Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Grève des pêcheurs de Méditerranée : le mouvement suspendu, une réunion prévue le 11 avril

La grève illimitée des pêcheurs de Méditerranée, annoncée pour ce mardi 7 avril, n’aura finalement pas lieu. Après plusieurs jours de tensions autour du prix du carburant, le comité régional des pêches d’Occitanie a choisi de suspendre le mouvement et de privilégier le dialogue avec le gouvernement. Une décision qui traduit la complexité du conflit : mobiliser l’ensemble de la flotte aurait effectivement paralysé la région, mais elle aurait aussi penalisé les pêcheurs les plus fragiles.

Une trentaine de chalutiers et jusqu’à 500 navires de petits métiers auraient pu rester à quai dans les ports méditerranéens. C’est précisément cette menace que Bernard Perez, président du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) d’Occitanie, a décidé de lever dimanche 5 avril. Sète, Port-Vendres, Agde, La Nouvelle : les ports occitans auraient été les premiers à subir l’arrêt.

Une grève suspendue « par responsabilité »

Le 1er avril, les représentants de la filière réunis à Sète avaient voté à l’unanimité une grève illimitée à compter du 7 avril. Le prix du gazole maritime, en forte hausse depuis le début de la crise liée au conflit iranien, rend chaque sortie en mer déficitaire pour la plupart des équipages. Les marins perdent en moyenne 350 à 375 euros par semaine selon le comité régional. Pour un petit chalutier exploité en famille, cette perte d’une semaine représente un manque à gagner considérable.

Mais après consultation de l’ensemble des professionnels du littoral, Bernard Perez a finalement opté pour la suspension du mouvement. Le président du CRPMEM invoque « l’intérêt général et la souveraineté alimentaire » : bloquer les ports le 7 avril aurait pénalisé les petits pêcheurs encore capables de travailler et privé les consommateurs de poisson frais. Cette approche pragmatique, bien que frustrante pour les marins en détresse, reconnait la fragmentation de la filière : contrairement aux grandes pêcheries industrielles, les petits métiers n’ont aucune capacité de stockage.

« Nous sommes responsables. Mais les promesses du gouvernement ne sont pas tenues. Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout pour nous faire entendre. »

Bernard Perez, président du CRPMEM d’Occitanie

20 centimes par litre : une aide jugée dérisoire

Le 24 mars, l’État avait annoncé une enveloppe de 70 millions d’euros pour soutenir la filière, dont une aide directe de 20 centimes par litre de gazole maritime. Les pêcheurs estiment cette mesure largement insuffisante au regard de la flambée des prix à la pompe. Le baril de gazole professionnel a enregistré une hausse spectaculaire depuis le début de l’année, dépassant 120 euros pour la première fois. À ce niveau, un petit navire consommant 5 000 à 7 000 litres par semaine dépense entre 600 et 840 euros supplémentaires pour rester à quai.

READ  Aéroport de Montpellier : 39 destinations et un programme record pour l'été 2026

À Sète, premier port de pêche de Méditerranée, 11 chalutiers et une centaine de navires de petits métiers sont directement touchés. L’impact dépasse les seuls marins. Kelly Llinarès, directrice de la criée de Sète, avait alerté dès l’annonce de la grève : entre 10 et 15 tonnes de poisson transitent chaque jour par le marché sétois. L’arrêt total de l’activité aurait mis en péril quelque 660 emplois indirects liés à la filière, de la logistique aux poissonneries. Pour ces travailleurs du secteur tertiaire, un blocage de quelques jours représente une menace de chômage technique ou de perte salariale.

Prochaine étape : une réunion le 11 avril

Les pêcheurs d’Occitanie ont adressé un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu et à la ministre de la Pêche Catherine Chabaud pour obtenir un rendez-vous en urgence. Tant que les discussions n’aboutissent pas à des mesures concrètes, la menace d’un blocage total des ports reste sur la table.

Une nouvelle réunion du comité régional est programmée le samedi 11 avril pour faire le point sur l’avancée des négociations. Si les réponses du gouvernement restent jugées insuffisantes, le mouvement pourrait reprendre sous une forme plus dure. La mobilisation symbolique du 1er avril à Sète, où les chalutiers étaient restés à quai plusieurs heures, avait déjà donné un avant-goût de ce que la filière est capable d’organiser.

La situation reste tendue dans l’ensemble des ports méditerranéens. Certains professionnels évoquent aussi des risques de pénurie de gazole maritime dans les semaines à venir, ce qui pourrait précipiter un nouvel arrêt de l’activité, cette fois subi et non choisi. En parallèle, les pêcheurs des Alpes-de-Haute-Provence et de Corse observent attentivement les négociations occitanes, prêts à rejoindre la mobilisation si les demandes ne sont pas satisfaites.

READ  Escale à Sète 2026 : 120 voiliers et sept jours de fête maritime à 30 minutes de Montpellier

Un secteur fragilisé sur tout le littoral

La crise du carburant frappe l’ensemble de la façade méditerranéenne, de l’Occitanie à la Corse en passant par la région PACA. Les équipages des navires de moins de 15 mètres, qui représentent l’immense majorité de la flotte, sont les plus vulnérables : contrairement aux chalutiers industriels, ils ne disposent d’aucune marge pour absorber la hausse des coûts. Pour ces petits pêcheurs, le gazole constitue 30 à 40% de leur budget d’exploitation annuel.

À Sète, ville qui prépare par ailleurs sa grande fête maritime Escale à Sète prévue cet été, la filière pêche reste un pilier économique et identitaire. La suspension de la grève est perçue localement comme un geste de bonne volonté, pas comme un abandon. Les prochains jours diront si le gouvernement saisit cette main tendue. Le secteur attend maintenant soit une baisse structurelle des prix du carburant, soit des mesures d’aide plus substantielles que les 20 centimes actuels.