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Drone à la prison de Villeneuve : trois guetteurs condamnés

Contrôle routier de nuit par des gendarmes, un drone posé sur la route près d'une voiture

Un simple contrôle de véhicule en pleine nuit a suffi. Trois jeunes gens interpellés à Saussan, à l’ouest de Montpellier, étaient soupçonnés d’organiser des livraisons par drone au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone. Jugés en comparution immédiate le 12 août, ils ont été condamnés à des peines de prison. L’un d’eux dormira derrière les barreaux.

Un contrôle routier fortuit à 3 h 30 du matin

La scène se joue dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 août, aux alentours de 3 h 30. Un équipage de gendarmes repère une voiture stationnée sur la commune de Saussan, un village de l’ouest montpelliérain. Rien d’annoncé, rien de préparé : un contrôle de routine.

À bord, trois occupants. Une Nîmoise de 29 ans et deux Montpelliérains, tous deux âgés de 25 ans. Le stationnement nocturne intrigue les militaires. La position du véhicule éclaire vite la suite : le centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone se trouve à deux ou trois kilomètres à vol d’oiseau.

Cette distance n’a rien d’anodin. Elle correspond au rayon d’action classique des livreurs qui pilotent depuis un point discret, hors du champ des caméras de l’établissement, avant de lâcher leur colis au-dessus des cours de promenade.

Le centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone, à quelques kilomètres de Saussan

Une arme de poing sous le siège passager

La fouille du véhicule confirme les soupçons des gendarmes. L’habitacle contenait la panoplie complète du droniste, selon le détail des saisies communiqué après l’audience :

  • un drone avec sa manette et plusieurs batteries de rechange
  • une bobine de fil de pêche, utilisée pour suspendre les colis sous l’appareil
  • cinq téléphones portables
  • un couteau
  • une arme de poing de calibre 9 mm, dissimulée sous le siège passager
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C’est cette dernière découverte qui change la nature du dossier. Un drone et des téléphones relèvent du trafic ordinaire. Une arme dans une voiture de guet, à trois kilomètres d’une maison d’arrêt, dit autre chose sur le niveau d’organisation des réseaux qui alimentent la détention.

Placés en garde à vue, les trois mis en cause livrent une version commune. Ils reconnaissent avoir tenu le rôle de guetteur mais contestent toute participation aux livraisons elles-mêmes. Le parquet de Montpellier n’a pas retenu cette ligne de défense.

Six mois ferme pour l’un des trois prévenus

Déférés puis présentés dans la foulée devant le tribunal judiciaire de Montpellier, les trois prévenus comparaissent le 12 août à l’audience des comparutions immédiates. Tous ont été reconnus coupables.

La jeune femme et l’un des deux vingtenaires écopent de deux mois de prison entièrement assortis d’un sursis simple. Le troisième est condamné à six mois ferme, sans aménagement prononcé à l’audience ni mandat de dépôt. Il sera convoqué devant le juge d’application des peines, qui décidera des modalités d’exécution.

Ces peines restent modestes au regard de ce que prévoit le code pénal pour la remise d’objets à un détenu. La même audience des comparutions immédiates avait vu passer, fin juillet, trois Montpelliéraines recrutées sur Telegram pour convoyer de la drogue. Elles illustrent une difficulté connue des magistrats : les guetteurs interpellés au sol sont rarement les organisateurs. La chaîne remonte difficilement jusqu’aux commanditaires.

Villeneuve-lès-Maguelone, cible régulière des livraisons aériennes

L’établissement héraultais figure parmi les plus sollicités de la région. Fin juin, l’Unité nationale Cyber de la gendarmerie avait démantelé un réseau familial de livraisons par drone piloté depuis une cellule, avec sept interpellations à la clé. Chaque vol était facturé 150 euros.

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Début août, les surveillants ont intercepté un sac contenant quatre couteaux en céramique, de la résine de cannabis et du matériel informatique, avant de retrouver un drone écrasé au pied d’un autre bâtiment. Huit armes blanches avaient alors été découvertes en soixante-douze heures.

La pression sur l’établissement tient aussi à son état de saturation. Au 17 juillet, la direction recensait 1 056 détenus pour 607 places, soit un taux d’occupation de 180 %, avec 170 matelas posés au sol.

« Nous essayons de tenir compte de l’âge, de mettre les fumeurs avec les fumeurs, de protéger les plus jeunes. Mais lorsque plusieurs personnes partagent une cellule de neuf mètres carrés, la cohabitation devient forcément plus compliquée. »

Charlie Raynaud, directeur adjoint du centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone

Six livraisons par drone chaque jour en France

Le phénomène a changé d’échelle en quelques années. L’administration pénitentiaire a recensé 37 livraisons par drone en 2021 contre 2 121 en 2025, une progression de plus de 1 100 %. Cela représente environ six colis livrés chaque jour par les airs dans les prisons françaises.

Le ministère de la Justice nuance la lecture de ces chiffres. La hausse « ne traduit pas une explosion du phénomène » selon la Chancellerie, qui y voit « l’amélioration très nette de sa détection » et qui met en avant les investissements consentis dans les dispositifs de repérage.

Les parades restent inégalement déployées. Une soixantaine d’établissements sur 180 disposent aujourd’hui de brouilleurs. Un quart seulement sont équipés de filets antiprojections. Le plan « zéro portable » prévoyait dix-neuf dispositifs supplémentaires d’ici la fin du premier trimestre 2026.

« Aujourd’hui, ce qu’il faudrait, au-delà des systèmes de brouillage de drones, c’est d’avoir véritablement une sorte de couverture au-dessus des établissements pénitentiaires, mettre des filets qui permettraient d’éviter que les drones ne puissent déposer leurs colis. »

Wilfried Fonck, secrétaire national du syndicat Ufap-Unsa Justice

Le coût freine le déploiement. Couvrir un seul établissement comme la prison de la Santé, à Paris, est chiffré à 250 000 euros. En attendant, les livreurs recrutés pour une nuit continuent de se garer sur les chemins de campagne, pour 50 à 100 euros la mission.

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