Rajesh, l’un des quatre guépards mâles du Zoo de Montpellier, a été opéré en janvier d’un mésothéliome péritonéal fibreux, une forme de cancer extrêmement rare chez les félins sauvages. Plus de huit litres de liquide ont été retirés de son abdomen lors de l’intervention. Son état, aujourd’hui stable, mobilise en permanence les équipes soignantes du Parc de Lunaret.
Un gonflement qui inquiète les soigneurs
C’est une observation routinière qui a déclenché l’alerte. Les animaliers du Zoo de Montpellier avaient remarqué un gonflement inhabituel de l’abdomen de Rajesh, un mâle guépard arrivé au Parc de Lunaret dans le cadre du Programme d’élevage européen (EEP) visant à préserver cette espèce classée « Vulnérable » sur la liste rouge de l’UICN. Une échographie réalisée directement au zoo a rapidement confirmé leurs craintes : une importante accumulation de liquide dans la cavité abdominale.
« Au zoo, ils avaient déjà fait une échographie et ils avaient remarqué qu’il y avait beaucoup de liquide dans son ventre. Ils l’avaient analysé et c’était du sang », raconte le docteur Antoine Dunié-Mérigot, vétérinaire au Centre Hospitalier Vétérinaire Languedocia, à Montpellier. Mi-janvier, Rajesh est donc transporté dans cette clinique spécialisée pour des examens plus approfondis.
Huit litres retirés, une rate prélevée
Les équipes de la clinique commencent par réaliser un scanner, jugé indispensable pour affiner le diagnostic. « Avec des échographies, on est un peu limité en profondeur d’analyse donc nous lui avons fait un scanner », précise le vétérinaire. Les images obtenues ne permettent toutefois pas d’identifier clairement l’origine de l’épanchement. Face à cette incertitude, les praticiens décident d’opérer immédiatement le félin, évitant ainsi une nouvelle anesthésie lors d’un retour au zoo.
L’intervention révèle l’étendue du problème : plus de huit litres de liquide sont évacués de l’abdomen du guépard. Les chirurgiens constatent également un péritoine à l’aspect très granuleux, responsable des écoulements hémorragiques. Des biopsies sont pratiquées. La rate, qui présentait des lésions, est également retirée. « Il a été opéré, on lui a fait des biopsies, on lui a enlevé sa rate également qui présentait des lésions », détaille Antoine Dunié-Mérigot.
Les analyses histologiques rendent finalement un verdict rare : Rajesh souffre d’un mésothéliome péritonéal fibreux, un cancer qui touche les tissus recouvrant certains organes abdominaux. Chez les grands félins, ce type de pathologie se manifeste habituellement au niveau pulmonaire et évolue rapidement. La forme diagnostiquée chez Rajesh est, selon les vétérinaires, considérée comme moins agressive.
« Ce genre de cancer n’est pas très courant. On a retrouvé seulement deux ou trois cas décrits. La médecine des animaux sauvages, c’est une médecine très particulière. Il y a très peu de choses publiées dans la littérature scientifique, ce qui complique les diagnostics. »
Dr Antoine Dunié-Mérigot, vétérinaire au Centre Hospitalier Vétérinaire Languedocia
Sans traitement curatif, un suivi attentif
La médecine vétérinaire ne dispose aujourd’hui d’aucun traitement capable d’éradiquer ce type de cancer chez un guépard. L’objectif des soigneurs est donc de maintenir Rajesh dans les meilleures conditions possible et de surveiller attentivement l’évolution de la maladie. Pour ce faire, des entraînements médicaux sont organisés quotidiennement avec les animaliers du Parc de Lunaret : l’animal apprend à se positionner de manière à permettre des prises de sang et des échographies répétées, sans avoir recours à l’anesthésie.
Ces entraînements, fondés sur le renforcement positif, permettent de réduire le stress de l’animal tout en produisant des données médicales régulières. Depuis l’opération de janvier, les nouvelles sont encourageantes : Rajesh n’a pas connu de nouvel épisode d’épanchement abdominal et son état est jugé stable. « Il est dans un état stable, son cancer n’évolue plus pour l’instant », assure le docteur Dunié-Mérigot.
Le Centre Hospitalier Vétérinaire Languedocia, qui intervient régulièrement auprès du Zoo de Montpellier deux à trois fois par an, dispose d’un plateau technique adapté à la prise en charge des animaux sauvages, notamment grâce à un scanner de grande capacité. La collaboration entre soigneurs du zoo et vétérinaires de la clinique montpelliéraine illustre l’enjeu croissant de la médecine pour espèces menacées : chaque cas documenté, aussi isolé soit-il, enrichit une littérature scientifique encore très lacunaire.
Le guépard, une espèce fragile et précieuse
Rajesh fait partie d’un groupe de quatre mâles guépards, aux côtés de Sheldon, Léo et Howard, hébergés au Parc de Lunaret dans le cadre du Programme d’élevage européen. La femelle Bastet, née au parc en 2018, a quant à elle donné naissance à plusieurs portées depuis 2021, dont une première portée en Europe en 2025. Le zoo de Montpellier joue un rôle actif dans la conservation de cette espèce : en 1968, le Parc de Lunaret était le premier zoo européen à obtenir la naissance de guépards en captivité.
Avec seulement 7 000 individus estimés à l’état sauvage, le guépard fait face à la réduction de son habitat et à la pression humaine sur ses proies naturelles. L’état de santé de chaque animal en programme d’élevage est donc suivi avec la plus grande attention par les zoos membres du réseau européen.<














