L’Université de Montpellier a officialisé le jeudi 11 juin un partenariat pédagogique avec TotalEnergies autour de son master Énergie. La signature, validée la veille par la seule voix prépondérante du président de séance, déclenche une fronde des syndicats, des élus étudiants et de plusieurs ONG. La présidence, elle, assume pleinement son choix.
Une convention signée à l’issue d’un vote serré
La convention a été paraphée le 11 juin à 14h15, salle des actes du campus Triolet, en présence d’Isabelle Patrier (directrice France de TotalEnergies) et de Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier. Elle concerne les 80 étudiants du master mention Énergie de la Faculté des sciences. Dès la rentrée de septembre 2026, ces derniers suivront des heures de cours dispensées par des intervenants du groupe pétrogazier.
La veille, le conseil de la Faculté des sciences avait tranché dans la douleur. Le scrutin s’est soldé par une égalité parfaite : 14 voix pour, 14 contre, deux bulletins blancs et cinq abstentions. C’est la double voix du président de séance qui a fait basculer le texte, malgré l’opposition de la liste « Ensemble pour une université de service public », soutenue par la FSU, Solidaires et la CGT.
Quatre axes pour rapprocher la fac et l’entreprise
Sur le papier, la convention vise à favoriser les échanges entre le monde académique et le secteur de l’énergie. L’université met en avant la formation de ses étudiants, leur découverte des métiers et leur insertion professionnelle. L’accord se décline en quatre volets.
- Des interventions de professionnels du groupe dans les enseignements, via le dispositif « TotalEnergies Professeurs Associés ».
- L’organisation de conférences sur les évolutions du secteur de l’énergie.
- Des visites de sites industriels en Occitanie et dans le sud de la France : centrales solaires, méthanisation, usine SAFT de Bordeaux.
- Un accès facilité aux stages, aux alternances et aux offres d’emploi de l’entreprise.
Le doyen de la Faculté des sciences, Jean-Michel Marin, insiste sur le cadre académique. Selon lui, les contenus restent élaborés sous la responsabilité de l’équipe pédagogique du master. La convention ne confère, affirme-t-il, aucun pouvoir de décision au groupe sur l’orientation des formations.
Trois griefs éthiques pointés par les opposants
Les contestataires jugent l’accord « éthiquement problématique » et avancent trois reproches précis. Le préambule de la convention reprendrait des formulations sur la « transition énergétique » et la « neutralité carbone » que la justice a jugées constitutives de pratiques commerciales trompeuses. Un deuxième point vise une disposition qui permettrait à l’entreprise de peser sur la définition de certains contenus pédagogiques.
Le troisième grief concerne une clause engageant l’université à ne pas utiliser la marque TotalEnergies dans des conditions susceptibles de nuire au groupe. Les élus y voient une entrave à la liberté d’expression des chercheurs. Ils comparent la démarche à la stratégie d’influence jadis déployée par l’industrie du tabac et rappellent que le groupe connaissait l’impact climatique de ses activités dès les années 1970.
« C’est un peu une habitude de l’université de Montpellier de faire passer des partenariats dans le secret du cabinet. »
Aurélien Trannoy, élu au conseil d’administration (Syndicat de combat universitaire de Montpellier)
La présidence et le groupe défendent le projet
Face aux critiques, Philippe Augé renvoie aux missions de l’établissement. Le président rappelle que la formation des étudiants et leur insertion, y compris dans le privé, font partie du rôle de l’université. Il assure que l’indépendance académique des enseignants-chercheurs demeure garantie par le cadre légal.
« Il ne faut pas oublier les missions de l’université, notamment la formation de nos étudiants et leur insertion professionnelle, y compris dans le secteur privé. »
Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier
Du côté de l’entreprise, Isabelle Patrier réfute toute opération d’image. Elle évoque une volonté de former les étudiants aux enjeux de transition énergétique, de stockage et de matériaux bas carbone. La directrice France met en avant le statut de leader mondial du solaire du groupe et ses 15 milliards d’euros investis chaque année dans l’électricité.
Un cas loin d’être isolé
La situation montpelliéraine s’inscrit dans une tendance nationale. À l’université de Pau, 41 % des laboratoires seraient déjà liés à TotalEnergies. Le groupe est aussi présent à Polytechnique et à Paris-Saclay, où il a noué des chaires de mécénat et des projets de recherche de plusieurs dizaines de millions d’euros.
L’ONG les Amis de la Terre dénonce la dépendance croissante d’une recherche publique sous-financée aux fonds privés. À Montpellier, les opposants réclament désormais la résiliation de la convention pour qu’un débat s’ouvre sur les partenariats de l’université, classée pourtant première sur le plan écologique en France. La question des moyens de l’enseignement supérieur revient ainsi au premier plan, quelques semaines après les mobilisations étudiantes du printemps. Le campus, qui figure dans le top 200 mondial des universités, voit son image écologique mise à l’épreuve par cette alliance contestée.
Pour consulter le détail des quatre axes, l’annonce officielle de l’Université de Montpellier reste en ligne. Les arguments des opposants sont eux détaillés dans le communiqué du syndicat universitaire.















