Six ans après le décès de Marwa Fadil, 11 ans, au CHU de Montpellier à la suite d’une injection d’adrénaline par erreur dans un hôpital de Sète, le Centre hospitalier du Bassin de Thau et l’infirmier impliqué ont comparu mardi 12 mai 2026 devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour homicide involontaire. La procureure a requis deux ans de prison avec sursis contre chacun des deux prévenus, ainsi que 250 000 € d’amende pour l’hôpital. Le délibéré est attendu le 10 juin.
Une erreur fatale le 25 mai 2020
Le 25 mai 2020, Marwa Fadil, une fillette de 11 ans originaire de Frontignan, est conduite aux urgences des hôpitaux du Bassin de Thau, à Sète, pour des douleurs abdominales. Au cours de sa prise en charge, un infirmier lui injecte par mégarde 5 mg d’adrénaline au lieu d’une ampoule de Spasfon destinée à calmer les spasmes.
L’état de Marwa se dégrade brusquement. Elle se met à trembler, vomit du sang, puis fait un arrêt cardiaque. Transférée en urgence au CHU de Montpellier dans un état désespéré, elle ne survit pas. La fillette décède le 27 mai 2020, deux jours après l’injection fatale.
L’enquête diligentée par le parquet de Montpellier établit que l’infirmier a saisi, sans vérifier son contenu, une ampoule d’adrénaline rangée dans le chariot de soins du service des urgences, là où ne devait se trouver que du Spasfon.
Un dysfonctionnement systémique au cœur des débats
Comment ce flacon d’adrénaline a-t-il pu se retrouver dans ce chariot ? La question a occupé une large partie de l’audience. L’adrénaline aurait dû rester sous clé dans la salle de déchocage, réservée aux urgences vitales. Or, dans le contexte du Covid-19, le circuit des médicaments avait été réorganisé à la hâte dans le service des urgences : les infirmiers venaient se servir dans des chariots non contrôlés, sans que la pharmacie hospitalière n’en ait été informée.
L’infirmier mis en cause avait lui-même signalé ce dysfonctionnement six mois plus tôt, sans que la direction n’apporte de correction. Lors de l’audience, il a reconnu sa faute sans jamais chercher à la nier.
« J’étais très fatigué. Le Covid nous avait tous lessivés. Pour moi, c’était forcément une ampoule de Spasfon. Je ne pouvais pas imaginer que ce soit autre chose. »
L’infirmier mis en cause, lors de l’audience du 12 mai 2026
Les avocates de la famille Fadil, Me Juliette Péchier et Me Nadia El Bouroumi, ont plaidé une responsabilité partagée entre l’infirmier et l’établissement. Elles ont demandé au tribunal de condamner solidairement les deux prévenus et de leur allouer 100 000 € de dommages et intérêts pour les souffrances endurées, le préjudice moral, le préjudice d’imminence de mort et celui d’attente et d’inquiétude.
Les réquisitions du parquet : deux ans de sursis
Pour la procureure Audrey Galaud, l’infirmier porte la responsabilité directe de la mort de la fillette. La part de l’hôpital dans ce drame est pourtant incontestable.
« Ce que je trouve indécent de la part de l’hôpital, c’est de rejeter la faute sur le personnel alors qu’il a contribué à ce drame. »
Audrey Galaud, procureure, lors des réquisitions du 12 mai 2026
La procureure a requis deux ans de prison avec sursis simple contre l’infirmier. Pour le Centre hospitalier du Bassin de Thau, elle a demandé la même peine, assortie d’une amende de 250 000 €, dont 100 000 € avec sursis. Rappelons que l’homicide involontaire est passible de trois à cinq ans d’emprisonnement selon que la faute est simple ou aggravée. La peine financière va de 45 000 à 75 000 € pour une personne physique.
Depuis les faits, l’hôpital de Sète a mis en place de nouvelles procédures : des chariots dotés de digicodes, des armoires à badges et une dotation formalisée des chariots. Des mesures saluées. Elles ne peuvent toutefois effacer la douleur de la famille.
La défense plaide la relaxe, le délibéré le 10 juin
Les avocats des deux prévenus ont tous deux plaidé la relaxe. Me Vincent Junter, conseil de l’hôpital, a fait valoir que les manquements relevés par l’Agence régionale de santé constituaient « un écart par rapport au circuit des médicaments » sans lien de causalité suffisant. Son confrère Me Alain Armandet, défenseur de l’infirmier, a suivi la même ligne.
Au tribunal, la famille de Marwa n’était pas seule. Ghislaine Raffin, mère d’Hugo, décédé en juillet 2023 au même centre hospitalier de Sète après une injection de pénicilline malgré son allergie signalée, était venue apporter son soutien à Samira Fadil. Deux mères unies par la même douleur, le même hôpital et la même quête de justice.
« Nos enfants ont été tués dans le même hôpital. Ce qui nous a rapprochées et nous unit, c’est la douleur », a confié Ghislaine Raffin. Son propre dossier est toujours en cours d’enquête.
Le tribunal correctionnel de Montpellier rendra son délibéré le 10 j















