Mardi 6 octobre, les élus montpelliérains ont dit oui à un héritage peu banal. Un habitant avait fait de sa commune sa légataire universelle. Jacques Bousquet, mort le 24 janvier 2026 à 92 ans, lui laisse des logements dispersés de Montpellier à Nîmes, des parcelles agricoles, des faïences et de l’orfèvrerie ancienne. Une seule condition accompagne ce patrimoine évalué autour de 2,4 millions d’euros : que ses collections soient mises en valeur.
Des logements de Montpellier à Nîmes, des terres et des comptes bancaires
Le testament a été rédigé le 27 juillet 2022, rapporte Hérault Tribune. Ancien huissier, Jacques Bousquet y désigne la commune où il résidait comme bénéficiaire de la totalité de ses biens. Le volet immobilier dépasse largement les frontières de la métropole.
- à Montpellier : deux appartements
- à Mauguio-Carnon : trois logements, leurs dépendances, plus deux stationnements
- à Villeneuve-lès-Maguelone : une maison, à laquelle s’ajoutent trois terres agricoles
- à Alès : un logement et ses dépendances
- à Nîmes : un appartement doublé d’un local professionnel
- à Bernis, dans le Gard : une quatrième parcelle agricole
Viennent ensuite le mobilier, ancien comme contemporain, une bibliothèque, des bijoux, des ouvrages rares. Plusieurs comptes bancaires sont également transmis pour leur solde. Les évaluations diffèrent légèrement selon les sources : la presse régionale retient environ 2,4 millions d’euros quand le compte rendu publié par la Ville parle d’un avis de valeur successorale de près de 2,5 millions. Aucun droit de succession ne sera dû par la collectivité.
Rien n’oblige la mairie à tout garder. Selon ses besoins, elle pourra conserver et valoriser ce parc immobilier ou le céder. Le dossier a été présenté aux élus par Laurent Nison, dont la fiche officielle sur le site de la Ville précise la délégation : urbanisme durable, maîtrise foncière et embellissement des espaces publics.
« C’est une preuve d’amour d’un Montpelliérain pour sa ville. »
Laurent Nison, adjoint au maire de Montpellier
Une charge unique : faire vivre les collections
Le donateur était connu du tissu associatif montpelliérain. Il présidait l’Union locale des anciens combattants et des associations patriotiques du Grand Montpellier et officiait comme porte-drapeau lors des cérémonies. Passionné d’archéologie, il collectionnait tableaux, faïences, pièces d’orfèvrerie et objets d’art.
Le testament ne pose qu’une exigence. Cette charge unique, telle que la rapporte le compte rendu de la séance, porte sur « la mise en valeur des collections et des résultats des fouilles et collections déposées auprès de l’association Les Chênes Verts et de la société archéologique de Montpellier ». Les deux structures citées ne sont pas de création récente. Le registre national des entreprises recense à Montpellier un Centre archéologique des Chênes Verts, association déclarée depuis le 14 novembre 1961. La Société archéologique de Montpellier, elle, a été fondée le 23 septembre 1833 d’après l’annuaire des sociétés savantes du CTHS, avec pour objectif la constitution d’un cabinet archéologique et la conservation des monuments.
Certaines pièces du collectionneur sont déjà visibles au musée Fabre, le même établissement qui avait servi de décor à un faux cambriolage organisé pour former des enquêteurs européens fin septembre. Le musée est familier de ce type de transmission. Sa collection de céramique et d’orfèvrerie, installée au rez-de-chaussée de l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, compte aujourd’hui près de 500 pièces réunies au fil des donations, legs, dépôts et achats. L’hôtel particulier lui-même est arrivé par la même voie. Le musée indique qu’il a fait l’objet d’un legs en 1967, de la part de Renée de Cabrières, veuve de Frédéric Sabatier d’Espeyran.
Le précédent Guiraud n’a pas encore ouvert ses portes
Devant les élus, le maire Michaël Delafosse a rappelé un cas comparable. En 2013, une habitante avait elle aussi légué ses biens à la commune. Midi Libre localise l’équipement financé par cette donation « rue de la Croix-de-Lavit », dans le secteur de Boutonnet. Le quotidien y annonce une crèche doublée d’un Ehpad.
La fiche du projet publiée par Envirobat Occitanie donne une adresse différente, rue du Pioch de Boutonnet. Elle donne surtout un calendrier qui n’a rien d’achevé. Portée par la Ville de Montpellier et la SA3M, l’opération a décroché le label Bâtiment Durable Occitanie de niveau argent en mai 2025 pour sa phase conception. Les travaux ont démarré en janvier 2026 pour une livraison annoncée en octobre 2027. L’ensemble doit accueillir 62 berceaux de crèche ainsi qu’un établissement pour personnes âgées. Treize ans après l’acceptation du legs Guiraud, le chantier sort tout juste de terre.
« Nous veillerons évidemment à prendre grand soin de son héritage. »
Michaël Delafosse, maire de Montpellier
Pourquoi le conseil municipal devait voter
L’acceptation d’un tel héritage n’est pas une formalité administrative laissée aux services. L’article L2242-1 du code général des collectivités territoriales, créé par la loi du 21 février 1996, tient en une phrase : « Le conseil municipal statue sur l’acceptation des dons et legs faits à la commune. »
Le vote s’est inséré dans une séance chargée. Cent-sept affaires figuraient à l’ordre du jour du 6 octobre, pour près de six heures de débats. Les élus y ont aussi validé la création de l’opérateur public de souveraineté numérique et le lancement d’une assurance habitation communale. Le legs, lui, est passé sans difficulté. Le maire a exprimé le vœu que la Ville sache maintenant mettre en valeur ce geste adressé, selon ses mots, « à la commune, au bien commun, à l’intérêt général ».














