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Œufs de Pâques dans les nids-de-poule : les motards de l’Hérault dénoncent l’état des routes

Une vingtaine de motards de la FFMC 34 ont sillonné les routes de l’Hérault ce dimanche 5 avril pour dénoncer l’état désastreux des chaussées. Armés d’œufs en chocolat et de paille, ils ont transformé les nids-de-poule en nids de Pâques le long de la D24 entre Montpellier et Lunel.

L’opération, baptisée « Œufs de Pâques pour nids-de-poule », en est à sa sixième édition nationale. Organisée chaque année à Pâques par la Fédération française des motards en colère, en partenariat avec la Mutuelle des Motards et Moto Magazine, elle vise à rendre visible ce que les automobilistes et deux-roues subissent au quotidien : des routes abîmées, mal entretenues et parfois dangereuses.

Départ du Zénith, direction Lunel

Le cortège s’est élancé peu après 13 h 30 depuis le parking du Zénith de Montpellier, cap sur Lunel via la départementale D24. Tout au long du parcours, les participants ont repéré les trous les plus flagrants pour y déposer paille et chocolats. L’idée : rendre les dégradations impossibles à ignorer pour les élus et les services de voirie.

Un second groupe avait pris la route dès 9 heures depuis Saint-Jean-de-Védas, empruntant le rond-point du Grand M, l’avenue de Toulouse et le boulevard Renouvier avant de se diriger vers Frontignan. Objectif affiché : passer devant les permanences parlementaires des députées Nathalie Oziol et Sylvain Carrière (LFI) pour leur adresser un message clair.

« Nous sommes allés devant leurs permanences pour leur demander de s’occuper de nos routes. Il faut qu’un accident grave se produise pour que les pouvoirs publics réagissent. »

Eric Moreau, représentant de la FFMC 34

Des chiffres qui donnent le vertige

Les motards ne manquent pas d’arguments pour étayer leur colère. Selon une étude du Cerema, l’infrastructure routière constitue un facteur dans 30 % des accidents mortels en France. En contraste, le défaut technique de la moto ne représente que 0,17 % des accidents : un paradoxe que la FFMC met régulièrement en avant auprès des autorités.

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L’état du réseau national se dégrade d’année en année. Près de 18,8 % des routes nationales non concédées sont en mauvais état, selon les derniers relevés. La France, autrefois première mondiale pour la qualité de ses routes d’après le Forum économique mondial, a dégringolé à la 18e place en moins d’une décennie. Les dépenses d’entretien routier de l’État et des collectivités ont chuté de 10,4 % entre 2012 et 2022, passant de 1,1 % à 0,59 % du PIB.

Sans investissement massif, 62 % des routes nationales seront gravement dégradées d’ici 2037. Le coût de remise à niveau est estimé à 1,3 milliard d’euros par an.

« Occupez-vous des routes, on s’occupe de nos motos »

Le slogan résume la philosophie du mouvement. Alors que le gouvernement envisage régulièrement d’imposer un contrôle technique aux deux-roues, la FFMC retourne l’argument : ce sont les routes qui auraient besoin d’un « contrôle technique », pas les motos. Les dos-d’âne non conformes, les nids-de-poule rebouchés à la hâte et les marquages au sol effacés représentent un danger quotidien pour les usagers vulnérables.

Dans l’Hérault, la situation est aggravée par les épisodes cévenols à répétition. Les pluies intenses fragilisent les chaussées et créent de nouvelles dégradations que les collectivités peinent à résorber. Selon Karine Apollis, membre de la FFMC 34, les communes se contentent souvent de reboucher les trous au lieu de reprendre le revêtement en profondeur, une solution coûteuse et peu durable.

L’opération ne concerne d’ailleurs pas que les motards. La FFMC invite tous les usagers de la route, cyclistes, automobilistes et piétons, à signaler les défauts dangereux sur les voies qu’ils empruntent au quotidien. Le réseau routier français totalise plus de 1,1 million de kilomètres, dont 705 000 km de routes communales souvent délaissées faute de budget.

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Une mobilisation nationale

L’Hérault n’est pas un cas isolé. La FFMC, qui fédère 86 antennes départementales et des milliers de bénévoles depuis 1980, a coordonné des actions similaires partout en France du 4 au 6 avril. Des Pyrénées-Orientales à la Réunion, les motards en colère ont arpenter les routes avec la même méthode : repérer, documenter et décorer les trous pour les rendre visibles.

La prochaine étape pour la FFMC 34 : transmettre un inventaire photographique des dégradations constatées aux services du Département et de la Métropole de Montpellier. Les motards espèrent que ce dossier sera pris en compte dans les prochaines commissions voirie. Reste à savoir si les œufs de Pâques suffiront à faire éclore des budgets d’entretien.