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Viols en série après des rencontres sur Meetic : vingt ans de réclusion criminelle à Montpellier

Smartphone affichant une application de rencontre dans un salon en soirée

La cour criminelle de l’Hérault a condamné ce jeudi 15 octobre Alexandre Karaa à vingt ans de réclusion criminelle. Les magistrats l’ont déclaré coupable de viols aggravés sur six femmes, rencontrées pour la plupart via l’application Meetic. Il dirigeait, à Castelnau-le-Lez, des centres de la fondation Perce-Neige qui accueillent des personnes handicapées. L’homme de 40 ans a nié jusqu’au bout et fait savoir qu’il irait en appel.

Une peine maximale assortie d’une période de sûreté

Le délibéré a duré moins de deux heures. Les magistrats montpelliérains ont suivi l’avocate générale Florence Garnier, qui réclamait la peine la plus lourde que la procédure autorisait, soit vingt ans de réclusion, assortie de cinq ans de suivi sociojudiciaire.

La décision va au-delà sur plusieurs points. La cour a fixé une période de sûreté aux deux tiers de la peine, ce qui écarte tout aménagement pendant plus de treize ans. Elle a aussi prononcé une interdiction définitive de travailler auprès de mineurs. La situation du condamné pourra enfin être réexaminée à la fin de sa peine, dans la perspective d’une éventuelle rétention de sûreté, une mesure réservée aux profils jugés dangereux.

Ce que la cour a retenu contre l’accusé

Le président Éric Emmanuelidis a détaillé les motivations de la décision à l’audience. Il a souligné la gravité des faits et visé bien au-delà des six dossiers jugés cette semaine, évoquant au moins une quinzaine d’autres femmes. La cour a décrit un mode opératoire rodé et systémique.

Le magistrat a également relevé l’ampleur des traumatismes chez les victimes et leurs proches, l’absence totale de remise en question de l’accusé, son manque d’empathie, le défaut de suivi psychologique et un risque réel de récidive. Il est revenu sur l’argent proposé à trois plaignantes pour les dissuader de venir à la barre. La personnalité de l’intéressé a été rattachée à une perversion narcissique.

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Six femmes, des faits commis entre 2016 et 2023

Les six plaignantes avaient de 16 à 24 ans au moment des faits. Le dossier démarre à l’été 2023, quand une jeune femme de 21 ans porte plainte après s’être rendue chez lui, à Castelnau-le-Lez. Les enquêteurs remontent alors ses relations passées et retrouvent d’autres femmes qui n’avaient jamais saisi la justice.

Les faits dénoncés se situent à Nantes en 2016, Neuilly-sur-Seine en 2020, Besançon, Marseillan et d’autres communes de l’Hérault entre 2022 et 2023. Toutes ont décrit des actes sexuels d’une grande brutalité : des étranglements, des coups et des refus qu’elles disent avoir exprimés en vain. Plusieurs sont venues le dire à la barre mercredi, soutenues par leurs avocats Me Virginie Manzi, Me Hervé Gerbi et Me Cécile Chresteil.

« Tu es un violeur en série. Tu voulais faire de nous des objets, tu as réussi le temps de quelques heures. Aujourd’hui, nous sommes libres et toi enfermé. »

Amandine (prénom d’emprunt), partie civile, mercredi 14 octobre devant la cour criminelle de l’Hérault

Arrêté en novembre 2023, Alexandre Karaa n’a jamais reconnu les viols. Une grande partie des pratiques décrites n’était pas contestée matériellement. Son avocat Me Carlo Alberto Brusa a concentré sa défense sur le consentement et sur la preuve d’un refus exprimé pendant l’acte, en rappelant que les faits ont tous précédé la loi du 6 novembre 2025, qui a fait entrer la notion de consentement dans la définition pénale du viol.

Pourquoi la peine ne pouvait pas dépasser vingt ans

Le plafond de vingt ans tient à la juridiction qui a été saisie. Une cour criminelle départementale juge en premier ressort les majeurs accusés d’un crime puni de quinze ou de vingt ans de réclusion. Elle réunit un président et quatre assesseurs, tous magistrats professionnels, sans jury populaire.

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Le président avait d’ailleurs relevé dans la matinée que certains faits décrits pouvaient s’apparenter, par leur nature, à de la torture ou à de la barbarie. Cette qualification n’a pas été retenue dans la procédure : le code de procédure pénale oblige la cour criminelle à renvoyer un dossier devant une cour d’assises dès lors que les faits seraient punis de trente ans ou de la perpétuité. La cour d’assises de l’Hérault, où siègent des jurés tirés au sort, dispose de cette échelle plus large. En juin, elle a condamné à 30 ans de réclusion l’agresseur d’une étudiante en médecine du quartier des Arceaux.

Un appel annoncé, des victimes qui s’y préparent

Peu avant l’annonce de la décision, l’accusé avait prévenu qu’il contesterait une éventuelle condamnation, assurant se savoir « condamné d’avance ». Un tel recours ne remonte pas devant une autre cour criminelle : la loi confie l’examen de l’appel à une cour d’assises, avec des jurés cette fois.

À la sortie de la salle d’audience, les quatre victimes présentes ont dit leur soulagement, tout en se projetant déjà sur ce second procès. Elles ne se connaissaient pas avant l’ouverture des débats lundi. Plusieurs ont lancé un appel aux femmes qui n’ont pas parlé, convaincues d’être bien plus nombreuses que les six dossiers jugés. Sur un autre terrain, celui des mineurs, le parquet de Montpellier a rouvert depuis juin plusieurs centaines de dossiers de violences sexuelles, un chantier qui a débouché sur près de 70 gardes à vue et 34 informations judiciaires.