 6 %.

Montpellier n’échappe pas aux secousses. La librairie Sauramps a demandé son placement en redressement judiciaire le 15 juin, avec un passif estimé à 4 millions d’euros. Le centre-ville voit aussi défiler les enseignes : d’après le même recensement Codata, Adidas, IKKS, Minelli, Naf Naf ou Repetto l’ont quitté sur la période, quand Decathlon, Rituals, Starbucks ou Søstrene Grene s’y installaient.

Le Sénat a fermé la porte le 25 mars

La demande du maire ne part pas de rien. Le 25 mars, la Haute Assemblée a examiné une proposition de loi visant à soutenir et valoriser les commerces de proximité, portée par Audrey Linkenheld et son groupe. Son article premier instaurait précisément ce que réclame aujourd’hui l’élu montpelliérain : un mécanisme d’encadrement des loyers commerciaux, ramené en séance au rang d’expérimentation locale.

Le rapporteur de la commission des affaires économiques Guislain Cambier a résumé la position majoritaire sans détour : la commission n’est pas favorable à l’encadrement des loyers, jugé porteur d’effets pervers et contraire à la liberté contractuelle. Plusieurs orateurs ont redouté qu’un plafonnement trop strict pousse les propriétaires à retirer leurs murs du marché, aggravant la vacance au lieu de la réduire.

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Le texte a été mis aux voix par scrutin public à la demande du groupe Les Républicains. Résultat : 113 voix pour, 227 contre sur 340 suffrages exprimés. La proposition de loi n’a pas été adoptée. L’article premier remanié et trois articles additionnels, dont la création d’observatoires locaux des loyers commerciaux, avaient pourtant été adoptés au cours de la même séance.

Les leviers dont la Ville dispose déjà

Sans loi nouvelle, la marge de manœuvre municipale reste étroite. Dans un bail commercial, le loyer d’entrée se fixe librement entre les parties. C’est sa révision qui est encadrée, indexée sur l’indice des loyers commerciaux publié par l’Insee. Cet indice recule d’ailleurs : au premier trimestre 2026, il s’établit à 135,26, en baisse de 0,45 % sur un an. Lors de l’examen de la loi Pinel en 2014, rappelait Audrey Linkenheld en séance, le Sénat avait déjà adopté un plafond de 10 % par an sur la variation des loyers.

Michaël Delafosse entend donc actionner d’autres outils, inscrits dans le programme qu’il a porté aux municipales de mars :

  • un Office du commerce réunissant associations locales et acteurs économiques pour bâtir une stratégie commerciale commune ;
  • une foncière commerciale, chargée d’acheter et de gérer des murs jugés stratégiques, avec pour objectif affiché de maîtriser les loyers et de retenir les métiers de bouche ;
  • un guichet unique pour les demandes des commerçants, des terrasses aux travaux de façade.

Reste l’argument que le maire brandit volontiers : Montpellier revendique « le plus grand centre-ville piéton d’Europe ». Un atout d’attractivité qui ne vaut que si les commerçants parviennent à y rester. Sur ce point, la balle est dans le camp du législateur.

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