Une Porsche 911 lancée à 175 km/h sur l’avenue François-Delmas, à deux pas du Corum. Dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 août, un conducteur de 23 ans a fui pendant un quart d’heure un équipage de la brigade anticriminalité avant de rester bloqué dans une fosse de la ligne de tramway, quai du Verdanson.
Cinq jours plus tôt, un autre automobiliste du même âge grillait neuf feux rouges et percutait deux voitures en fuyant un contrôle à la Croix d’Argent. Deux scènes qui collent au profil dressé par les statisticiens du ministère de l’Intérieur.
Un quart d’heure de fuite entre l’Aiguelongue et le Verdanson
Tout commence peu avant 2 heures du matin, dans le quartier de l’Aiguelongue. Un équipage de la brigade anticriminalité repère une Porsche 911 qui circule sur les voies réservées aux bus, avenue de la Justice-de-Castelnau. Les policiers s’approchent pour contrôler le conducteur. Celui-ci refuse d’obtempérer et remonte l’avenue à 120 km/h.
La suite se joue dans un périmètre très habité. Le jeune homme file vers le quartier des Beaux-Arts par la rue Beauséjour, emprunte l’avenue Saint-Lazare puis l’avenue François-Delmas, où son compteur atteint 175 km/h à proximité du Corum. Plusieurs feux rouges sont franchis. Une voiture est évitée de justesse.
La course s’achève quai du Verdanson. Le véhicule reste immobilisé dans une fosse de la ligne de tramway. La poursuite aura duré une quinzaine de minutes, selon le récit publié par Midi Libre.
Le conducteur, né en 2003 et domicilié à Montpellier, présente un taux d’alcoolémie de 1,64 gramme par litre de sang, soit plus du double du seuil délictuel. Il roulait sans assurance. Placé en garde à vue au commissariat, il en est ressorti avec une convocation devant la justice au mois de mars. Sa voiture a été envoyée à la fourrière.
Cinq jours plus tôt, neuf feux rouges grillés à la Croix d’Argent
La scène du 12 août n’est pas isolée. Le vendredi 7 août vers 16 heures, une patrouille de la compagnie d’intervention engagée sur un contrôle routier à la Croix d’Argent tombe sur un véhicule arrêté en travers de la rue Gaston-Bachelard. À la vue des fonctionnaires, le conducteur fait marche arrière et prend la fuite.
Rattrapé avenue du Colonel-André-Pavelet, il refuse une seconde fois de s’arrêter alors que deux policiers ont mis pied à terre. Suit une dizaine de minutes de poursuite dans les rues de la ville, notamment avenue de Toulouse, où l’homme roule à contresens et sur les pistes cyclables. Le bilan tient en une ligne : neuf feux rouges grillés, des voies de bus empruntées, deux voitures percutées dont un véhicule sérigraphié de la police.
Interpellé vers 16 h 15, cet Isérois de 23 ans se disant sans domicile fixe conduisait un véhicule appartenant à une société de pressing, volé à Cannes le 28 juillet. Il a été remis en liberté avec une convocation devant le tribunal fixée au 11 février 2027.
Deux ans de prison encourus, des peines qui ne se confondent pas
Le refus d’obtempérer relève de l’article L. 233-1 du code de la route. Depuis la loi du 24 janvier 2022, il est puni de deux ans d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Le texte prévoit aussi la suspension du permis pour trois ans au plus, son annulation, un travail d’intérêt général ou la confiscation du véhicule.
Un alinéa de cet article pèse lourd dans ce type de dossier. Les peines prononcées pour le refus d’obtempérer se cumulent sans possibilité de confusion avec celles prononcées pour les autres infractions commises au volant. L’alcoolémie et le défaut d’assurance relevés dans la nuit du 12 août s’additionnent donc au reste.
Quand la fuite expose directement autrui à un risque de mort ou de blessures graves, l’article L. 233-1-1 porte la sanction à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Elle grimpe à sept ans et 100 000 euros lorsque ce sont les policiers eux-mêmes qui sont visés. Dans ces cas aggravés, la confiscation du véhicule devient obligatoire, sauf décision spécialement motivée du tribunal.
L’Hérault au-dessus de la moyenne nationale
Le service statistique du ministère de l’Intérieur a publié le 17 juin une étude inédite sur ces infractions. En 2025, les forces de sécurité ont enregistré 36 900 délits de refus de contrôle routier, dont 28 200 refus d’obtempérer sur la route. La hausse atteint 9 % en un an, très au-dessus des 2 % de progression annuelle moyenne observés depuis 2016.
Ce sont les formes les plus violentes qui tirent la courbe. Les refus d’obtempérer aggravés ont bondi de 16 % sur un an, passant de 3 900 faits en 2016 à 6 200 en 2025. Leur part parmi les refus d’obtempérer routiers est montée de 16 % à 22 % en dix ans.
Rapporté à la population, le phénomène touche l’Hérault plus que la moyenne. Le département affiche 5,8 délits de refus de contrôle routier pour 10 000 habitants par an entre 2020 et 2025, contre 5,1 au niveau national. Il se classe au 25e rang sur 102 départements. Sur les seuls refus d’obtempérer routiers, l’Hérault est à 4,5 pour 10 000 habitants, derrière le Gard (4,7) et les Pyrénées-Orientales (6,1) mais devant la Haute-Garonne (3,6).
Les deux affaires montpelliéraines correspondent au portrait-robot des statisticiens. Sur le périmètre de la police nationale, 72 % des refus d’obtempérer aggravés sont commis par des 15-29 ans et 96 % par des hommes. Les créneaux horaires collent aussi : entre 2023 et 2025, la tranche de 2 heures du matin concentre 6,3 % des faits et celle de 16 heures 6,4 %, deux des créneaux les plus chargés.
« Ce n’est pas une situation d’échec, c’est un constat qu’il y a de moins en moins de respect de l’autorité dans notre pays et qu’il faut la réaffirmer. »
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, sur TF1 le 3 février 2026
Le ministre avait alors assumé une instruction de fermeté : des poursuites judiciaires dans tous les cas de refus d’obtempérer et un engagement systématique des équipages, sous réserve des conditions de sécurité. Les deux conducteurs interpellés à Montpellier ce mois-ci comparaîtront l’un en mars, l’autre en février 2027. En mars dernier, une course-poursuite à 100 km/h dans les rues de la ville s’était achevée par le renversement du véhicule, le conducteur prenant la fuite à pied en laissant sa passagère blessée dans l’habitacle. La même brigade anticriminalité avait surpris une transaction de résine de cannabis le 1er août, place Bouschet-de-Bernard.
L’étude complète du ministère est consultable en ligne avec ses données départementales.















