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Lycée de Cournonterral : la préfète met en demeure la Région pour non-respect de Natura 2000

La préfète de l’Hérault vient de mettre en demeure la Région Occitanie pour non-respect de ses obligations environnementales sur le chantier du futur lycée de Cournonterral. Ce projet à 51 millions d’euros, construit en pleine zone Natura 2000, doit pourtant accueillir ses premiers élèves dès septembre prochain.

Un bras de fer inédit entre l’État et la Région se joue à quelques kilomètres de Montpellier. Voici ce que l’on sait de cette affaire qui mêle urgence éducative et protection de la biodiversité.

Un arrêté préfectoral qui met la Région sous pression

Le 5 mars dernier, Chantal Mauchet, préfète de l’Hérault, a signé un arrêté donnant trois mois à la Région Occitanie pour mettre en œuvre les mesures de compensation environnementale liées au chantier du lycée. Le document pointe deux manquements graves : l’absence de maîtrise foncière complète sur les parcelles de compensation et l’inexistence d’actions concrètes de restauration écologique.

Le constat est sévère. Le lycée est bâti sur une zone classée Natura 2000 et ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique). Environ 12 hectares de terres agricoles et naturelles ont été détruits pour permettre la construction de cet établissement qui s’étend sur six hectares. En cas de non-conformité à l’issue du délai, la Région s’expose à des sanctions financières voire à des poursuites pénales.

Un lycée à 51 millions d’euros attendu par 1 400 élèves

Le projet n’en reste pas moins crucial pour l’ouest de la métropole montpelliéraine. Financé intégralement par la Région Occitanie à hauteur de 51 millions d’euros, le futur lycée polyvalent de Cournonterral proposera des filières générales, technologiques et professionnelles avec une spécialisation dans les métiers du numérique et de l’informatique. L’établissement disposera de 17 200 m² de surface utile, d’un plateau sportif de 4 000 m², d’un internat de 50 places et d’une restauration capable d’accueillir 1 000 convives.

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Kamel Chibli, vice-président du Conseil régional chargé de l’éducation et de la jeunesse, reconnaît l’ampleur du défi environnemental. Le cahier des charges impose de trouver 40 hectares de compensation foncière pour un lycée qui en occupe six. Selon lui, sept hectares ont déjà été identifiés à Cournonterral et près de 28 hectares supplémentaires à Pignan.

« On fait un lycée de six hectares et il faut trouver 40 hectares de compensation foncière. »

Kamel Chibli, vice-président du Conseil régional chargé de l’éducation

La présidente de Région Carole Delga défend le projet en invoquant l’égalité territoriale. Certains lycéens de l’ouest montpelliérain subissent jusqu’à 1 h 15 de trajet matin et soir pour rejoindre leur établissement, quand d’autres n’ont que 15 minutes de route. Les études démographiques confirment que le lycée remplira sa mission pendant 20 à 30 ans.

Les écologistes dénoncent « un scandale »

Coralie Mantion, élue écologiste et ancienne vice-présidente de la Métropole en charge de l’aménagement du territoire, qualifie la situation de scandale. Dès 2022, elle alertait sur l’impossibilité de compenser la destruction d’un site naturel sensible et demandait le repositionnement du projet sur un terrain sans enjeu environnemental. La Région avait alors rejeté cette proposition en affirmant que le chantier était trop avancé et les financements bouclés.

L’arrêté préfectoral du 5 mars contredit directement ces assurances : ni la maîtrise foncière des parcelles de compensation ni les actions de restauration écologique n’ont été finalisées à ce jour.

L’élue écologiste vise plus largement le modèle d’aménagement choisi pour la périphérie de Montpellier. Construire un lycée sur une zone protégée symbolise, selon elle, une logique d’expansion qui ignore les limites écologiques du territoire. Les espèces impactées, dont l’outarde canepetière (un oiseau protégé) et certains reptiles, nécessitent des sites de relocalisation, des passages à faune et des opérations de réensemencement des sols nus.

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Une rentrée 2026 sous haute tension

Le calendrier reste le point de crispation principal. Annoncé initialement pour 2022, le lycée a accumulé quatre ans de retard. La rentrée de septembre 2026 est désormais présentée comme non négociable par la Région. Les tensions autour de l’éducation dans l’académie de Montpellier renforcent la pression : avec 148 postes supprimés cette année, chaque nouvelle place d’accueil compte.

Le nom définitif de l’établissement et son périmètre de recrutement seront arrêtés dans le courant de l’année. Les communes de l’ouest métropolitain, dont Cournonterral, Pignan, Fabrègues ou encore Lavérune, alimenteront le futur lycée. L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule commune : les 102 nouveaux élus du conseil métropolitain, installés fin mars, devront composer avec ce dossier sensible dès leurs premières semaines de mandat.

La Région dispose jusqu’au 5 juin 2026 pour se conformer à l’arrêté préfectoral. Passé ce délai, des sanctions financières et des poursuites pénales pourraient être engagées, sans que cela ne remette en cause l’ouverture du lycée prévue en septembre.