Plus d’une cinquantaine de commerçants et d’artisans du centre historique de Montpellier recouvriront leurs vitrines samedi 17 octobre, jour de mobilisation nationale. Les portes, elles, resteront ouvertes. L’opération veut donner à voir un Écusson privé de ses commerces, au moment où la vacance commerciale progresse dans le centre-ville.
Des vitrines occultées, des portes qui restent ouvertes
Le rendez-vous a été pris jeudi 15 octobre au matin, sur le parvis de la gare Saint-Roch. Plus de cinquante commerçants et artisans de l’Écusson s’y sont retrouvés pour annoncer leur action de samedi. Du papier uni, des cartons, des tissus ou de simples draps blancs viendront masquer les devantures depuis l’intérieur, selon le collectif à l’origine de l’opération.
Aucun rideau ne sera baissé pour autant. Les clients pourront entrer par des portes laissées accessibles. L’idée vient de trois commerçantes du cœur historique, qui l’ont lancée hors de tout cadre associatif et sans étiquette politique : Ghislaine, restauratrice rue du Plan-d’Agde, ainsi que Gaëlle et Manon, gérantes de boutiques de bijoux et d’accessoires rue du Four-des-Flammes. Elles disent à Midi Libre leur solidarité avec la journée de mobilisation, « même si l’on n’a pas les moyens de fermer nos commerces ».
L’adhésion a dépassé les ruelles de l’Écusson. Des enseignes du secteur du Jeu-de-Paume et du faubourg du Courreau ont rejoint le mouvement. Selon Midi Libre, des revendications seront inscrites sur les bâches posées en façade.
« Imaginez nos rues sans vitrines, sans lumière, comme si la vie commerciale avait disparu. Une ville fantôme. »
Les organisateurs de l’opération, commerçants et artisans de l’Écusson, cités par 34 INFOS
Taxe foncière, charges, administratif : une liste de griefs qui s’allonge
Les professionnels mobilisés ne mettent pas en avant une difficulté isolée. C’est leur empilement qu’ils dénoncent. La hausse de la taxe foncière et celle de la CFE, la cotisation foncière des entreprises, reviennent dans les témoignages, aux côtés du coût de l’énergie, des loyers, des matières premières et de la main-d’œuvre. Les artisans producteurs y ajoutent le poids de la TVA à 20 %.
Le reste tient à la paperasse. Charges salariales, baisse des aides à l’embauche d’alternants, facturation électronique : les commerçantes interrogées par Midi Libre résument leur quotidien d’une phrase, « on passe plus de temps à faire de l’administratif que notre véritable métier ». Devant le tribunal de commerce, alertent-elles, les procédures de redressement et de liquidation s’enchaînent.
Les relevés de terrain vont dans leur sens. Le cabinet Codata, qui recense les emplacements commerciaux rue par rue, a mesuré le 4 mai dernier un taux de vacance commerciale de 11,1 % dans le centre-ville montpelliérain, contre 10,4 % lors du recensement précédent : plus d’un local sur dix est vide en centre-ville. Le collectif met aussi en cause l’accessibilité du cœur de ville et le prix du stationnement, alors que la Métropole lance le 1er novembre un forfait à 2 € la journée pour les artisans et les soignants dans les parkings Comédie et Gambetta.
Reste un grief plus politique. Les commerçants pointent le manque d’écoute des élus locaux, en particulier face aux mouvements sociaux de ces dernières semaines, qui ont pesé sur la fréquentation du Grand Bazar. Certains ont choisi de prolonger l’opération commerciale cette semaine. Le collectif réclame l’ouverture d’un dialogue sur le stationnement, l’accessibilité, l’allègement des charges administratives et fiscales ainsi que la valorisation de l’artisanat local.
Samedi, un cortège à 14 heures et trois lignes de tramway déjà perturbées
La journée s’annonce dense dans le centre. Le rassemblement est fixé à 14 heures place de la Comédie, avant un défilé qui doit emprunter la rue Maguelone, la rue de la République, l’Observatoire et le boulevard du Jeu-de-Paume, puis la place Albert-Ier et les boulevards Pasteur, Louis-Blanc et de Bonne-Nouvelle. Le retour est prévu par l’Esplanade Charles-de-Gaulle, avec une fête populaire annoncée à l’arrivée, sans horaire de fin précisé. L’Union syndicale Solidaires 34 appelle à la grève et à la manifestation, avec la jeunesse en tête du cortège.
Des blocages sont aussi annoncés hors du centre, dans des stations-service du quartier Prés d’Arènes et au rond-point du Château d’Ô. Il s’agit d’intentions affichées, dont l’ampleur ne peut pas être garantie à ce stade. Les abords de la gare Saint-Roch, du Jeu-de-Paume, d’Albert-Ier et de Louis-Blanc devraient être les plus compliqués à traverser au fil de la progression du défilé.
Un chantier sans lien avec la mobilisation complique encore les déplacements. La rénovation des rails démarre le même jour et modifie la circulation des lignes 1, 3 et 4 du tramway jusqu’au 1er novembre inclus, autour d’Euromédecine, de la gare Saint-Roch et du Corum.
Ce que la préfecture avait interdit jeudi
Deux jours avant l’opération des commerçants, la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet avait interdit toute manifestation dans l’Écusson, jeudi 15 octobre de 12 heures à 19 heures. Le périmètre couvrait la place de la Comédie et les boulevards qui ceinturent le centre historique. Deux déclarations de manifestation déposées la veille, aux horaires et aux parcours qui se chevauchaient, avaient fait redouter une convergence des cortèges.
Objectif affiché : « prévenir les troubles à l’ordre public et à garantir la sécurité des personnes et des biens ». La préfecture citait les débordements du 6 octobre, puis ceux survenus en fin de rassemblement le 13 octobre place de la Comédie. « Les commerçants du secteur de l’Écusson en ont été particulièrement éprouvés », relevait-elle. À la mi-journée de vendredi, aucune mesure comparable n’avait été annoncée pour samedi.
🔴 La préfète de l'Hérault interdit les rassemblements à Montpellier dans l'Ecusson ce jeudi 15 octobre 2026 entre 12h et 19h.
— Préfète de l'Hérault 🇫🇷 (@Prefet34) October 15, 2026
Face au risque élevé de troubles à l’ordre public, la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet a décidé d’interdire toute manifestation à Montpellier à… pic.twitter.com/4SPIrMkPGS
Le 17 octobre fermait déjà un calendrier social très chargé à Montpellier. La journée a désormais deux visages dans le centre-ville : un cortège dans la rue, des vitrines muettes de part et d’autre.














