Plaquée au sol puis menottée devant ses élèves lundi matin, l’infirmière du lycée Jean-Monnet de Montpellier est ressortie de garde à vue sans la moindre charge. Le parquet a classé le dossier sans suite dès lundi soir. Deux syndicats d’infirmières scolaires et trois députés insoumis réclament désormais des comptes sur la manière dont les forces de l’ordre sont intervenues devant l’établissement.
Une garde à vue levée sans charge retenue
La professionnelle de santé, âgée de 53 ans, avait été interpellée lundi 2 novembre au matin devant son lycée, rue de Malbosc. Elle avait ensuite été placée en garde à vue pour des faits d’« outrage, rébellion et participation sans arme à un attroupement après sommation de se disperser », selon les termes communiqués par le parquet.
Les investigations n’ont pas permis de caractériser suffisamment l’infraction. Le parquet a fait savoir lundi en soirée que la mesure était levée sans charge retenue et que la procédure était classée sans suite, pour « cause d’infraction insuffisamment caractérisée ». Le procureur de la République de Montpellier, Thierry Lescouarc’h, avait déjà eu à détailler les suites judiciaires du mouvement lycéen début octobre, lorsque son parquet avait recensé 44 gardes à vue dont 38 mineurs.
Deux élèves de 15 ans étaient eux aussi passés par la garde à vue lundi matin, après avoir refusé d’obtempérer aux sommations.
Ce que racontent les images devant le lycée
La scène s’est jouée au premier jour de la reprise après les vacances de la Toussaint. Des élèves avaient barricadé le portail avec des poubelles. Jean-Monnet était alors le seul établissement bloqué dans l’académie de Montpellier, selon le rectorat.
Un élève de terminale de 17 ans prénommé Léo, engagé dans la coordination lycéenne, a décrit à l’Agence France-Presse des forces de l’ordre qui, passé trois sommations, se sont mises à extraire les élèves « assez violemment ». Des jeunes sont tombés au sol. D’autres ont fini « compressés contre les poubelles ». Enseignants et personnels s’étaient interposés en formant un cordon devant les élèves. L’infirmière se tenait dans ce cordon.
Une vidéo diffusée par ICI Hérault, puis massivement relayée, montre la cinquantenaire crier en direction des forces de l’ordre avant d’être projetée au sol, maintenue face contre terre et menottée. Interrogé, le rectorat n’a voulu confirmer qu’un seul point : l’infirmière était alors sur la voie publique. Rien de plus.
La préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, a défendu l’intervention en rappelant que « la liberté de manifester ne comprend pas celle de bloquer ». Selon elle, l’infirmière se trouvait là « en tant que participante à un attroupement sur la voie publique visant à bloquer un établissement scolaire ».
Trois députés saisissent le procureur au titre de l’article 40
Le classement sans suite n’a pas refermé le dossier. Trois députés La France insoumise ont saisi mardi le parquet montpelliérain par un signalement fondé sur l’article 40 du code de procédure pénale. Les élus demandent que l’intervention policière devant Jean-Monnet soit examinée, en vue d’éventuelles suites judiciaires « pour violences commises par une personne dépositaire de l’autorité publique ».
Après l’interpellation violente d’une infirmière scolaire par un policier devant le lycée Jean Monnet à #Montpellier, nous avons saisi le Procureur de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, avec @NathalieOziol et @Portes_Thomas. pic.twitter.com/NYoo1bo0am
— CARRIERE Sylvain (@Sylv20CARRIERE) 3 novembre 2026
Les réactions politiques avaient fusé dès lundi. Le maire socialiste de Montpellier, Michaël Delafosse, a dit sur X sa « stupéfaction » et réclamé « une enquête interne ». Le sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi a interpellé la préfète : « Attention à la provocation et au dérapage de trop. » Le député insoumis Sylvain Carrière, lui, a parlé d’un « scandale ».
Ce n’est pas la première fois que le dispositif policier déployé devant les lycées montpelliérains se retrouve sur la sellette. Un rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier, publié le 12 octobre, mettait déjà en cause le rôle de la police municipale dans les opérations de maintien de l’ordre liées au mouvement.
Les syndicats veulent des sanctions et des postes
Du côté des infirmières scolaires, deux organisations ont pris la parole. Le Snies-UNSA s’interroge sur l’usage de la force et demande à la rectrice de l’académie de Montpellier qu’une aide psychologique soit accordée à sa collègue.
« Une infirmière qui se met entre un adulte et un enfant fait son métier. Nous voulons savoir pourquoi ce geste l’a conduit au sol. »
Gwenaëlle Durand, secrétaire générale du Snies-UNSA
Le Snics-FSU va plus loin. Dans un communiqué publié lundi, le syndicat exige « que toute la lumière soit faite sur ces violences, que les responsabilités soient établies et que des sanctions soient prises le cas échéant ». Sa secrétaire générale, Saphia Guereschi, avait dénoncé auprès de l’AFP un « usage disproportionné de la force ».
Le texte relie l’affaire à une revendication ancienne de la profession : la création de 15 200 emplois infirmiers supplémentaires, soit une infirmière pour 500 élèves. Les chiffres nationaux donnent la mesure du sujet. À la rentrée 2026, le pays alignait quelque 8 000 infirmières et moins de 900 médecins scolaires pour un peu moins de 12 millions d’élèves du primaire au lycée. Deux courbes qui ont nettement reculé en dix ans.
Le Snics-FSU appelle les infirmières à rejoindre la journée de mobilisation du 5 novembre, à laquelle sept organisations syndicales héraultaises appellent déjà. À Montpellier, la question de la proportionnalité de l’intervention risque de s’y inviter.















