Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Blocus des lycées à Montpellier : 44 gardes à vue dont 38 mineurs, le parquet détaille les poursuites

Cabinet d'un juge des enfants dans un tribunal judiciaire français

Le parquet de Montpellier a livré ce lundi 5 octobre son premier bilan judiciaire des blocus de lycées. Quarante-quatre personnes sont passées par la garde à vue depuis le démarrage du mouvement, dont 38 mineurs. Trente d’entre elles ont déjà été déférées.

Quarante-quatre gardes à vue, six majeurs seulement

Le chiffre est tombé en fin d’après-midi. Thierry Lescouarc’h, procureur de la République, a livré un premier décompte des procédures ouvertes depuis que la mobilisation lycéenne a démarré, la semaine dernière. Quarante-quatre placements en garde à vue ont été recensés sur le périmètre couvert par le tribunal judiciaire de la ville.

La répartition en dit long sur le profil des personnes concernées : trente-huit mineurs pour six majeurs seulement. Huit de ces mesures couraient toujours lundi en fin de journée, à l’heure où le ministère public arrêtait ses chiffres. Le décompte reste provisoire et pourrait s’alourdir au fil des procédures.

Une précision a son importance pour les familles concernées. Ces procédures ne visent pas le blocage d’un établissement en lui-même. Elles portent sur les faits qui auraient été commis à cette occasion, aux abords des établissements montpelliérains.

Violences sur policiers, incendies et visages dissimulés

Le chef du parquet montpelliérain détaille la nature des faits examinés. Viennent d’abord les atteintes aux personnes. Certaines ont pour victimes des dépositaires de l’autorité publique ou des agents chargés d’une mission de service public. Viennent ensuite les atteintes aux biens : dégradations, destructions par le feu, qui ont visé aussi bien du matériel public que des propriétés de particuliers.

Le ministère public s’arrête enfin sur la manière dont certains se sont présentés aux rassemblements. Il relève le fait de manifester porteur d’objets interdits, ainsi que le visage couvert au cours d’atteintes à l’ordre public. Les peines encourues n’ont rien d’anecdotique.

« Le code pénal prévoit pour certaines incriminations et circonstances aggravantes jusqu’à 10 ans d’emprisonnement »

Thierry Lescouarc’h, procureur de la République de Montpellier

Trente personnes, majeures comme mineures, ont déjà été déférées une fois leur garde à vue achevée. Pour les adultes, l’orientation se fait vers un délégué du procureur ou vers une comparution immédiate. Les mineurs passent devant le juge des enfants, magistrat qui garde la main pour retenir une alternative aux poursuites. Le parquet revendique une réponse pénale « systématique, ferme et adaptée » lorsque les faits sont établis.

READ  Procès Riyadh : le tireur condamné à 25 ans de réclusion aux assises de Montpellier

La facture pourrait aussi atterrir chez les parents

Le magistrat a tenu à rappeler un second volet, nettement moins commenté que les comparutions. Un mineur poursuivi engage la responsabilité civile de ses parents, appelés à réparer les dommages qu’il a provoqués, au titre de l’article 1242 du code civil.

L’enjeu n’a rien de théorique à Montpellier. Dès le 2 octobre, la préfecture de l’Hérault évaluait à plus d’un million d’euros les dégâts relevés dans cinq établissements : Jules-Guesde, Léonard-de-Vinci, Jean-Mermoz et Pierre-Mendès-France à Montpellier, Joliot-Curie à Sète. Jules-Guesde et Pierre-Mendès-France avaient déjà fermé leurs portes le 1er octobre après des incendies.

Deuxième semaine de blocages, pratiques policières contestées

Le mouvement, arrivé à Montpellier le mardi 29 septembre, n’a pas faibli. Quatre établissements gardaient portes closes ce lundi : Léonard-de-Vinci, Mermoz, Frêche et Mendès-France. Leurs cours ont été assurés en distanciel. Des blocages ont visé Joffre, Clemenceau et Jules-Guesde, avec un barrage filtrant installé dès 7 h 30 devant la cité scolaire Clemenceau. Les lignes 3 et 5 du tramway ont été interrompues et plusieurs centaines de lycéens ont convergé vers le rectorat, rue de l’Université.

Leurs revendications portent sur les moyens humains et financiers de l’Éducation nationale, les classes surchargées, la pression de Parcoursup et l’état des bâtiments. Les professeurs absents reviennent dans tous les cortèges : au 4 septembre, il manquait au moins un enseignant dans 57,6 % des collèges et lycées de l’académie selon le Snes-FSU.

En face, la réponse policière est désormais contestée. L’Observatoire des libertés de Montpellier, groupe lié à la Ligue des droits de l’Homme, a publié un communiqué recensant « plusieurs faits préoccupants concernant les pratiques des forces de l’ordre » lors des journées des 1er et 2 octobre : numéros d’identification non visibles, tirs de gaz lacrymogène, charge de la police municipale devant Mermoz alors qu’elle ne dispose « d’aucune compétence » en matière de maintien de l’ordre.

READ  Eric Mathais installé procureur général de la cour d'appel de Montpellier

Le fait le plus grave remonte au vendredi 2 octobre devant le lycée Clemenceau. Une lycéenne de 17 ans souffre d’une double fracture de la paroi orbitale après avoir reçu, selon plusieurs témoins, un coup de matraque d’un policier de la compagnie départementale d’intervention alors qu’elle se tenait immobile. Elle envisage de porter plainte. En soirée, Force ouvrière réunissait une vingtaine de militants devant la préfecture pour dénoncer « une répression sanglante et brutale ».

La mobilisation lycéenne entame sa deuxième semaine dans la capitale héraultaise. De nouvelles actions sont annoncées ce mardi, à l’appel de l’Union syndicale lycéenne et de l’Union étudiante, rejointes par des enseignants.