Le jugement est tombé jeudi 1er octobre devant le tribunal correctionnel de Paris, dans l’affaire des essais cliniques sauvages organisés autour de patchs présentés comme un espoir contre Alzheimer et Parkinson. Le cancérologue Henri Joyeux, né à Montpellier et professeur honoraire à la faculté de médecine de la ville, a été jugé complice. Il écope d’un an de prison avec sursis. Le principal mis en cause, le pharmacien Jean-Bernard Fourtillan, prend quatre ans ferme.
Un an avec sursis pour le professeur montpelliérain
Le délibéré intervient 98 jours après l’ouverture du procès, le 25 juin dernier. Âgé de 81 ans, Henri Joyeux a été reconnu complice des faits reprochés à son ancien collègue. Le montant de l’amende qui accompagne sa peine diffère selon les sources : l’AFP le chiffre à 10 000 euros, quand Midi Libre fait état de 100 000 euros.
Jean-Bernard Fourtillan, 82 ans, était absent du délibéré comme de l’audience de juin. La juridiction l’a déclaré coupable d’avoir conduit une recherche interventionnelle sur des personnes humaines sans la moindre autorisation officielle. S’y ajoutent l’exercice illégal de la médecine puis de la pharmacie, l’escroquerie et l’abus de confiance. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui.
Il lui est désormais interdit à vie de travailler dans la santé comme dans la pharmacie. Des indemnisations conséquentes ont aussi été accordées aux parties civiles. France 3 Nouvelle-Aquitaine précise que certains de ses biens sont confisqués, dont près de 60 000 euros. Marianne Fourtillan, qualifiée de « cheville ouvrière de l’organisation de ces essais », a écopé de deux ans de prison dont un avec sursis.
Les juges ont aussi retenu le détournement de près de 130 000 euros sur les 700 000 euros de dons versés au « fonds Josefa », « en se les remettant personnellement et en investissant dans l’or de façon dissimulée ». La recherche de dons a constitué une « préoccupation constante » du pharmacien tout au long de son projet, a relevé le tribunal, auprès de personnes que leur maladie rendait particulièrement vulnérables.
Des patchs testés la nuit dans une abbaye près de Poitiers
Jean-Bernard Fourtillan disait avoir mis au jour une hormone produite dans le cerveau par la glande pinéale, qu’il nommait la valentonine. Couplée à une seconde molécule, le 6-méthoxy-harmalan, cette hormone devait selon lui soigner les maladies neurodégénératives. Les autorités médicales ont rejeté ce procédé.
Entre mai 2018 et août 2019, 19 séances se sont tenues de nuit. Les patchs transdermiques y ont été appliqués à près de 400 personnes, malades ou simples volontaires en bonne santé. Les participants arrivaient par contingents d’une trentaine dans une abbaye de Saint-Benoît, aux portes de Poitiers. Le lieu sert d’ordinaire à héberger les groupes venus faire retraite chez les religieuses.
L’Agence nationale de sécurité du médicament a interdit l’expérimentation le 19 septembre 2019. Son inspection avait recensé au moins 350 personnes recrutées par le fonds Josefa, dont Jean-Bernard Fourtillan était alors le président. L’agence écrivait dans sa décision : « Un risque pour la santé des participants ne peut être exclu. » Elle a également saisi la justice.
« Je ne suis pas complice » : la ligne de défense du cancérologue
Interrogé par Midi Libre à l’ouverture de son procès en juin, Henri Joyeux reconnaissait avoir pris part lui-même à l’expérimentation. Vice-président du fonds Josefa, il décrivait un rôle de second plan auprès d’un spécialiste des essais cliniques qui aurait tout piloté seul.
Le cancérologue avait d’abord déclaré au quotidien avoir contribué à faire connaître l’essai puis à recruter des malades. Quelques jours plus tard, dans un texte adressé à la rédaction, il précisait que le recrutement relevait du « fait exclusif du Pr Fourtillan ».
« Si on m’avait dit que c’était illégal, je ne l’aurais pas fait. »
Henri Joyeux, cancérologue, à Midi Libre en juin 2026
En rendant le délibéré, le juge David Mayel a estimé que le pharmacien avait cherché à faire croire à des patchs présentés comme miraculeux auprès de malades atteints de pathologies neurodégénératives. « Pour faire croire à son discours, il a mis en place des essais cliniques sauvages », a-t-il expliqué. L’avocat du couple Joyeux n’a pas souhaité répondre aux questions de France 3 à sa sortie du tribunal.
« C’est important que la totalité des participants ait en tête le fait qu’il y a une condamnation et que les recherches menées par le professeur Fourtillan ne mènent à rien. »
Philippe Marion, avocat des parties civiles
Une figure médiatique déjà sanctionnée par l’Ordre
Cette condamnation pénale s’ajoute à un parcours disciplinaire chargé. En septembre 2023, la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins a interdit à Henri Joyeux d’exercer la médecine pendant deux ans pour ses prises de position sur la vaccination. La mesure a couru à compter du 1er janvier 2024, au terme de huit années de procédure.
Le cancérologue peut de nouveau exercer depuis le 1er janvier 2026. Né à Montpellier en 1945, longtemps professeur des universités et praticien hospitalier en cancérologie et chirurgie digestive, il reste professeur honoraire à la faculté de médecine de Montpellier. Il vit désormais à Formiguères, commune des Pyrénées-Orientales.
Le tribunal a souligné que les malades inclus dans ces sessions ne disposaient alors que de traitements soulageant les symptômes. Dans l’Hérault, 14 810 patients sont suivis pour une maladie d’Alzheimer. Aucun des deux traitements autorisés en Europe n’est pris en charge en France.















