Le mouvement de blocage des lycées, parti d’Île-de-France la semaine dernière, a gagné Montpellier ce mardi 29 septembre. Devant le lycée Jean-Mermoz, la police a fait usage de gaz lacrymogènes après l’incendie d’un local et la circulation y a été coupée sur deux tronçons. Trois autres établissements de la ville ont connu des tentatives de blocage, tout comme un lycée de Castelnau-le-Lez.
Un incendie puis des gaz lacrymogènes au lycée Jean-Mermoz
Les cours avaient débuté normalement. Vers 10 heures, un incendie prend devant la seconde entrée du lycée Jean-Mermoz, rapporte Midi Libre. Les flammes gagnent la loge du gardien. L’établissement évacue ses élèves et le rassemblement grossit devant l’accès principal.
Une heure plus tard, la tension monte d’un cran. Face aux 500 jeunes réunis sur place, les forces de l’ordre emploient des gaz lacrymogènes pour les disperser, selon le quotidien régional. La police coupe la circulation avenue Jean-Mermoz sur deux tronçons. Le calme est revenu devant l’établissement avant midi, une fois les manifestants dispersés.
À Jean-Monnet, Joffre et Jules-Guesde, la police déloge les blocages
Le scénario s’est répété ailleurs dans la ville. Au lycée Jean-Monnet, que la base cartographique OpenStreetMap situe à La Paillade, des élèves alignent des poubelles devant l’entrée vers 7 h 30. Sur place se tenait un observateur de l’OLM, l’Observatoire des libertés de Montpellier, une structure qui suit les pratiques policières pour en rédiger des rapports. Il décrit au média local Le Poing deux fourgons de la police municipale et un de la compagnie départementale d’intervention arrivant sur les lieux. Une délégation d’élèves a été reçue par le proviseur pour exposer ses demandes. Le blocage s’est poursuivi.
« Des équipes de la CDI sont arrivées, ont bousculé des élèves et ont fait usage d’une gazeuse à main sur des lycéens. »
Un observateur de l’Observatoire des libertés de Montpellier, présent devant le lycée Jean-Monnet, cité par Le Poing
Au lycée Joffre, le blocage s’est heurté à des interventions répétées. Une lycéenne raconte au même média une arrivée à 6 heures du matin puis une succession de charges.
« On est arrivé à 6 heures du matin, et à chaque fois qu’on a essayé d’installer le blocage, la police est intervenue. On s’est fait charger et bousculer, mais on a fait une chaîne humaine pour tenir. »
Mila, lycéenne au lycée Joffre, citée par Le Poing
Au lycée Jules-Guesde, ce sont 150 élèves qui se sont regroupés devant l’entrée principale, selon Midi Libre. La police y a interpellé un jeune d’une quinzaine d’années : il avait tracé sur le mur de l’établissement un message injurieux visant les policiers. Le Poing signale de son côté une vidéo diffusée en story Instagram par les Jeunes insoumis de Montpellier, sur laquelle un policier maîtrise un jeune devant ce même lycée.
La métropole n’a pas été épargnée. Devant le lycée Georges-Pompidou de Castelnau-le-Lez, il a fallu mobiliser policiers municipaux et gendarmes face à 200 jeunes manifestants. Certains ont tenté de prendre possession de caddies dans un supermarché du secteur. Plusieurs endroits où des blocages étaient en place ont aussi vu des conteneurs à ordures prendre feu, selon le quotidien.
Un mouvement né à Créteil, 164 interpellations lundi
La contestation est née à Créteil (Val-de-Marne), après plusieurs postes d’enseignants laissés sans remplaçant. Elle a ensuite essaimé dans d’autres départements franciliens par le canal des réseaux sociaux. Lundi 28 septembre, le pays comptait environ 180 établissements sous blocus, situés pour la plupart en région parisienne.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a comptabilisé 164 interpellations sur cette seule journée, ainsi qu’une trentaine de blessés. Vingt-sept blocages complets ont vu la police intervenir, d’après les chiffres relayés par franceinfo. Dans un message que l’AFP a pu consulter le même jour, Laurent Nuñez et le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray ont annoncé que les forces de l’ordre interviendraient si des violences éclataient ou si un établissement était totalement bloqué.
L’Union syndicale lycéenne, que franceinfo présente comme la principale organisation lycéenne, avait appelé le 26 septembre à bloquer les établissements ce mardi.
Communiqué de presse du 26/09 :
Appel à la mobilisation le 29/09 ✊🏽#blocus #lycée #mobilisation pic.twitter.com/9LBJFnby3B— Union Syndicale Lycéenne | USL (@USLSyndicat) 26 septembre 2026
Des classes surchargées au cœur des revendications
Le président de l’USL, Ryad Rani, dresse la liste des griefs : des moyens jugés insuffisants, des effectifs qui montent jusqu’à 32 à 35 élèves par classe, un déficit de professeurs et le même constat pour les infirmières scolaires comme pour les surveillants. À Montpellier, les élèves mobilisés réclamaient davantage de moyens et dénonçaient le manque de professeurs, tout en affichant leur soutien aux lycéens franciliens.
Eli, élève au lycée Joffre, rattache la matinée à la grève nationale de la fonction publique, dont le cortège départemental devait s’élancer de la place Albert 1er. Il demande aussi un plan d’adaptation des lycées au changement climatique, « pour ne plus avoir cours sous 30 degrés ».
Ces revendications ne datent pas de cette semaine dans l’académie. La rentrée de septembre s’est faite avec 148 postes d’enseignants supprimés, sur fond de baisse de 6 350 élèves. La vice-présidente académique du Snalc, Jessica Boyer, y pointait des effectifs grimpant jusqu’à 33 ou 34 élèves dans certaines classes de lycée. Au printemps, la communauté éducative de Jules-Guesde avait marché jusqu’au rectorat pour obtenir quatre assistants d’éducation supplémentaires et un mi-temps d’infirmière scolaire.














