Un groupe d’une vingtaine d’hommes, reconnaissables à un foulard blanc, a pris à partie des manifestants samedi 24 octobre dans le centre de Montpellier. Le maire Michaël Delafosse dénonce une « milice d’extrême droite » et annonce qu’il va saisir le procureur de la République par la voie d’un article 40. La préfète de l’Hérault a saisi le parquet de son côté dimanche en fin d’après-midi.
Un groupe au foulard blanc filmé rue de la Loge
La scène se joue vers 16 heures, alors que la situation est plutôt calme sur la place de la Comédie. Une bagarre éclate au bas de la rue de la Loge. France 3 Occitanie, qui filmait la séquence sous un autre angle et a authentifié une vidéo récupérée auprès d’un témoin, décrit ce groupe se portant à la rencontre des manifestants, puis reculant à l’abri des CRS.
Les forces de l’ordre ne chargent qu’ensuite, une fois que des manifestants ont lancé des projectiles vers le groupe et tenté de remonter la rue. Le groupe compte une vingtaine d’hommes, certains un parapluie à la main, repérés un peu plus tôt en train de discuter avec les policiers aux abords de la Comédie. Leur signe de reconnaissance tient à ce bout de tissu blanc.
« Le maintien de l’ordre c’est d’arrêter ceux qui nuisent, là ils les ont protégés », confie à la chaîne régionale une personne présente. Elle estime qu’il existe une connivence entre le groupe et une partie des forces de l’ordre. À Nice, des individus arborant le même signe ont en revanche été dispersés par la police. Au moins trois personnes y ont été blessées, selon la préfecture.
Michaël Delafosse annonce un article 40
Le maire et président de la métropole s’est exprimé dimanche 25 octobre, d’abord sur les réseaux sociaux. Il y dénonce une « milice d’extrême droite » qui aurait, la veille, « fait usage de la violence contre des manifestants » dans les rues de la ville. « Je condamne ces agissements avec force et demande à ce que la justice enquête et interpelle les auteurs. Il ne peut y avoir la moindre impunité », ajoute l’élu socialiste.
« Je vais déposer un article 40 auprès du procureur de la République. Dans notre pays, nul ne peut faire usage de la violence sur autrui. Je sais combien l’extrême droite peut utiliser la violence. Nous avons en mémoire la faculté de droit »
Michaël Delafosse, maire de Montpellier, à Hérault Tribune
L’article 40 du code de procédure pénale oblige tout fonctionnaire à signaler au parquet un crime ou un délit dont il a connaissance dans l’exercice de ses fonctions. Michaël Delafosse affirme avoir reçu de nombreuses vidéos des faits de samedi. Il indique vouloir en parler avec la préfète Chantal Mauchet.
Le maire conteste surtout la présentation du groupe en protecteur des vitrines. Selon lui, la protection des boutiques revient aux forces de sécurité et aux commerçants, à personne d’autre. « Il n’y a pas à avoir de milice », tranche-t-il. Aucun commerce n’a été dégradé samedi, un point dont il s’est félicité, une semaine après le pillage de plusieurs enseignes du centre-ville le 17 octobre.
La préfète saisit elle aussi le parquet
Peu avant 17 h 30 dimanche, la préfecture de l’Hérault a reconnu la circulation sur les réseaux sociaux de vidéos montrant des « groupes de militants s’affrontant » pendant la manifestation. Les services de l’État assurent que leurs effectifs ont séparé ces groupes à plusieurs reprises. Le communiqué n’emploie à aucun moment le mot de milice.
« La préfète entend faire toute la lumière sur ces agissements », poursuit le texte. La saisine du procureur porte sur l’examen des suites judiciaires possibles autour de « la notion de groupes constitués en vue de commettre des violences ». Chantal Mauchet dit condamner « avec la plus grande fermeté toute forme de violence ».
Suites des manifestations du 24 octobre 2026 : la préfète a saisi le procureur de la République. pic.twitter.com/2LiIoHscKR
— Préfète de l'Hérault 🇫🇷 (@Prefet34) 25 octobre 2026
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait reconnu dès samedi soir la présence de militants d’ultradroite dans au moins deux villes, Nice et Montpellier, venus selon lui chercher l’affrontement avec des militants d’ultragauche ou protéger des commerces. Il a relevé le caractère inédit d’une telle présence dans une manifestation.
Plusieurs élus de La France insoumise ont réclamé une réaction de la place Beauvau. « Et la police, pourtant présente en grand nombre partout, n’a rien fait ou presque pour l’empêcher », a écrit sur X Clémence Guetté, vice-présidente de l’Assemblée nationale, en citant Montpellier parmi les villes concernées.
Un réseau né après les pillages du 17 octobre
Les hommes au foulard blanc répondaient à un appel lancé par un Montpelliérain, coach sportif, à l’origine du site Alpha Rise. La plateforme recense un canal Telegram d’« entraide citoyenne » par ville, dans soixante-six communes françaises, Montpellier comprise. Son mot d’ordre affiché : « aucun commerçant seul derrière sa vitrine ». Sollicité par France 3, l’organisateur n’a pas souhaité répondre.
Le réseau s’est monté dans la foulée du saccage de commerces du 17 octobre. Avant la journée de samedi, la préfète avait pourtant prévenu que la protection des commerces ne revenait pas aux citoyens.
Chaque volontaire doit accepter une charte publiée sur le site avant de rejoindre un canal. Elle proscrit toute arme ou objet pouvant servir d’arme, toute violence, toute provocation et tout contrôle de personne. Chacun doit se présenter « les mains vides », en vêtements ordinaires. Le tissu blanc y est décrit comme un « signe de paix » destiné aux commerçants, aux passants et aux forces de l’ordre. Les volontaires ne doivent se déplacer qu’à la demande d’un commerçant. Le texte impose de quitter les lieux si la situation devient dangereuse et assure que le mouvement ne soutient aucun parti.
Le groupe filmé rue de la Loge arborait ce même tissu blanc. Le texte, lui, proscrit toute violence et toute provocation.
Un précédent déjà jugé place des Beaux-Arts
La démarche du maire n’est pas inédite. Michaël Delafosse avait déjà déposé un article 40 en septembre 2025, après des agressions commises en marge d’une manifestation syndicale, place des Beaux-Arts notamment. Six hommes ont été condamnés le 10 septembre dernier à des peines de prison avec sursis comprises entre six et huit mois pour ces violences en réunion.
En évoquant la faculté de droit, l’édile renvoyait à l’irruption, en mars 2018, d’un commando d’individus cagoulés dans un amphithéâtre de l’université de Montpellier, qui avait violemment délogé les étudiants qui l’occupaient. Le bar associatif Le Quartier Généreux, quai des Tanneurs, a de son côté annoncé dimanche que sa vitrine avait été brisée dans la nuit. Ses bénévoles y voient la main de militants d’extrême droite, sans qu’aucun élément ne permette pour l’heure d’établir un lien avec la présence de ces groupes en ville.
La préfecture a arrêté un bilan provisoire à 30 interpellations sur l’ensemble de la journée de samedi. Deux membres des forces de l’ordre y ont été blessés. Le cortège a réuni jusqu’à 6 300 personnes à son point haut. La manifestation s’était tenue malgré l’interdiction préfectorale, restée en vigueur après le rejet de trois recours par le juge des référés du tribunal administratif en milieu de matinée. Le parquet de Montpellier, contacté par France 3 Occitanie, n’avait pas répondu dimanche en fin d’après-midi.














