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Tempête du 24 août : l’État refuse la catastrophe naturelle dans l’Hérault

Un grand pin brisé par la tempête, branches et troncs débités au sol dans un parc

La réponse de l’État est tombée quatre jours après la tempête. Les communes de l’Hérault qui réclamaient la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle après l’épisode venteux du 24 août ont reçu une fin de non-recevoir de la préfecture. Les dégâts provoqués par le vent sortent du champ de ce régime. Les sinistrés devront se retourner vers la garantie tempête de leur contrat d’assurance.

Un courrier identique pour toutes les communes sinistrées

Paulhan, Plaissan et plusieurs autres communes héraultaises ont reçu le même document, signé de Véronique Martin Saint Léon, secrétaire générale de la préfecture de l’Hérault. Le refus a été notifié le 28 août, rapporte France 3 Occitanie.

L’argument tient en une définition. La garantie catastrophe naturelle ne s’applique aux vents que pour les « vents cycloniques », que le courrier qualifie de vents tropicaux. Les rafales qui ont couché des arbres et arraché des toitures dans le département relèvent selon la préfecture d’une autre garantie, dite « Tempête, Neige et Grêle », déjà incluse dans les contrats d’assurance dommages.

La conséquence est directe pour les habitants. Cette garantie joue sans arrêté ministériel ni publication au Journal officiel, précise le courrier. Chaque assuré doit donc vérifier lui-même qu’elle figure dans son contrat, relève Midi Libre.

Chez les élus, la décision passe mal. Le maire de Paulhan, Claude Valéro, a réagi sur ses réseaux sociaux.

« Vraiment désolé que tous les préjudices subis ne soient pas reconnus. De nombreux élus continuent de se battre pour infléchir la décision. Il est vrai qu’il est confortable dans les bureaux des administrations de ne pas se préoccuper des situations dramatiques que vivent nos communes et ses administrés. »

Claude Valéro, maire de Paulhan

Le vent, angle mort du régime catastrophe naturelle

Le mécanisme dit Cat-Nat repose sur une liste fermée : inondation et submersion marine, retrait-gonflement des argiles après sécheresse, séisme, mouvement de terrain, avalanche, éruption volcanique. Les cyclones et ouragans y figurent aussi, à une condition de vitesse très haute : plus de 145 km/h en moyenne sur dix minutes ou 215 km/h en rafales.

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Le ministère de l’Économie liste à l’inverse ce qui reste dehors : les tempêtes dont les vents sont inférieurs à ceux des cyclones, la grêle, la neige, les feux de forêt. Ces sinistres relèvent des garanties incluses dans les contrats d’assurance dommages aux biens. Les conditions précises de l’indemnisation Cat-Nat sont détaillées sur le site du ministère.

Une toiture arrachée ou un arbre couché sur un garage entrent donc dans la seconde catégorie. C’est cette frontière juridique, tracée en 1982, qui vient de se refermer sur les communes héraultaises.

À Montpellier, des propriétaires seuls face aux arbres brisés

La capitale héraultaise, qui avait vu des platanes barrer ses avenues le soir de l’orage, n’a pas été épargnée. Au domaine de Lussac, un bois privé de trois hectares situé entre Malbosc et Alco, au-dessus de l’avenue des Moulins, la tempête a décapité des dizaines d’arbres. Le site jouxte le parc Henri Lagattu, propriété de la Ville, classé en zone naturelle.

Les cinq copropriétaires décrivent des troncs sectionnés en hauteur plutôt que déracinés. « Les arbres n’ont pas été déracinés mais comme guillotinés », observe Anne-Marie Sabatier, résidente depuis 1979, dans les colonnes de Midi Libre. Pins d’Alep, chênes verts, chênes blancs et cyprès ont cédé.

Le problème est maintenant financier. Ces habitants sont couverts en responsabilité civile si un arbre tombe chez un voisin, pas pour ceux qui s’effondrent à l’intérieur de leur propre parc. Faire venir une grue pour un seul sujet menaçant leur a déjà coûté plus de 3 000 euros, sans compter le débitage ni l’évacuation.

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L’inquiétude porte aussi sur la saison prochaine. Les allées obstruées empêchent le passage des secours. Le bois laissé au sol devient un combustible. Les copropriétaires redoutent un risque d’incendie élevé si les arbres tombés ne sont pas retirés avant le printemps.

Le parc Henri Lagattu, entre Malbosc et Alco, voisin immédiat du bois privé de Lussac.

Des élus veulent réécrire la loi de 1982

Le sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi travaille sur le sujet depuis la tempête Nils. Il a déposé au Sénat, le 20 juillet 2026, une proposition de loi destinée à ranger les phénomènes atmosphériques les plus violents parmi les catastrophes naturelles reconnues. Le dépôt est intervenu cinq semaines avant l’épisode du 24 août.

« Aujourd’hui les dégâts occasionnés par le vent en 2026, sont sans commune mesure avec les dégâts occasionnés par le vent en 1982, date de la mise en place de la loi. »

Hussein Bourgi, sénateur PS de l’Hérault

Son article unique modifierait deux articles du code des assurances pour y inscrire les tempêtes, ouragans, cyclones, tornades ou vents violents lorsqu’ils dépassent, par leur intensité ou leur étendue, des caractéristiques normalement assurables qu’un décret resterait à fixer. Le dossier législatif du Sénat ne mentionne à ce jour qu’une seule étape franchie : le dépôt. Aucune date d’examen en séance n’est arrêtée.

Son collègue Jean-Pierre Grand, également sénateur de l’Hérault, avait écrit dès le 25 août au Premier ministre Sébastien Lecornu pour réclamer un arrêté rapide. Il évoquait alors « une trentaine de communes au moins » concernées par les dégâts. Devant France 3, il a jugé « insupportable » d’expliquer aux gens qu’un vent jugé pas assez fort n’a rien à voir avec une catastrophe naturelle.

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Le débat déborde largement l’Hérault. Le 26 août, en déplacement à Pomas, dans l’Aude, où une tornade a ravagé le village, la présidente de région Carole Delga a demandé au président de la République un régime dérogatoire pour l’Occitanie. Elle avance que le territoire pèse 9 % de la population française pour 36 % des dommages climatiques recensés en France. Les maires héraultais, eux, attendent toujours de savoir sur quel texte s’appuyer la prochaine fois.