Un an et demi après des propos polémiques publiés sur TikTok, Boualem Naman, connu sous le pseudonyme « Doualemn », a comparu lundi 11 mai devant la cour d’appel de Montpellier. L’arrêt a été mis en délibéré au 2 juillet 2026. Un verdict très attendu, alors que l’homme dit avoir tout perdu depuis le début de cette affaire.
Une vidéo qui a mis le feu aux poudres
Début janvier 2025, Boualem Naman, 60 ans, agent d’entretien dans l’Hérault depuis quinze ans, publie une vidéo sur TikTok. Il y appelle en arabe à « donner une sévère correction » à un opposant au régime algérien. Suivi par quelque 138 000 abonnés sur la plateforme, ses propos ne tardent pas à circuler au-delà de sa communauté.
C’est le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, qui signale la vidéo au procureur de la République, estimant qu’elle constitue une incitation à la violence. Ce geste enclenche une mécanique judiciaire et administrative qui va prendre des proportions inattendues. Ce qui aurait pu rester un dossier local devient, en quelques jours, une affaire d’État.
Le préfet de l’Hérault retire son titre de séjour à Boualem Naman et ordonne son expulsion vers l’Algérie. Le 9 janvier 2025, l’homme est conduit à bord d’un avion spécial vers Alger. Mais les autorités algériennes refusent de l’accueillir sur leur sol, estimant qu’il est en situation régulière en France. L’avion rentre à Paris avec Boualem Naman à son bord. L’incident se transforme aussitôt en accroc diplomatique entre Paris et Alger.
Un procès sous haute tension politique
Le 24 février 2025, Boualem Naman comparaît devant le tribunal correctionnel de Montpellier, poursuivi pour « provocation non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit ». Les avocats de l’influenceur plaident la relaxe, faisant valoir que ses propos, initialement présentés comme un appel au meurtre, avaient été rectifiés : le parquet ne retient finalement ni appel au meurtre ni antisémitisme mais une incitation à infliger une « correction sévère ».
Le 6 mars 2025, la présidente du tribunal condamne Boualem Naman à cinq mois de prison avec sursis, une peine inférieure aux six mois requis par le parquet. Elle retient que « l’appel à commettre des violences est caractérisé par l’emploi d’un terme visant une personne identifiable ». Ses avocats font immédiatement appel.
Dans le même temps, le dossier attise les tensions franco-algériennes. L’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau monte au créneau, déclarant que « l’Algérie cherche à humilier la France » et multiplie les tentatives d’expulsion, toutes vouées à l’échec. La Commission d’expulsion de Montpellier rend un avis favorable en mars 2025. Boualem Naman est interpellé chez lui le 20 mars, sans que l’expulsion n’aboutisse davantage. Son OQTF avait entre-temps été annulée par le tribunal administratif de Melun.
Un homme au bout du rouleau
Depuis le début de cette affaire, la vie de Boualem Naman a été bouleversée. Père de deux enfants et grand-père, il se retrouve sans titre de séjour, sans emploi, sans perspective stable. En juin 2025, il est hospitalisé dans un service de psychiatrie après une tentative de suicide. Ce lundi 11 mai, il apparaissait visiblement affaibli sur les marches du palais de justice de Montpellier.
« Moi, je me retrouve dans une affaire qui est devenue politique. Je suis un agent de nettoyage, je suis un otage. Je n’ai rien à voir avec la politique. »
Boualem Naman, devant la cour d’appel de Montpellier, 11 mai 2026
Son avocate, Vanessa Edberg, a dénoncé devant la cour ce qu’elle considère comme un acharnement hors normes contre son client. Elle a rappelé que l’affaire avait pris une tournure politique dès le départ, sous l’impulsion de responsables politiques qui ont, selon elle, instrumentalisé le dossier.
« On va le viser de la part de Monsieur Retailleau, qui avait promis au début du dossier, au bout de 24 heures, de l’expulser et de le condamner. Comme l’a très bien dit Laurent Nuñez, il s’est servi du ministère de l’Intérieur comme un cheval de bataille pour arriver à sa victoire à la présidence des LR. »
Vanessa Edberg, avocate de Boualem Naman
Délibéré au 2 juillet : la fin du feuilleton ?
Devant la cour d’appel, l’avocat général a requis la confirmation de la peine prononcée en première instance : cinq mois de prison avec sursis. La défense a, une nouvelle fois, plaidé la relaxe totale. La cour d’appel de Montpellier a mis son arrêt en délibéré au jeudi 2 juillet 2026.
Quelle que soit la décision, l’affaire est loin d’être close sur le plan administratif. Boualem Naman demeure en situation précaire sur le territoire français. Plusieurs procédures d’expulsion restent en suspens. La France et l’Algérie n’ont toujours pas trouvé d’accord sur son sort.
Ce dossier montpelliérain illustre, au-delà du cas personnel de Boualem Naman, les tensions croissantes entre les deux pays autour des questions migratoires et diplomatiques. Les Montpelliérains suivront l’arrêt attendu le 2 juillet, qui pourrait marquer un nouveau tournant dans ce feuilleton judiciaire hors du commun. La cour d’appel de Montpellier avait rendu un autre verdict remarqué début mai, dans l’affaire Lorenzo où Lucas Barreto avait été remis en liberté.















