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Recrutées sur Telegram : trois Montpelliéraines condamnées

Le nouveau palais de justice de Montpellier, siège du tribunal judiciaire

Trois Montpelliéraines âgées de 23 à 26 ans ont été condamnées lundi 27 juillet par le tribunal judiciaire de Montpellier à trois ans de prison dont un an ferme. Recrutées par de simples annonces sur Telegram, elles stockaient et vendaient cannabis, cocaïne et kétamine depuis deux appartements de l’avenue de Palavas. Un dossier qui illustre la mutation du narcotrafic dans la capitale héraultaise.

Des profils sans casier recrutés par petites annonces

Aucune des trois jeunes femmes n’avait jamais eu affaire à la justice. Aucune ne consomme de stupéfiants. Toutes traversaient en revanche des difficultés financières quand elles ont répondu à des annonces publiées sur les réseaux sociaux, Telegram en tête, sur les conseils de « mauvaises fréquentations ». L’audience, rapportée par Midi Libre, dessine un recrutement digne d’une plateforme d’intérim.

Leur rôle : accueillir la marchandise livrée au pied de leurs immeubles, découper et conditionner les produits dans leurs appartements transformés en « logements nourrices », puis assurer transport et vente sur différents points de la ville. Les livraisons aux consommateurs s’effectuaient en voiture, pilotées par une autre messagerie cryptée. « On n’avait pas de rapports personnels, c’étaient des messages sur Snapchat. Je n’ai aucune idée des personnes qu’il y avait au-dessus de moi, je n’ai pas cherché à savoir », a confié à la barre la plus âgée des prévenues.

Six semaines d’enquête et 79 000 euros de produits saisis

Tout part d’un renseignement anonyme transmis le 17 avril à la brigade des stupéfiants du commissariat de Montpellier. Les filatures mettent rapidement au jour l’organisation du réseau, qui rayonnait sur la ville comme sur la métropole depuis les deux logements de l’avenue de Palavas. Les enquêteurs observent aussi la remise d’enveloppes d’argent à un individu identifié comme une figure locale du narcotrafic. Celui-ci n’a pas été mis en cause dans la procédure.

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Le coup de filet tombe le 2 juin. Les policiers saisissent plusieurs kilos de résine de cannabis, de l’herbe, de la cocaïne et de la kétamine, pour une valeur marchande estimée à 79 000 euros. Les « salaires » interpellent : 500 euros par mois pour la location d’un appartement nourrice, 10 euros par transaction pour la vente, soit un revenu potentiel d’environ 3 000 euros mensuels à raison de dix livraisons par jour. L’une des prévenues admet avoir touché entre 1 000 et 1 500 euros sur les trois mois d’activité du réseau.

Des peines plus sévères que les réquisitions du parquet

À l’audience, la représentante du ministère public a décrit « une évolution des profils des trafiquants, une mutation des trafics », pointant chez ces « petites mains » « une espèce d’insouciance, de légèreté » avant d’ajouter : « elles entrent dans un système dangereux ». Elle avait requis deux ans de prison dont un an ferme aménageable.

Le tribunal, présidé par Gilles Maschio, est allé au-delà. Les trois prévenues ont chacune été condamnées à trente-six mois d’emprisonnement dont vingt-quatre avec sursis simple. Dans le même dossier, un livreur à scooter interpellé le jour du coup de filet avec de la résine de cannabis a écopé de quatre mois avec sursis. En garde à vue, les trois jeunes femmes ont reconnu les faits et exprimé leurs remords, sans cacher leur désarroi. « On a peur des représailles », a lâché l’une d’elles à la barre.

« C’est l’ubérisation du trafic de stupéfiants. Ce sont des fusibles faciles à faire sauter. »

Me Jean-Baptiste Mousset, avocat de l’une des prévenues

Le conseil s’est aussi interrogé sur l’origine du renseignement anonyme qui a lancé l’enquête : « On dénonce parce que c’est peut-être un concurrent ». Sa consœur Me Charline Vatier a insisté sur le profil de sa cliente, qui aurait « compris la leçon » : « L’argent facile est entré dans la philosophie des jeunes adultes. Ce sont des gens exploités, parfaitement interchangeables ».

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La métropole face à la mutation du narcotrafic

Ce procès n’est pas un cas isolé. Le 22 juillet, une patrouille de la BAC interpellait à la cité Saint-Martin deux mineurs de 14 et 15 ans venus de Gagny, en Seine-Saint-Denis, pris en flagrant délit de vente avec cocaïne, résine et herbe sur eux. Arrivés depuis peu dans la capitale héraultaise, ils seront convoqués le 10 novembre devant la justice des mineurs. Recrutement à distance, main-d’œuvre jetable et interchangeable : les réseaux appliquent les mêmes méthodes, des « jobbeurs » adolescents aux jeunes femmes sans casier.

Les Montpelliérains connaissent le décor. Après l’opération massive menée aux Marels fin avril, le maire Michaël Delafosse dénonçait il y a quelques jours les « marchands de mort » de la DZ Mafia et leurs relais locaux. Le jugement rendu lundi montre l’autre bout de la chaîne : des exécutantes recrutées en quelques clics, exposées aux représailles et à la prison, pendant que les commanditaires restent hors d’atteinte derrière leurs messageries cryptées.