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Isabelle Olivieri : cette biologiste montpelliéraine bientôt gravée sur la tour Eiffel

Noms des 72 savants gravés en lettres d'or sur le premier étage de la tour Eiffel

La biologiste Isabelle Olivieri, décédée à Montpellier en décembre 2016, verra son nom gravé en lettres d’or sur la tour Eiffel en 2027. La chercheuse de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier figure parmi les 72 femmes scientifiques retenues pour rejoindre, en miroir, les 72 noms masculins choisis par Gustave Eiffel en 1889.

La Ville de Montpellier a rendu publique l’information lundi 20 avril sur son site En Commun. C’est la consécration posthume d’une pionnière de la génétique des populations, devenue en 1993 la première femme à occuper une chaire dans cette discipline à l’université de Montpellier.

Une pionnière de la biologie évolutive passée par Stanford et l’ISEM

Née le 9 mars 1957 à Montoire-sur-le-Loir, dans le Loir-et-Cher, Isabelle Olivieri sort ingénieure agronome d’AgroParisTech en 1980. Elle enchaîne avec un doctorat soutenu à l’université Montpellier-II en 1987, après un postdoc effectué à Stanford en 1983. Elle rejoint ensuite l’Inra puis l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, où elle mène l’essentiel de sa carrière.

Sa spécialité : la biologie évolutive, autrement dit la discipline qui cherche à comprendre comment les espèces se transforment dans le temps. Elle a été l’une des premières à articuler génétique des populations et écologie, avec une démarche de modélisation mathématique appliquée à la conservation des espèces. Ses travaux sur la centaurée de la Clape, une plante endémique du littoral audois menacée de « suicide évolutif », restent une référence.

Une réparation symbolique après 137 ans de frise exclusivement masculine

L’initiative vient de la Ville de Paris, de la Société d’exploitation de la tour Eiffel et de l’association Femmes & Sciences, épaulées par le CNRS. En 1889, Gustave Eiffel avait fait inscrire 72 noms de savants français sous la première plateforme du monument, en lettres d’or de 60 centimètres. Aucune femme ne figurait sur cette frise, pas même Marie Curie, deux fois prix Nobel.

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Un comité coprésidé par l’astrophysicienne Isabelle Vauglin et Jean-François Martins, président de la SETE, a tenu huit sessions de travail à partir de juin 2025. Son rapport a été publié en septembre 2025. La sélection couvre 250 ans de recherche française, de la sage-femme Angélique Du Coudray, née en 1712, à la mathématicienne Yvonne Bruhat, disparue en 2025. La liste a été transmise aux Académies des sciences, des technologies et de médecine pour validation avant la gravure, prévue courant 2027.

La liste des 72 femmes scientifiques qui rejoindront la frise de la tour Eiffel.

Médaille du CNRS en 2007, Légion d’honneur refusée en 2009

Isabelle Olivieri a reçu le Prix Descartes-Huygens en 2002, la médaille d’argent du CNRS en 2007 et le Grand prix de la Société française d’écologie en 2012. Elle a présidé la Société européenne de biologie évolutive entre 2004 et 2007. Elle occupait aussi la vice-présidence de la société nord-américaine d’évolution.

La scientifique s’est pourtant fait connaître par un geste rare : en 2009, elle refuse la Légion d’honneur, pour protester contre la réforme de la politique de recherche portée à cette époque. Ce refus public, assumé comme une prise de position politique, a marqué la communauté scientifique française. Elle est décédée le 10 décembre 2016 des suites d’un cancer, à 59 ans.

« Elle n’était pas vaniteuse mais elle aurait apprécié. »

Eric Vindimian, époux d’Isabelle Olivieri, à propos de la reconnaissance posthume

Plusieurs de ses anciens doctorants et collègues de l’ISEM ont salué, à travers la presse régionale, la dimension pédagogique d’une chercheuse attachée à faire émerger une équipe volontairement diverse dans un champ scientifique longtemps masculin.

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Un rayonnement qui braque les projecteurs sur la science montpelliéraine

Au-delà de l’hommage individuel, la reconnaissance vise une institution. L’Institut des sciences de l’évolution, unité mixte CNRS-université de Montpellier-IRD-EPHE, compte parmi les laboratoires européens les plus réputés dans son domaine. La présence d’Isabelle Olivieri sur la frise parisienne rappelle que la cité surdouée accueille une université classée dans le top 200 mondial et une tradition de recherche en sciences du vivant documentée depuis le XIIIe siècle.

Plusieurs autres figures de l’Hérault et du Gard rejoindront la frise, selon les listes publiées. Pour Montpellier, le nom d’Isabelle Olivieri s’ajoute à un récit scientifique déjà dense, porté aujourd’hui par la chaire Unesco en écologie et par les laboratoires héritiers de ses travaux. Les colloques scientifiques d’envergure nationale accueillis ces derniers mois dans la métropole témoignent de cette vitalité.

L’installation des 72 nouveaux noms sera précédée d’une consultation publique. La Ville de Paris a ouvert une adresse électronique pour recueillir témoignages et archives sur les scientifiques retenues. Les lettres d’or de la chercheuse montpelliéraine prendront place, en 2027, juste en dessous des ingénieurs et savants choisis par Eiffel lui-même, 138 ans plus tôt.