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Corrida du 10 octobre à Palavas : le tribunal ordonne son interdiction

Facade du tribunal administratif de Montpellier

Le tribunal administratif de Montpellier a ordonné ce jeudi 24 septembre l’interdiction de la corrida annoncée dans les arènes de Palavas-les-Flots pour le 10 octobre. Statuant en référé, le juge a suspendu le refus du maire d’user de ses pouvoirs de police puis lui a ordonné d’empêcher le spectacle dans un délai de sept jours. Six taureaux devaient y être mis à mort.

Deux recours déposés début septembre, une seule ordonnance

Le juge des référés était saisi de deux requêtes distinctes. La première, enregistrée sous le numéro 2607076, a été déposée le 3 septembre par l’association Alliance Anticorrida. La seconde, numérotée 2607166, est arrivée le 7 septembre au nom du Comité radicalement anti-corrida et de l’association One Voice. Les deux dossiers portant sur la même question de droit, ils ont été joints pour être tranchés par une seule ordonnance.

L’association Stéphane Lamart « Pour la défense des droits des animaux » s’est greffée à la procédure le 14 septembre. Son intervention a été admise au vu de son objet statutaire. La commune et la société délégataire des arènes plaidaient de leur côté l’irrecevabilité, faute de décision de refus formelle du maire. Le tribunal a écarté l’objection en relevant que l’élu avait fait savoir qu’il n’entendait prendre aucune mesure, ce que confirmaient un communiqué de presse puis les écritures produites en défense.

One Voice et le Crac Europe avaient rendu publique leur saisine le 21 septembre, deux jours avant l’audience.

« Tradition locale ininterrompue » : le raisonnement du juge

Tout le dossier tenait à quelques mots de l’article 521-1 du code pénal. Le texte expose à 45 000 euros d’amende et trois ans de prison quiconque commet des sévices graves ou des actes de cruauté sur un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité, puis écarte cette répression pour les courses de taureaux « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». Le juge rappelle qu’une corrida vaut mauvais traitement volontaire, avec ou sans mise à mort de l’animal.

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Reste à savoir comment se mesure l’exception. L’ordonnance retient deux critères. Il faut regarder d’abord quels spectacles ont été donnés auparavant, la diversité des courses taurines pouvant relever de pratiques culturellement distinctes. Il faut ensuite apprécier la tradition dans un ensemble démographique qui dépasse éventuellement les limites de la commune tout en conservant une dimension locale.

Appliqué à Palavas, le test tourne court. Le juge ne trouve aucune tradition locale ininterrompue d’événements taurins allant jusqu’à la mise à mort dans l’ensemble démographique dont relève la station, « la loi pénale étant d’interprétation stricte ». L’urgence est retenue parce que la mise à mort des taureaux serait irréversible. Le juge ajoute que l’ouverture de la billetterie et l’engagement de dépenses justifiaient de se prononcer sans attendre. La demande de renvoi d’une question préjudicielle au juge judiciaire, portée par la défense, a été rejetée.

À l’audience de la veille, l’avocat de la commune citait les capeas, tientas et becerradas organisées dans la station après 2017 pour défendre une continuité. Celui du délégataire et du club taurin y voyait un simple glissement sémantique de la part des associations. Me Raphaël Belaïche, pour l’Alliance Anticorrida, leur opposait que ces spectacles n’ont jamais impliqué la mise à mort du taureau.

Une station hors métropole, dans l’orbite de Montpellier

Avec ses 6 133 habitants, Palavas-les-Flots n’appartient pas à la métropole montpelliéraine mais à la communauté d’agglomération du Pays de l’Or. La question du périmètre a occupé une bonne part des débats. L’avocate du Crac Europe et de One Voice a fait valoir devant le tribunal que l’Insee rattache l’aire d’attractivité de la commune à Montpellier, comme sa zone d’emploi.

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Le précédent de Pérols pesait lourd. Après une novillada autorisée en 2023 dans cette commune située à quelques kilomètres, la juridiction montpelliéraine avait d’abord suspendu en référé la délibération prise par le conseil municipal, avant de l’annuler au fond, une position confirmée le 2 octobre 2025 par la cour administrative d’appel de Toulouse. Le même mois, la juridiction toulousaine a pourtant reconnu l’existence d’une tradition ininterrompue à Bouillargues, dans le Gard, en raison de la proximité géographique de cette commune avec Nîmes et d’autres villes. Deux territoires, deux issues opposées sur le même article du code pénal. Fin août, l’annonce du retour de la corrida à Palavas avait déjà valu à la municipalité un courrier d’avocat et une pétition.

Localisation : arènes El Cordobés, avenue de l’Abbé Brocardi, Palavas-les-Flots

Sept jours pour agir, une autre audience le 7 octobre

L’ordonnance suspend le refus du maire jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité. Christian Jeanjean, réélu en mars dernier, dispose de sept jours à compter de la notification pour faire usage de ses pouvoirs de police. Les associations demandaient un délai de quarante-huit heures assorti d’une astreinte de 1 000 euros pour chaque jour de retard. Le juge a estimé l’astreinte inutile.

La commune devra verser 1 000 euros à l’Alliance Anticorrida puis 1 000 euros au Crac Europe et à One Voice au titre des frais de justice. Le Club taurin Paul Ricard puis la société Vincent Ribera Organisation réclamaient de leur côté 3 000 euros. Leurs conclusions ont été rejetées. Une autre procédure suit son cours devant le juge judiciaire, avec une audience fixée au 7 octobre, qui portera sur les décisions prises par le maire.

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Les associations ne cachaient pas leur satisfaction jeudi. L’Alliance Anticorrida, présidée par Claire Starozinski, met en avant deux décisions antérieures obtenues dans le même sens, à Pérols en 2025 puis à La Brède en 2026.

« la corrida est vouée à disparaître. Nous nous battrons pour les taureaux jusqu’à ce que chaque village ferme définitivement ses abattoirs à ciel ouvert que sont les arènes pendant les corridas. »

Cyril Vaucelle, président du Crac Europe

Le mano a mano annoncé entre le Nîmois Clemente et Morante de la Puebla devait constituer la seule apparition du maestro sévillan dans une arène française en 2026. Les arènes El Cordobés se trouvent à une dizaine de kilomètres au sud de Montpellier, dans une station dont la plage se rejoint en tramway puis en bus depuis la ville. L’ordonnance complète est publiée sur le site du tribunal administratif.