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Kim Lavaud morte du paludisme en Angola : la justice relance l’instruction

Rue du centre de Luanda, capitale de l'Angola, immeubles residentiels et circulation

Plus de cinq ans après la mort de Kim Lavaud, cette jeune Héraultaise de 24 ans emportée par le paludisme alors qu’elle était en poste à l’ambassade de France en Angola, la justice remet le dossier sur la table. Saisie par la famille, la cour d’appel de Montpellier a annulé, via sa chambre de l’instruction, l’ordonnance de non-lieu qui avait clos l’enquête fin 2025. Une nouvelle juge d’instruction reprend les investigations.

« On est heureux, cela nous redonne espoir », ont réagi Christel et François Lavaud auprès de Midi Libre. Les parents de la jeune femme, installés à Saint-Jean-de-Védas, dans la métropole de Montpellier, se battent pour faire établir les responsabilités dans la mort de leur fille.

Un non-lieu le 31 décembre, un appel déposé dans la foulée

Le juge chargé de l’instruction avait rendu son ordonnance de non-lieu le 31 décembre 2025, selon ICI Hérault. La famille avait déposé plainte pour homicide involontaire en octobre 2021. Le parquet de Montpellier avait ensuite ouvert contre X une information judiciaire retenant cette même qualification, annoncée en septembre 2022.

La mère de Kim avait dénoncé publiquement ce classement dans un long message publié sur LinkedIn le 31 décembre 2025. « Une juge d’instruction vient de classer son dossier sans égards, froidement, par courrier », y écrivait-elle, en citant plusieurs rédactions nationales.

Le message publié par Christel Lavaud sur LinkedIn le 31 décembre 2025, jour de l’ordonnance de non-lieu.

Leur avocat, Me Mikaël D’Alimonte, avait interjeté appel sans attendre devant la chambre de l’instruction. Cette formation de la cour d’appel de Montpellier vient de lui donner raison sur toute la ligne.

« C’est un énorme retournement de situation. Obtenir une infirmation totale d’une ordonnance de non-lieu, avec un changement de magistrat, n’est ni commun ni anodin »

Me Mikaël D’Alimonte, avocat de la famille Lavaud

L’arrêt tient en cinquante pages. Selon l’avocat, la chambre y relève les incohérences et énumère les actes qui n’avaient pas été accomplis, dont ceux que réclamait la partie civile. « Le constat est clair : les investigations nécessaires n’ont pas été faites », estime-t-il.

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Une semaine entre un dispensaire et une clinique de Luanda

Le déroulé, la famille l’a raconté à plusieurs reprises. Le dimanche 6 juin 2021, saisie de violents maux de tête, la jeune femme pense au paludisme. D’après ses parents, elle fait seule le tour des pharmacies de la capitale angolaise pour trouver un traitement. Sans succès. L’ambassade de France n’en dispose pas davantage.

Le mercredi, elle est admise dans une clinique qui réclame d’emblée 1 000 euros et ne compte aucun service de réanimation. Le diagnostic tombe : c’est une forme grave de la maladie. Les médecins sur place recommandent une évacuation sanitaire. Ses chances de survie sont alors encore de 70 %, selon la famille, qui transmet tout ce qu’elle sait à des médecins montpelliérains.

Son assureur tente en parallèle de lui obtenir un lit en Afrique du Sud. L’appareil n’arrivera pas à temps. Vendredi, son état se dégrade au point qu’il faut l’intuber. Seule, dans une réanimation aux moyens rudimentaires, Kim Lavaud meurt le samedi 12 juin 2021. Le ministère avait ensuite diligenté une enquête administrative, restée sans réponse aux yeux des parents. La famille soutient que l’ambassade, qui comptait alors cinquante fonctionnaires à Luanda, ne disposait d’aucun plan de prévention des risques.

Neuf décès pour 3 007 cas importés en France

Le rapport d’activité 2024 du Centre national de référence du paludisme recense 3 007 cas de paludisme importé déclarés en France hexagonale sur l’année, un total quasi identique à celui de 2023. Le CNR y précise que les cas remontés par son réseau de correspondants représentent une proportion estimée à 48,8 % des cas.

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Dans ce total figurent 495 accès graves, soit 16,7 % des cas. Neuf décès ont été notifiés, pour une létalité de 3 pour mille. Le même réseau en avait compté dix-neuf un an plus tôt. L’espèce Plasmodium falciparum concentre 87,4 % des cas. Les contaminations ont eu lieu pour 97,8 % d’entre elles en Afrique subsaharienne. Le centre de référence rappelle qu’un traitement préventif se discute avec un médecin avant, pendant puis après un séjour en zone d’endémie.

Pour 2021, l’année de la mort de la jeune Héraultaise, l’Organisation mondiale de la santé estime à environ 8,9 millions le nombre de cas de paludisme en Angola et à 20 493 celui des décès, dans un intervalle allant de 13 100 à 33 800.

Une nouvelle juge, des auditions à préparer

La reprise de l’instruction ne préjuge d’aucune responsabilité. Elle ouvre une phase d’auditions qui promet d’être longue. « On repart quasiment de zéro, pour une longue période d’investigations », explique Me D’Alimonte, qui lit dans l’arrêt de la chambre une feuille de route pour la magistrate désormais saisie.

Le tribunal correctionnel de Montpellier a déjà eu à trancher cette année un dossier d’homicide involontaire, celui de la mort de la petite Marwa après une erreur d’injection à Sète. La comparaison s’arrête à la qualification pénale. Ici, les auditions à mener concernent des agents de l’État en poste à des milliers de kilomètres du palais de justice de la rue Foch.

L’avocat de la famille prévient : « Il faut s’armer de patience. Entendre un ambassadeur ou un consul demande une vraie préparation. C’est un terrain assez technique. » Il dit avoir « parfaitement conscience qu’un dossier comme celui-ci n’est pas toujours prioritaire ».

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