Le tribunal administratif de Montpellier a écarté, par la voix de sa juge des référés, les recours visant l’arrêté de la préfète de l’Hérault. L’interdiction de manifester est restée en vigueur toute la journée de ce samedi 24 octobre. Plusieurs milliers de personnes ont malgré tout arpenté la capitale héraultaise, d’un cortège étudiant parti du campus Triolet jusqu’aux face-à-face de la place de la Comédie.
Trois recours rejetés avant midi
La décision était attendue vendredi soir. Elle n’est tombée que samedi en milieu de matinée, rapporte Midi Libre. La magistrate a rejeté les trois recours en référé-liberté visant l’interdiction du défilé que le syndicat Force ouvrière Enseignement supérieur et recherche avait déclaré le 21 octobre.
L’audience de vendredi avait réuni, face à la préfecture représentée par Me Vignal, le militant FO ESR Alban Desoutter à l’origine de la déclaration, le Syndicat des avocats de France défendu par Me Tamaris Fürstenheim, puis la Ligue des droits de l’Homme, l’association ADHOC, la Libre Pensée, Solidaires 34 et Le Quartier Généreux, tous représentés par Me Sophie Mazas, détaille La Gazette de Montpellier.
Dans son ordonnance, la juge met en balance deux exigences. « Le respect de la liberté de manifestation, qui a le caractère d’une liberté fondamentale (…) doit être concilié avec l’exigence constitutionnelle de sauvegarde de l’ordre public », écrit-elle selon Hérault Tribune. Elle retient un risque de voir le cortège « agréger, à nouveau, des groupes de casseurs », relève que le départ du parcours se situait à l’intérieur du périmètre où tout rassemblement était proscrit. Elle conclut que l’autorité préfectorale « n’a pas porté (…) une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue la liberté de manifester », rapporte Midi Libre.
Pour fonder son appréciation, la juge s’appuie sur les éléments transmis par la préfecture au sujet du 17 octobre : 35 000 participants dont environ 5 000 casseurs, quinze boutiques du centre historique pillées, une cinquantaine de commerces, de banques et de bâtiments publics visés, 48 policiers blessés et 69 interpellations dont une dizaine de mineurs, selon Le Poing. Le couvre-feu imposé aux mineurs non accompagnés, objet d’un arrêté distinct, a lui aussi été jugé légal.
« Un parcours alternatif a été proposé pour éviter le centre-ville, et des services d’ordre ont été mis en place. Mais rien de tout cela n’a été pris en compte par la juge. L’interdiction générale de manifester est complètement disproportionnée. »
Me Tamaris Fürstenheim, avocate du Syndicat des avocats de France, à Hérault Tribune
Les requérants ont aussitôt porté l’affaire devant le Conseil d’État en espérant une décision avant 14 heures. Selon ici (Radio France), c’est la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault qui a saisi la haute juridiction. Midi Libre attribue de son côté à la Libre Pensée, à ADHOC, à Solidaires 34 et à FO ESR la demande d’« une audience et le maintien de la liberté de manifestations ». Aucune décision du Conseil d’État sur le dossier montpelliérain n’était connue samedi en début de soirée.
Un cortège qui a tourné dans la ville tout l’après-midi
Sur le terrain, l’interdiction n’a pas dissuadé grand monde. Dès 13 heures, plus d’une centaine de personnes se massaient devant la faculté des sciences, sur le campus Triolet. Le cortège s’est élancé une demi-heure plus tard, pendant que la place de la Comédie se remplissait de son côté. Les tramways étaient à l’arrêt, conformément au dispositif arrêté par la préfecture deux jours plus tôt.
Vers 14h20, les manifestants partis du centre ont pris la direction de l’esplanade, du Corum puis de la place Albert-1er, avec l’intention de rejoindre l’autre défilé au stade Philippidès. Les policiers y ont fait usage de grenades lacrymogènes, raconte Hérault Tribune. S’est alors engagée une longue déambulation : les quais du Verdanson, les abords des lycées Joffre et Mermoz, la médiathèque Émile-Zola, la place de l’Europe, puis les approches du Polygone, régulièrement repoussées par les gaz.
Après 16 heures, le cortège a franchi le pont Juvénal, envahi le rond-point de l’Arbre Blanc et traversé le quartier Richter en direction de l’hôtel de ville. Une charge sur le pont Zuccarelli l’a renvoyé vers le centre. Un hélicoptère de la gendarmerie a survolé la ville toute la journée, rejoint par un drone selon Le Poing.
Les comptages divergent nettement. À 15 heures, la préfecture annonçait près de 4 000 personnes « aux abords du centre-ville de Montpellier », dans les secteurs Philippidès, Boutonnet et Beaux-Arts. ici (Radio France) évoque de son côté 4 200 à 4 500 manifestants, Le Poing plus de 6 000. Le bilan diffusé le soir par les services de l’État parle finalement de « jusqu’à 6 300 personnes » au plus fort de l’après-midi.
Des heurts place de la Comédie à la tombée de la nuit
C’est en fin de journée que la tension est montée. Vers 16 heures, les manifestants ont regagné la place de la Comédie par petits groupes, tandis qu’une partie du défilé se trouvait du côté de la mairie, où des incidents ont éclaté. Rue de la Loge, des manifestants s’en sont pris à un groupe d’extrême droite venu, selon Métropolitain, monter la garde devant des boutiques. Les policiers ont empêché l’affrontement de dégénérer en repoussant la foule sous les gaz.
Pendant plus de deux heures, slogans hostiles à la police et projectiles ont répondu aux grenades, sur la place comme sur l’Esplanade. Une centaine de personnes sont parvenues à circuler dans l’Écusson et ont fait reculer une colonne de véhicules de police rue Saint-Guilhem. Des feux d’artifice ont été tirés et des groupes ont tenté de s’en prendre à une banque, rapporte ici.
La nuit tombée, la scène a oscillé entre jeu et confrontation. Des manifestants ont échangé un ballon avec une ligne de CRS, une farandole a tourné autour de la fontaine des Trois Grâces avant d’être dissipée par une nouvelle salve de gaz. Vers 18h30, il ne restait que quelques centaines de personnes entre la Comédie et l’esplanade Charles-de-Gaulle.
Huit interpellations, pas de dégradation signalée par la préfecture
Le bilan provisoire diffusé par la préfecture recense huit interpellations ainsi que deux CRS blessés. « À ce stade il n’est pas fait état de dégradation spécifique », indiquent les services de l’État, qui précisent que les commerces protégés n’ont subi aucun dommage. Aucun pillage n’a été signalé.
Bilan de la journée d’action du 24 octobre 2026 pic.twitter.com/KQC7RLhWje
— Préfète de l'Hérault 🇫🇷 (@Prefet34) 24 octobre 2026
La préfète Chantal Mauchet a remercié les forces mobilisées depuis le matin et indiqué que les effectifs restaient engagés dans l’attente de la dispersion des derniers rassemblements. Deux cents manifestants se trouvaient encore aux abords de la Comédie en soirée.
L’écart avec la semaine précédente est net. Le 17 octobre, jusqu’à 35 000 personnes avaient défilé selon la préfecture, 40 000 selon les syndicats, avant que le centre historique ne bascule dans les pillages. Les organisateurs de la manifestation interdite de samedi en attendaient 20 000, indique l’ordonnance citée par Le Poing. À l’échelle nationale, 70 000 policiers et gendarmes étaient déployés, soit 10 000 de plus que la semaine précédente.














