Un journaliste montpelliérain a déposé plainte contre X ce jeudi 8 octobre, six jours après avoir été heurté à la jambe par un motard de la police devant le lycée Clemenceau. Valentin Levetti, directeur des publications du média en ligne Stup.Media, portait un brassard de presse au moment des faits. Le Club de la presse Occitanie a saisi l’observatoire national chargé de recenser les atteintes à la liberté de la presse.
Un brassard « Press » et une roue avant, rue Balard
La scène remonte au vendredi 2 octobre, vers midi. Ce matin-là, lycéens et étudiants de Paul-Valéry s’étaient retrouvés devant la cité scolaire Clemenceau, dans le quartier Gambetta. Des débordements éclatent en marge du blocus. Des policiers procèdent à une interpellation rue Balard, à proximité de l’établissement.
Sur les images consultées par Midi Libre, un motard en tenue banalisée se porte à hauteur des agents qui maîtrisent un jeune homme. Valentin Levetti s’approche, caméra en main, un brassard et un badge « Press » dans le dos. La moto, à l’arrêt, repart en marche avant et vient au contact de sa jambe droite avec sa roue. Selon le journaliste et un témoin direct cité par le Club de la presse Occitanie, le policier lui avait lancé « toi, tu dégages » juste avant de redémarrer.
Le bilan médical a été établi par des médecins : treize centimètres d’hématome au tibia, auxquels s’ajoute une douleur au genou dont la gravité reste à déterminer, selon le journaliste. Six jours plus tard, la plainte contre X a été transmise directement au procureur de la République par l’intermédiaire de son avocat.
« J’ai été ciblé dans la pratique de mon travail, alors que je connais et respecte les règles. Je n’ai à aucun moment mis en péril l’opération de police. Je ne pouvais pas non plus savoir que le motard était membre des forces de l’ordre puisqu’il ne portait aucun signe visible, contrairement à moi. »
Valentin Levetti, directeur des publications de Stup.Media
Contactée par le quotidien régional, la préfecture confirme que le motard appartient bien aux forces de police. Elle s’abstient de tout autre commentaire.
Violences policières à #Montpellier : le journaliste Valentin Levetti, fondateur de @StupMedia était en train de couvrir le mouvement lycéen quand une moto de police lui a percuté la jambe. Il portait un brassard presse et était identifiable. Les policiers, eux, ne l'étaient pas pic.twitter.com/Ns0J034cyJ
— Le Poing – Montpellier (@lepoinginfo) 2 octobre 2026
Le Club de la presse saisit l’observatoire national
L’affaire n’est pas restée au stade du témoignage individuel. Le Club de la presse Occitanie indique avoir immédiatement saisi l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse, afin que le cas soit transmis à ses relais nationaux et européens. L’association a aussi apporté son soutien public au journaliste.
« Le Club dénonce les intimidations et les entraves manifestes que les professionnels de l’information subissent, notamment, sur les lieux des manifestations. »
Dominique Antoni, président du Club de la presse Occitanie Montpellier
L’observatoire saisi est récent. Il a publié son tout premier bilan le 18 février 2026, portant sur l’année 2024. Sur les 91 cas d’atteinte à la liberté de la presse recensés cette année-là sur le territoire français, 38 étaient imputés à un représentant de l’État, soit plus de quatre sur dix. Parmi ces 38 dossiers, les forces de l’ordre apparaissaient dans quatorze. L’organisation qualifiait elle-même son décompte de « partie émergée de l’iceberg ». Le communiqué de soutien du Club de la presse est consultable en ligne.
Un mouvement lycéen devenu un contentieux
La plainte du journaliste s’ajoute à une série de procédures nées de la mobilisation. L’Observatoire des libertés de Montpellier, groupe d’observateurs lié à la Ligue des droits de l’Homme, a diffusé un relevé des faits constatés les 1er et 2 octobre. Il y mentionne le cas de Valentin Levetti et note que le numéro d’identification du policier n’était pas visible.
Le même observatoire rapporte qu’une lycéenne de 17 ans, immobile devant Clemenceau, a été grièvement blessée à l’œil lors d’une charge menée sans sommation par la Compagnie départementale d’intervention. Deux fractures au visage ont été relevées. Son certificat médical a été versé par l’avocate Sophie Mazas à un dossier déposé devant le tribunal administratif.
Ce recours visait un arrêté du 1er octobre de la préfète Chantal Mauchet, qui interdit « le port et le transport sans motif légitime » d’équipements de protection aux abords des établissements scolaires de cinq communes du département. Un second texte, signé le 3 octobre, a étendu une interdiction du même type à douze communes dont Montpellier. La juge des référés a rejeté la requête de la Ligue des droits humains et du Syndicat des avocats de France le 6 octobre. Les deux organisations préparent un appel devant le Conseil d’État.
Le volet pénal avance de son côté. Le parquet de Montpellier avait détaillé, dès le 5 octobre, quarante-quatre gardes à vue dont trente-huit mineurs depuis le démarrage du mouvement.
Quatrième acte, l’Écusson interdit
Le contexte ne s’est pas apaisé cette semaine. Ce jeudi 8 octobre, pour le quatrième acte de la mobilisation, la préfète de l’Hérault a interdit par arrêté toute manifestation dans le périmètre de l’Écusson, invoquant les incidents survenus en fin de cortège le 6 octobre et ceux du matin même. Le défilé est parti du Peyrou à 13 heures, en dehors du centre historique.
Six lycées montpelliérains ont été bloqués ou perturbés dans la matinée, tout comme plusieurs facultés. Celles de droit et de sciences, bloquées depuis le 6 octobre, resteront fermées au moins jusqu’à vendredi inclus. Une fois le cortège déclaré arrivé à son terme, la place de la Comédie a connu de nouveaux tirs de gaz lacrymogène. Deux personnes au moins ont été interpellées.
Le mouvement avait gagné Montpellier le 29 septembre, lorsque le lycée Jean-Mermoz avait connu un incendie puis des tirs de gaz lacrymogène. Neuf jours plus tard, le dossier ouvert par un journaliste blessé en reportage s’ajoute à ceux des lycéens déférés et des associations requérantes.














