La cour d’assises de l’Hérault a rendu son verdict dans la nuit du vendredi 22 mai, au terme de cinq jours d’audience et de plus de cinq heures de délibéré. Cinq hommes jugés pour l’assassinat de Riyadh El Mamaar, 19 ans, tué d’une balle dans le dos en mai 2023 dans le quartier du Val-de-Croze à Montpellier. Le tireur a écopé de 25 ans de réclusion criminelle après avoir finalement avoué, en larmes, être l’auteur des coups de feu.
Trois ans après les faits, un procès sous haute tension
Le 16 mai 2023, à 19 heures, Riyadh El Mamaar se trouvait place Fourier, dans l’ouest de Montpellier, lorsqu’une voiture s’est arrêtée brusquement à sa hauteur. Trois ou quatre hommes en ont jailli, armés d’une machette, d’un sabre et d’une batte de baseball. Poursuivi dans le quartier, le jeune homme de 19 ans a été atteint d’une balle de calibre 22 Long Rifle dans le dos. Transporté en urgence au CHU Lapeyronie, il n’a pas survécu à ses blessures. Il venait de fêter ses 19 ans une semaine plus tôt.
Pendant trois ans, un silence quasi général a régné parmi les protagonistes, compliquant considérablement le travail des enquêteurs. L’affaire, liée à un conflit de quartier et à la dégradation d’un véhicule, n’a livré ses secrets que peu à peu. Le procès s’est ouvert le 18 mai devant la cour d’assises de l’Hérault, avec cinq hommes dans le box, tous passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.
Des aveux qui ont tout changé
Le quatrième jour d’audience a marqué un tournant. Après les témoignages bouleversants de la mère et de la sœur de la victime, le plus jeune des frères accusés, Yassine H., a finalement craqué. En larmes devant la cour, il a reconnu être l’auteur des coups de feu fatals, lui qui avait gardé le silence tout au long de la procédure.
« Je n’ai jamais voulu lui donner la mort. On voulait juste lui faire peur pour que le harcèlement s’arrête. Tout ça pour du matériel… Je ne suis personne pour choisir qui doit mourir. Il avait 19 ans, toute la vie devant lui. J’ai causé beaucoup de tristesse et j’en suis désolé. Mes excuses ne changent rien, il reste toujours la mort. »
Yassine H., auteur des tirs, lors de ses aveux devant la cour d’assises
Son frère aîné, Sallahdine H., avait quant à lui admis être parti sur les lieux, machette à la main, en criant « Tirez, tirez » au moment des faits. Les deux autres frères et leurs complices présumés avaient maintenu des versions floues, provoquant l’exaspération de la présidente de la cour.
Un verdict lourd, au-delà des réquisitions
Après plus de cinq heures de délibéré dans la nuit du vendredi 22 mai, la cour a prononcé ses condamnations. Yassine H., auteur avoué du tir mortel, a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle. Son frère Sallahdine H., poursuivi pour avoir encouragé le passage à l’acte, écope de 18 ans de réclusion. Le plus jeune des accusés, Hafid H., a été condamné à 10 ans de prison, soit bien au-delà des six années requises par l’avocat général à son encontre.
Le quatrième accusé, Yassine B., présenté comme le chauffeur du groupe et qui affirmait avoir été contraint de conduire la voiture, a été condamné à cinq ans de prison dont quatre avec sursis. Aucun mandat de dépôt n’a été prononcé à son encontre. Quant au cinquième homme, Abdelali E., soupçonné un temps d’avoir joué le rôle de commanditaire, il a été acquitté des faits de complicité d’assassinat. La cour l’a néanmoins condamné à trois ans de prison pour recel de malfaiteurs.
La famille de Riyadh « satisfaite » : pas d’appel annoncé
À l’issue du verdict, la famille de la victime a exprimé son soulagement. Selon leur avocat, maître Marc Gallix, les proches de Riyadh El Mamaar se sont dits « satisfaits » des peines prononcées, qui sont même allées « au-delà des réquisitions » du ministère public. La défense ne compte pas faire appel.
La mère de Riyadh, Nacira T., avait livré un témoignage d’une dignité remarquée lors du quatrième jour d’audience. Droite devant la cour, elle avait décrit son fils comme « un garçon bien », rappelant les valeurs inculquées dans leur famille (le travail, le respect) et exprimé son incompréhension devant la violence de sa mort. « Ça fait trois ans que je me demande pourquoi. J’attendais que justice soit faite, que les peines soient lourdes », avait-elle déclaré.
Le procès aura permis de retracer dans le détail les circonstances d’un crime né d’un conflit de quartier autour de la dégradation d’un véhicule. Riyadh El Mamaar, qui se destinait à une carrière dans la soudure aéronautique, avait quitté sa famille une semaine après son anniversaire. Il n’avait aucun antécédent judiciaire.
