Les supporters du MHSC ne pousseront pas la porte du Chaudron samedi soir. Deux arrêtés, l’un signé par le ministre de l’Intérieur, l’autre par la préfecture de la Loire, leur ferment Saint-Étienne à l’occasion de la 5e journée de Ligue 2. Le club pailladin a mis les deux documents en ligne mardi.
Deux arrêtés pour un seul déplacement
Le premier texte vient de la place Beauvau. Laurent Nuñez l’a signé le 1er septembre. Il vise, le samedi 5 septembre 2026 et de zéro heure à minuit, toute personne qui se prévaut « de la qualité de supporter » du Montpellier Hérault Sport Club ou qui se comporte comme telle. Pour ces personnes, tout trajet vers Saint-Étienne depuis une commune héraultaise devient illégal, quel que soit le mode de transport choisi. Le ministre s’appuie sur l’article L. 332-16-1 du code du sport, qui lui donne ce pouvoir depuis mars 2011.
Le second est antérieur de deux semaines. Numéroté DS 2026-1705, il a été pris à Saint-Étienne le 18 août et signé par Géraud d’Humières, sous-préfet de Montbrison, pour le préfet de la Loire et par délégation. Ce texte-là verrouille le terrain. Du 5 septembre à 8 heures au 6 septembre à 6 heures, aucun supporter montpelliérain ne pourra accéder au stade Geoffroy-Guichard ni à ses abords. L’interdiction de circuler ou de stationner s’étend à une vingtaine de rues, places et axes répartis sur deux communes, Saint-Étienne et sa voisine Saint-Priest-en-Jarez.
- le centre-ville stéphanois, avec les places Jean Jaurès, Carnot, du Peuple, celle de l’Hôtel de ville ainsi que l’esplanade de France ;
- l’autoroute A72, entre la bretelle de sortie 13 et celle de sortie 14 ;
- le boulevard Thiers, le boulevard Georges Pompidou et l’avenue François Mitterrand ;
- les rues Pierre de Coubertin, de la Tour, des Aciéries et des Trois Glorieuses.
Dans ce périmètre, l’arrêté préfectoral proscrit aussi la détention, l’acheminement comme l’usage du moindre article pyrotechnique. Même chose pour n’importe quel objet susceptible de servir de projectile.
Novembre 2024, la rixe qui pèse encore
Pour justifier une mesure aussi large, les deux textes remontent le fil des rencontres passées. La date qui revient partout est celle du 23 novembre 2024. Ce jour-là, à Saint-Étienne, 260 supporters montpelliérains sont descendus de leurs bus à l’approche du stade pour affronter 300 à 400 Stéphanois, selon l’arrêté du ministre. Certains étaient munis d’armes par destination.
Le récit de la préfecture est plus cru encore. Elle décrit des ultras pailladins qui quittent les bus sous escorte, armés de barres de fer et de chaînes, trois assauts successifs face aux Magic Fans, des tirs d’engins pyrotechniques et du mobilier urbain utilisé comme projectile. Pour ramener le calme, il a fallu 170 grenades lacrymogènes côté forces de l’ordre, plus 5 600 litres d’eau envoyés par un lanceur. Six supporters montpelliérains ont été blessés, dont un hospitalisé. Quatre membres des forces de l’ordre l’ont été également. Les bus sont repartis vers l’Hérault sans que personne n’ait vu la tribune visiteurs.
L’antagonisme est bien plus ancien. La préfecture cite une interpellation à la gare de Saint-Étienne Bellevue, le 20 février 2010 : des supporters héraultais y avaient été trouvés porteurs d’armes par destination. Puis des vitres de bus stéphanois brisées à Montpellier le 9 février 2020. Puis, le 19 septembre 2021 à la Mosson, des effets personnels à l’effigie des Magic Fans dérobés dans un bus pendant le match. Le 7 février 2026, à l’issue du dernier ASSE-MHSC disputé à Geoffroy-Guichard, des ultras stéphanois ont coupé la route à un groupe de visiteurs avant d’en agresser deux. L’une des victimes a dû être hospitalisée.
Les déplacements pailladins passés au crible
L’arrêté ministériel ne se contente pas de la rivalité entre les deux clubs. Il aligne, considérant après considérant, les incidents attribués aux supporters des deux camps. Côté montpelliérain, le déplacement du 10 avril 2026 à Annecy y figure en bonne place : bousculades, propos injurieux visant les forces de l’ordre puis usage d’engins pyrotechniques dissimulés, dont certains sont tombés sur la piste d’athlétisme et l’ont endommagée. Ce jour-là, le MHSC avait ramené un point du Parc des Sports au terme d’un 0-0 sans relief.
Le texte mentionne également le 20 février 2026 à Rodez, où les Pailladins s’étaient inclinés 1-0, dans une série de déplacements marqués par l’usage d’engins pyrotechniques. À Pau, le 20 mars, deux supporters héraultais ont été interpellés avant le coup d’envoi pour port d’engin pyrotechnique. Pendant la rencontre, des brûlures ont nécessité la prise en charge hospitalière de spectateurs palois et montpelliérains.
Le ministère rappelle enfin la soirée du 16 mars 2025 à la Mosson. Cinquante-neuf engins pyrotechniques avaient été allumés dans les tribunes, avec une bombe agricole qui a blessé une supportrice. Des projectiles lancés ont touché un stadier. Une tentative d’envahissement de la pelouse, une poubelle incendiée puis une buvette détruite avaient conduit à l’arrêt définitif du match. À la date de l’arrêté, 15 supporters montpelliérains sont frappés d’une interdiction administrative de stade, contre 34 côté stéphanois. Deux de chaque côté sont sous le coup d’une interdiction judiciaire.
« seule une interdiction des déplacements individuels et collectifs des personnes se prévalant de la qualité de supporter du MHSC ou se comportant comme tel, est de nature à éviter l’ensemble des risques sérieux pour la sécurité des personnes et des biens à l’occasion de la rencontre du samedi 5 septembre 2026 »
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, dans l’arrêté du 1er septembre 2026
Le club a mis en ligne l’arrêté préfectoral et celui du ministre dans leur version intégrale.
🏟️❌ #ASSEMHSC : Interdiction de déplacement des supporters montpelliérains
— MHSC (@MontpellierHSC) September 2, 2026
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Six mois de prison encourus pour qui passerait outre
Braver un arrêté ministériel de ce type n’a rien d’anodin. Le code du sport prévoit six mois d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour les personnes qui ne s’y conforment pas. Le juge doit en plus prononcer une interdiction judiciaire de stade d’un an, sauf décision contraire spécialement motivée.
Les deux textes restent contestables devant la justice administrative. L’arrêté préfectoral ouvre un délai de recours de deux mois devant le tribunal administratif de Lyon, avec la possibilité d’un recours gracieux auprès de la préfecture ou d’un recours hiérarchique auprès du ministre. Ce délai court à compter de la publication de l’arrêté.
Reste un match à jouer. Les Montpelliérains aborderont ce déplacement sans le moindre soutien dans les travées de Geoffroy-Guichard. Le coup d’envoi sera donné samedi à 20 heures, sur beIN Sports 1.















