Une lettre anonyme de dix-huit pages accuse le concours de l’internat de médecine d’avoir été faussé au printemps. La doyenne de la faculté de médecine de Montpellier, Isabelle Laffont, qui préside aussi la conférence nationale des doyennes et doyens, oppose un démenti ferme. Le Centre national de gestion a publié ce lundi 14 septembre les résultats de sa propre analyse.
Une lettre anonyme qui circule depuis l’été
Le texte se présente comme le témoignage d’un étudiant en médecine qui reconnaît avoir bénéficié d’informations confidentielles. Il affirme que des sujets et des grilles d’évaluation des examens cliniques objectifs structurés (ECOS) auraient circulé avant les épreuves, organisées les 2 et 3 juin dans les centres d’examen agréés.
Le document, assorti de pièces présentées comme celles des dix stations de la session 2026, évoque une boucle de messagerie réunissant des étudiants, des professeurs d’université et des patients standardisés. Le Centre national de gestion (CNG) situe le début de sa diffusion à la fin du mois de juin. Midi Libre date du 3 septembre le début de sa circulation active sur les réseaux sociaux.
L’auteur soutient que la manœuvre aurait permis à « des centaines d’étudiants » de gagner « 4 000, 5 000, 6 000 places » au classement national. L’Association nationale des étudiantes et étudiants en médecine reconnaît n’avoir « aucun moyen de vérifier la véracité de la lettre », tout en relevant que les grilles produites paraissent authentiques et qu’elles ne sont jamais rendues publiques, même après les épreuves.
Le démenti de la doyenne montpelliéraine
Professeure de médecine physique et de réadaptation au CHU de Montpellier, Isabelle Laffont dirige la faculté de médecine Montpellier-Nîmes depuis 2021. Elle a été élue en mars 2025 première présidente de la Conférence des doyennes et doyens des facultés de médecine, ce qui la place au centre de cette séquence.
Interrogée par Midi Libre, elle écarte la première hypothèse, celle d’un accès anticipé aux grilles d’évaluation. « Il n’y a pas de preuve de fraude au concours », déclare-t-elle.
« On a regardé les procédures, il n’y a rien d’anormal. Elles rendent la première hypothèse impossible. Les grilles d’évaluation sont transmises à 7 h aux évaluateurs, au moment où les étudiants sont isolés dans une salle dédiée »
Isabelle Laffont, doyenne de la faculté de médecine Montpellier-Nîmes et présidente de la conférence des doyens
La doyenne parle d’une « fake news » et souligne que les résultats du concours ne sont pas remis en cause. Elle avance le chiffre de 10 716 étudiants ayant passé les ECOS cette année. Elle rappelle que 10 260 postes d’internes ont été ouverts pour novembre 2026, soit 15 % de plus que l’an dernier.
Ce que dit l’analyse du CNG
Les ECOS sont des épreuves nationales placées sous la responsabilité conjointe des ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur, organisées chaque année par les universités dotées d’une UFR de médecine. Le CNG, qui assure la transmission des sujets et des grilles de correction à ces facultés, affirme que cette opération s’est faite dans le respect du cahier des charges, sans incident signalé. Aucune faculté ne lui a remonté de fraude présumée, précise-t-il.
L’établissement a fait procéder à une étude détaillée comparant le classement des candidats avant et après les ECOS sur trois campagnes, 2024, 2025 et 2026. Moins de 2 % des candidats ont progressé de plus de 2 000 places, quelle que soit l’année et quel que soit le groupe de spécialités. Chaque année, moins de vingt candidats gagnent au moins 3 000 places. Ils sont moins de cinq à en gagner au moins 4 000. Moins de deux dépassent la barre des 5 000. Le communiqué du CNG conclut que ces données ne mettent en évidence aucune fraude caractérisée.
À Montpellier, des examinateurs venus de Marseille et Toulouse
La capitale héraultaise fait partie des centres où se déroulent ces épreuves nationales, aux côtés de Marseille, Nice, Nancy ou Nantes. Le dispositif repose sur dix stations réparties en deux épreuves de cinq stations consécutives par jour. Les candidats qui n’atteignent pas 10 sur 20 sur l’ensemble des stations n’accèdent pas à la procédure d’appariement. Ils ne bénéficient d’aucune seconde session.
La faculté Montpellier-Nîmes a indiqué début juin avoir accueilli des enseignants des facultés de Marseille et de Toulouse venus participer à l’évaluation des étudiants. L’établissement avait déjà reçu des professeurs de ces deux villes comme examinateurs de ses étudiants lors de la session de mai 2025.
Une épreuve signalée comme fragile dès l’automne dernier
La conférence des doyens ne découvre pas le sujet. En octobre 2025, elle décrivait l’édition 2026 comme une « année à haut risque », en raison de l’augmentation des effectifs et de l’intégration des étudiants des Antilles et de La Réunion. Elle tablait alors sur près de 11 500 participants, contre 9 500 l’année précédente. Elle réclamait une sécurisation ainsi qu’une simplification des épreuves.
Côté étudiants, la contestation prend forme. Une pétition réclamant la transparence a été lancée samedi 12 septembre et rassemblait 1 857 signatures lundi soir. L’ANEMF, de son côté, demande que les ECOS cessent de compter dans le classement et deviennent une simple épreuve validante. Les épreuves écrites doivent se tenir dans quelques semaines selon Midi Libre, ce qui laisse peu de place à un long round d’observation.
Le bâtiment de la rue de l’École de Médecine abrite la plus ancienne faculté de médecine du monde occidental encore en activité, un héritage que la controverse actuelle vient bousculer. La faculté relève de l’Université de Montpellier, classée dans le top 200 mondial du dernier palmarès de Shanghai.















