Le projet de « salle de shoot » mobile défendu par Michaël Delafosse à Montpellier reste suspendu au bon vouloir de l’État. Le maire vient de cosigner avec onze homologues de grandes villes un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu, pour que les haltes soins addictions sortent du régime expérimental. De cette décision nationale dépend le bus de réduction des risques promis pendant la campagne municipale, avec le quartier Figuerolles en secteur prioritaire.
Douze maires demandent à Matignon de pérenniser les haltes soins addictions
Onze homologues ont signé le texte avec l’édile montpelliérain : Lille, Lyon, Grenoble, Marseille, Nancy, Nantes, Paris, Rennes, Strasbourg, Tours et Villeurbanne. Le courrier a été signé le mercredi 30 septembre d’après Midi Libre et Hérault Tribune, quand BFMTV date du jeudi 1er octobre l’envoi de cette lettre ouverte.
Les douze élus réclament la pérennisation des haltes soins addictions (HSA), ces structures communément appelées « salles de shoot », un terme jugé péjoratif par les professionnels de l’addictologie. Ils veulent que ces lieux et leurs financements relèvent du droit commun, à l’image des CAARUD et des CSAPA. L’expérimentation en cours, elle, ne court que jusqu’au 31 décembre 2027.
Les signataires veulent aussi lever deux verrous : la limitation de l’expérimentation à deux régions et l’obligation d’une implantation hospitalière. Ils proposent que les ouvertures soient décidées par les directeurs généraux des agences régionales de santé, en lien avec les préfectures et les maires, à partir d’un diagnostic territorial.
« Nous avons besoin d’un engagement plein et entier de l’État pour mener une politique de lutte contre le crack et les stupéfiants coordonnée, qui s’inscrive dans la durée et articule lutte contre les trafics, prévention, soins et accompagnement. Nous sommes prêts à prendre notre part et souhaitons que l’État prenne pleinement la sienne. »
Les douze maires signataires, dans leur courrier à Sébastien Lecornu
À Montpellier, un bus plutôt qu’un lieu fixe
Le format mobile n’a rien d’anecdotique pour la capitale héraultaise. Dans son programme des municipales de mars 2026, le maire sortant promettait de porter devant l’Agence régionale de santé « la création d’une salle de consommation mobile à moindre risque ». Le texte y voit un moyen d’agir « tout en évitant toute nuisance sédentaire pour les riverains ».
Le quartier Figuerolles y est désigné comme une priorité, avec des bornes de récupération pour les seringues usagées et une convention citoyenne consacrée à la toxicomanie. Les seringues abandonnées empoisonnent depuis des années le parc de la Guirlande, ce jardin du XVIIIe siècle niché dans ce quartier populaire. L’association Ademass y a renoncé à ses deux événements face à l’insécurité et au trafic de drogue. Le même secteur concentre la réponse policière : le 9 septembre, des CRS y ont détruit des locaux poubelles transformés en points de deal à la cité Gély.
La Ville n’est pourtant pas décisionnaire sur ce terrain. Le maire ne s’en cachait pas pendant la campagne municipale.
« La municipalité n’est pas cheffe de file sur ces sujets mais pas indifférente. On ne dit pas que l’on règle tout mais on se bagarre. »
Michaël Delafosse, maire de Montpellier
Un bus santé circule déjà dans les quartiers montpelliérains. Le Ma.P, bus de prévention santé déployé depuis novembre 2022, sert à ouvrir des droits avec la CPAM et à sensibiliser aux addictions au pied des immeubles, selon le site d’engagements du maire.
Deux structures en France, trois évaluations à l’appui
Les haltes soins addictions restent une exception dans le paysage français. Il en existe une centaine en Europe pour seulement deux dans l’Hexagone, à Paris et à Strasbourg, ouvertes en 2016. Depuis mai 2026, le cahier des charges national autorise aussi les structures mobiles.
Trois travaux d’évaluation servent d’argumentaire aux maires. L’Inserm a rendu le sien en 2021, l’Inspection générale de l’administration et l’Inspection générale des affaires sociales ont publié le leur en 2024, les Hospices civils de Lyon ont bouclé le troisième en 2025. D’après le courrier, ces travaux pointent tous une baisse des risques sanitaires, moins de seringues dans l’espace public et un meilleur accès aux soins, sans mettre en évidence de hausse de la délinquance.
Autour de la structure parisienne, installée près de l’hôpital Lariboisière, le nombre de seringues ramassées chaque jour est tombé de 150 à moins de dix, selon des données rapportées fin 2025 par France 3. Le dispositif continue malgré tout de diviser, certains riverains pointant la présence de trafic aux abords. Déposée au Sénat le 5 novembre 2025, une proposition de loi visant à pérenniser ces espaces prévoit noir sur blanc qu’ils puissent être situés dans des structures mobiles.
Un précédent montpelliérain vieux de plus de trente ans
Montpellier a déjà vécu l’expérience. En 1994, l’association ASUD-Montpellier ouvrait près de la gare, rue du Pont-de-Lattes, ce qui était alors présenté comme la première salle d’injection de France. Les usagers y consommaient des traitements de substitution qui leur avaient été prescrits. L’initiative était soutenue par le maire Georges Frêche, rappelle Midi Libre.
Tout s’arrête à l’été 1995, après le malaise non mortel d’une adolescente. C’est l’administration sanitaire, la Direction générale de la santé, qui y met un terme. D’après les archives de l’association, 594 visites ont été recensées sur les trois derniers mois de 1994, ainsi que 364 injections de Temgésic.
Plus de trente ans plus tard, le dossier dépend toujours d’un feu vert de l’État. En 2021, le service d’addictologie du CHU estimait entre 1 300 et 1 700 le nombre d’usagers de drogues à Montpellier, au moment où un collectif d’habitants, Safe Controle, portait déjà un projet d’unité mobile. Depuis, les spécialistes de la toxicologie d’urgence réunis à la faculté de médecine ont alerté sur une cocaïne toujours moins chère. Les douze maires attendent désormais la réponse de Matignon à leur demande d’audience.















