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Alzheimer dans l’Hérault : 14 810 patients suivis et aucun traitement remboursé

Entrée principale de l'hôpital Gui de Chauliac, CHU de Montpellier

Une prise de sang permet désormais de repérer les lésions cérébrales de la maladie d’Alzheimer. Le marqueur qui rend ce test possible a été mis au point au CHU de Montpellier, dans le laboratoire de biochimie et de protéomique clinique dirigé par Sylvain Lehmann. À l’occasion de la journée mondiale consacrée à la maladie, ce lundi 21 septembre, le paradoxe français saute aux yeux : la capitale héraultaise sait diagnostiquer tôt. Aucun des deux traitements autorisés en Europe n’est pour autant pris en charge dans le pays.

Le marqueur p-tau217, une signature lisible dans le sang

Confirmer une maladie d’Alzheimer passe par une ponction lombaire ou par l’imagerie cérébrale. Les travaux montpelliérains ont ouvert une troisième porte : un test sanguin bâti sur le biomarqueur p-tau217, qui détecte les lésions cérébrales causées par la maladie. Une simple prise de sang y suffit.

Le test reste réservé aux structures spécialisées. Il est proposé au Centre mémoire de ressources et de recherche du CHU, ainsi que dans une quinzaine d’autres consultations spécialisées implantées en ex-Languedoc-Roussillon sous sa responsabilité, indique le Dr Karim Bennys, neurogériatre qui le dirige. Labellisé centre de référence par l’Agence régionale de santé depuis 2002, ce service de l’hôpital Gui de Chauliac couvre la maladie d’Alzheimer et les syndromes apparentés, des démences génétiques à la maladie à corps de Lewy.

L’évaluation clinique du patient garde la main sur le diagnostic. La ponction lombaire demeure la première voie d’examen en France. Le même hôpital Gui de Chauliac abrite le bloc ORL qui pose depuis plusieurs mois un implant contre l’apnée du sommeil, autre technique arrivée récemment dans l’établissement.

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Le Centre mémoire de ressources et de recherche siège à l’hôpital Gui de Chauliac, quartier Hôpitaux-Facultés.

14 810 Héraultais suivis pour une démence

Combien de personnes sont concernées dans le département ? La cartographie des pathologies de l’Assurance Maladie, mise à jour en juillet 2026, livre un décompte département par département. Pour l’année 2024, 14 810 habitants de l’Hérault étaient pris en charge au titre des démences, maladie d’Alzheimer comprise. Soit 1,18 % de la population couverte, contre 1,07 % à l’échelle du pays.

L’Hérault arrive en tête des départements d’Occitanie pour le nombre de patients, devant la Haute-Garonne et ses 13 900 personnes suivies. Rapporté à la population, le taux héraultais reste inférieur à celui de l’Aveyron ou de la Lozère. Le total reste sous celui de 2018, quand la même cartographie comptait 15 780 patients dans le département.

Le profil de ces patients tient en deux données. Les femmes représentent 9 970 des cas recensés, les hommes 4 840. Et l’âge écrase tout le reste : près de neuf patients sur dix ont 75 ans ou plus, la proportion de personnes suivies grimpant à 13,6 % entre 85 et 89 ans puis à 26,5 % à partir de 95 ans.

Ce comptage ne se superpose pas à l’estimation nationale de 1,2 million de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une autre démence, citée par la Haute Autorité de santé. Les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose : la cartographie repère les patients à partir de leurs remboursements de soins, quand l’estimation porte sur le nombre de personnes atteintes.

Deux traitements autorisés en Europe, refusés en France

C’est là que le décalage devient difficile à tenir pour les équipes soignantes. Deux anticorps anti-amyloïdes ont obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne : le lécanémab, commercialisé sous le nom de Leqembi, le 15 avril 2025, puis le donanémab, vendu sous le nom de Kisunla, le 24 septembre 2025. Aucun des deux n’a franchi l’étape française.

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Le collège de la Haute Autorité de santé a refusé l’accès précoce au Leqembi le 4 septembre 2025, puis au Kisunla le 12 mars 2026. Dans sa décision sur le second, l’autorité retient un profil de tolérance qualifié de préoccupant, avec des œdèmes et des microhémorragies cérébrales regroupés sous le sigle ARIA, une efficacité jugée non cliniquement pertinente et des contraintes organisationnelles lourdes, entre génotypage et IRM répétées. Le texte est consultable en ligne.

Le Dr Bennys voit dans cette prudence une occasion manquée. Ces immunothérapies s’adressent à moins de 8 % des malades, ceux dont la forme est légère, rappelle-t-il dans un entretien à Midi Libre, avant de résumer sa position d’une formule : « On se tire une balle dans le pied ».

« Si on l’avait autorisé, on aurait eu des données en vie réelle pour réfléchir à un remboursement. »

Dr Karim Bennys, neurogériatre, coordonnateur du centre mémoire du CHU de Montpellier

Des patients traversent déjà la frontière pour se faire soigner en Allemagne, en Autriche ou en Belgique. France Alzheimer qualifie cette décision d’« incompréhensible » pour les malades comme pour leurs proches. L’association met en garde contre des frais élevés à l’étranger sans garantie d’un suivi adapté une fois rentré. L’association rappelle que plus aucune molécule dédiée à la maladie n’est remboursée dans le pays depuis le déremboursement des anciens médicaments symptomatiques en 2018.

La prévention, seul levier immédiat

Faute de médicament, l’attention se déplace vers ce qui peut être évité. L’Organisation mondiale de la santé, dans des recommandations publiées le 15 juillet 2026, avance que « jusqu’à 45 % du risque de maladies neurocognitives pourrait être évité ou retardé » en agissant sur des facteurs dits modifiables : tabagisme, hypertension, diabète, alcool, isolement social, pollution de l’air et activité physique.

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Sur le terrain héraultais, l’accompagnement passe largement par le tissu associatif. France Alzheimer Hérault a bâti un programme autour de la journée mondiale, d’une kermesse occitane à Castelnau-le-Lez à une visite en petit train de l’Écusson montpelliérain ce lundi après-midi. L’agenda se poursuit avec une conférence sur la protection juridique mardi 22 septembre à Pérols, puis des rendez-vous de sensibilisation à Villeneuve-lès-Maguelone le 9 octobre et à Saint-Mathieu-de-Tréviers le lendemain.

Reste la recherche, terrain où le CHU montpelliérain avance sur plusieurs fronts. L’établissement doit devenir le premier hôpital français à déployer une intelligence artificielle souveraine dans son système d’information. Sur Alzheimer, le Dr Bennys résume la dernière décennie d’une formule : des avancées spectaculaires, révolutionnaires. Avec une obsession, agir tôt.