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Lapins de garenne : la préfète impose le débroussaillage à Montpellier et dans 18 autres communes

Parcelle embroussaillée de ronciers et de cannes de Provence en bordure d'un champ cultivé, avec des lapins de garenne et des terriers, dans l'est de l'Hérault

Les propriétaires de terrains de 19 communes héraultaises, Montpellier comprise, ont désormais une obligation de plus : entretenir leurs parcelles et les garder débroussaillées en permanence. La préfète de l’Hérault Chantal Mauchet l’a imposé par arrêté pour priver le lapin de garenne de ses refuges. En cas d’inaction, les maires sont chargés de faire exécuter les travaux.

Ce que dit l’arrêté du 13 octobre

Le texte porte le numéro DDTM34-2026-10-17564. Il a été signé à Montpellier le 13 octobre 2026, pour la préfète et par délégation, par le secrétaire général adjoint Thomas Ricard. Son article 1er vise trois catégories de personnes : les propriétaires, leurs ayants droit ainsi que les preneurs, autrement dit les locataires de terrains.

Le texte leur impose de « procéder à l’entretien de leurs parcelles et de les maintenir dans un état débroussaillé ». L’arrêté ne s’arrête pas à la recommandation. À défaut d’action de leur part, après une mise en demeure préalable, les maires des communes citées sont tenus et chargés de procéder ou de faire procéder à cet entretien. Les chantiers devront respecter un autre arrêté préfectoral, celui du 18 mai 2026, qui encadre les travaux dangereux selon le niveau de danger d’incendie de forêt.

Pour fonder sa décision, la préfecture s’appuie sur deux articles du code général des collectivités territoriales. Le premier charge la police municipale de remédier aux événements fâcheux que pourrait occasionner la divagation des animaux malfaisants. Le second permet au représentant de l’État d’agir pour plusieurs communes à la fois. Un considérant du texte en tire la conséquence : le lapin de garenne peut être considéré comme un animal malfaisant au sens de ce code.

« Toutefois, il reste encore sur le territoire concerné, à l’intérieur des propriétés privées, de trop nombreuses zones de refuge pour les lapins de garenne en raison notamment d’une végétation dense et abondante mal entretenue. »

Préfecture de l’Hérault

Les 19 communes visées

Les 19 communes sont toutes situées dans l’est du département :

  • Montpellier, Castelnau-le-Lez, Lattes, Le Crès, Villeneuve-lès-Maguelone
  • Baillargues, Saint-Aunès, Saint-Brès, Vendargues, Mudaison, Valergues
  • Mauguio, Candillargues, Lansargues, Saint-Just, Saint-Nazaire-de-Pézan
  • Lunel, Lunel-Viel, Marsillargues
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Ce périmètre recoupe exactement celui où le lapin de garenne porte l’étiquette d’« espèce susceptible d’occasionner des dégâts », par un arrêté du 23 juin 2026 valable du 1er juillet 2026 au 30 juin 2027. Les zones de refuge que la préfecture énumère sont toujours les mêmes : ronciers, cannes de Provence, friches et garrigue. Elles se trouvent le plus souvent dans des parcelles privées que les chasseurs décrivent comme inaccessibles.

Des pertes qui se comptent en millions d’euros

Derrière la mesure, il y a une plaine agricole qui décroche. Fin mars, au lendemain d’une réunion organisée à la préfecture, des exploitants de l’est du département avaient détaillé leurs comptes à Hérault Tribune. Jean-Luc Leydier, à la tête de la coopérative de matériel agricole mauguioise et producteur fruitier à Candillargues, chiffrait alors à 1,5 million d’euros les pertes des exploitations adhérentes. Il évoquait « des hectares de vignes, de vergers et de champs ravagés ».

À Saint-Aunès, le viticulteur et céréalier Mathieu Bianchetto chiffrait à 30 % ce que ses champs ne produisaient plus. Dans ses vignes, la facture montait jusqu’à 7 000 euros. Grillager coûte environ 600 euros l’hectare, ce qui représente selon lui deux à trois années de récolte pour un seul hectare protégé. À Mauguio, le maraîcher bio Baptiste Aberlenc avait mis 10 000 euros dans des clôtures électriques et un double grillage. Il perdait quand même 30 à 40 % de ses rendements.

« La situation est minimisée et les solutions sont à la hauteur du problème d’il y a cinq ans. »

Baptiste Aberlenc, maraîcher au Jardin de Bentenac, à Mauguio

Le sujet n’est pas neuf. En mars, la FDSEA 34 était allée jusqu’à réclamer l’intervention de l’armée pour épauler chasseurs et louvetiers. Aucune compensation légale n’existe pour les dégâts de lapins, contrairement à ceux causés par le sanglier.

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Un plan engagé depuis octobre 2024

L’obligation de débroussailler vient compléter un plan d’actions lapins signé en octobre 2024, qui court jusqu’en 2027. Le statut d’ESOD ouvre la régulation sur une période bien plus large que les dates habituelles de chasse. Des tirs nocturnes sont également possibles, réservés aux lieutenants de louveterie.

Les services de l’État avaient livré un point d’étape au printemps : 93 arrêtés de capture délivrés dans le département depuis janvier 2026, sept arrêtés de régulation administrative ciblant le seul lapin de garenne. L’effectif des lieutenants de louveterie est passé de 22 à 31 dans le département. Selon la préfecture, plusieurs secteurs du département en ont déjà tiré un bénéfice. Aucun bilan chiffré n’a été publié.

La Chambre d’agriculture de l’Hérault, elle, insiste sur l’ordre des opérations : furetage d’abord pour déloger les animaux, tirs ensuite, puis destruction de la garenne par le propriétaire dans la semaine. Passé ce délai, écrit-elle, les lapins recolonisent le secteur et tout le travail est perdu. Le plan arrêté en mai lors d’une réunion à la préfecture prévoyait par exemple une demande d’exonération de taxe foncière sur les propriétés non bâties pour les agriculteurs touchés. Un dégrèvement de cette même taxe a été accordé dans l’Hérault en octobre, au titre cette fois des pertes liées à la sécheresse.

Reste la question du terrain. Les propriétaires concernés peuvent se tourner vers leur mairie ou consulter la plaquette publiée par la préfecture, qui détaille les recours possibles selon la zone où se situe la parcelle, du bail de chasse au piégeage. L’arrêté, lui, sera affiché dans les 19 communes puis publié au recueil des actes administratifs de la préfecture.

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