Montpellier Info

Toute l'actualité de Montpellier et sa région en direct

Partenariat TotalEnergies : un nouveau vote promis à la faculté des sciences de Montpellier

Hall d'un bâtiment universitaire occupé, matelas au sol et cantine improvisée

La convention signée en juin entre l’Université de Montpellier et TotalEnergies pourrait être réécrite. Le doyen de la faculté des sciences a promis aux étudiants qui occupent le campus Triolet de présenter une nouvelle version du texte au vote du conseil de la composante. L’occupation, commencée le 6 octobre, se poursuit sur le site.

Une nouvelle mouture promise aux occupants

Le lundi 19 octobre, une délégation des étudiants qui occupent le bâtiment 36 du campus Triolet a rencontré Jean-Michel Marin. Le doyen de la faculté des sciences leur a promis de soumettre au vote une nouvelle mouture du partenariat lors de la séance suivante de son instance. L’information est rapportée par le média en ligne Vert, qui indique s’appuyer sur des sources concordantes.

Le détail des modifications reste inconnu. D’après les propos du doyen rapportés à ce média par plusieurs sources, la mention qui présente TotalEnergies comme « un acteur majeur de la transition énergétique » disparaîtrait du nouveau texte. Cette formulation compte parmi les passages les plus décriés du texte. Contacté par Vert, Jean-Michel Marin n’avait pas répondu à ses sollicitations.

Ce que prévoit l’accord signé le 11 juin

Dans son communiqué du 4 juin, l’Université de Montpellier annonçait une signature le jeudi 11 juin à 14h15, salle des actes du campus Triolet. L’accord cible les inscrits du master mention Énergie, rattaché à la faculté des sciences. Hérault Tribune précise qu’il court sur trois ans et concerne environ 80 inscrits.

Le communiqué universitaire décline la convention en quatre volets.

  • Des interventions de professionnels du groupe dans les enseignements, via le dispositif « TotalEnergies Professeurs Associés ».
  • Des conférences et des rendez-vous thématiques sur les mutations du secteur.
  • Des visites de sites industriels du groupe, situés en Occitanie comme dans le sud de la France, déplacements pris en charge.
  • Un accès facilité aux stages, aux alternances et aux offres d’emploi de l’entreprise.
READ  Liam, 3 ans, sourd profond, privé de rentrée à Montpellier

La veille de la signature, le conseil de la faculté des sciences avait tranché de justesse. Le scrutin s’était soldé par 14 voix pour et 14 contre, deux bulletins blancs et cinq abstentions selon Le Poing. Le président de séance avait fait jouer sa voix prépondérante. Les élus de la liste « Ensemble pour une université de service public » s’y opposaient, avec l’appui de la FSU, de Solidaires et de la CGT. Nous racontions alors cette séance et les trois griefs avancés par les opposants.

Un autre passage a nourri la fronde. Par ce texte, l’établissement s’engage à ne faire aucun usage de la marque du pétrolier qui serait susceptible de lui nuire. Les opposants redoutent qu’une telle clause ne bride la parole publique des scientifiques.

Trente heures selon le doyen, 62,5 selon Vert

Le volume horaire confié aux intervenants du groupe pétrogazier fait lui aussi débat. Interrogé début octobre par Reporterre, Jean-Michel Marin le minimise.

« Le volume horaire est de trente heures, c’est famélique. Et je l’ai toujours dit : je vérifie les supports pédagogiques. »

Jean-Michel Marin, doyen de la faculté des sciences de Montpellier, à Reporterre

Vert avance un autre chiffre. Le média évoque 62,5 heures d’équivalent travaux dirigés assurées dans l’année par des professeurs de TotalEnergies, en échange de quoi ces salariés peuvent co-construire certaines unités d’enseignement du master et évaluer les étudiants. Les deux sources ne décrivent donc pas le même périmètre horaire.

Le doyen a confirmé à Reporterre qu’il avait prié les équipes pédagogiques de reprendre « les formulations qui ont pu choquer ». Un avenant devait sortir de ce travail avant d’être présenté au conseil de la faculté puis soumis au vote.

READ  Plus de 20 km de pistes cyclables créées le long de la ligne 5

La contestation a gagné les personnels

Le mouvement ne se limite pas aux amphithéâtres bloqués. Une quinzaine de « correspondants transition écologique » de l’université réclament l’abrogation pure et simple de la convention, rapportait actu.fr à la mi-septembre. Ces agents, parmi lesquels des enseignants, des chercheurs et des personnels administratifs et techniques, forment un réseau interne lancé par l’établissement en octobre 2024 pour diffuser les pratiques durables dans l’ensemble de ses structures. Dans leur communiqué, ils estiment que l’accord « crée une dissonance » entre leur mission et un partenariat signé avec « un des pires acteurs du réchauffement climatique ».

Matthieu Romagny, mathématicien et élu au conseil de la composante, figure parmi les opposants. Il explique n’avoir pris connaissance du dossier qu’au moment de sa présentation devant les membres du conseil, lesquels reçoivent les documents une semaine avant la séance. Benoît Gibert, qui enseigne les sciences de la terre et intervient dans ce master, siège lui aussi dans l’instance. Il défend désormais l’idée d’une instance déontologique qui examinerait en amont les projets de partenariat, rapporte Reporterre.

La présidence, elle, défendait l’accord dès le mois de juin.

« Il ne faut pas oublier les missions de l’université, notamment la formation de nos étudiants et leur insertion professionnelle, y compris dans le secteur privé. »

Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier, au Poing en juin

L’affaire dépasse la seule cité héraultaise. Julia Dayon, enseignante et chercheuse au Cefe, un laboratoire d’écologie du CNRS, a indiqué à Reporterre que son groupe de chercheurs avait découvert durant l’été la présence du pétrolier dans d’autres établissements, de l’université de Toulouse au Collège de France en passant par Pau. Avec un collectif informel de chercheurs, elle veut lancer une initiative nationale sur le sujet.

READ  Fuite de gaz à la Mosson : quatre écoles confinées à Montpellier

Ce qui peut se jouer au conseil de novembre

Selon Vert, cette instance doit siéger le 4 novembre et la nouvelle version du partenariat ne figure pas encore à son ordre du jour. Le média décrit ensuite une mécanique en cascade. Si le nouveau texte est rejeté, l’ancien serait de nouveau soumis au vote. Un second refus conduirait vraisemblablement à l’annulation du partenariat.

Pour Matthieu Romagny, le choix de Montpellier par la major pétrolière ne doit rien au hasard. L’université met en avant sur son site un palmarès thématique de Shanghai qui place son écologie au quatorzième rang mondial et à la première place française. Le 23 octobre 2025, le tribunal judiciaire de Paris condamnait TotalEnergies pour pratiques commerciales trompeuses, à la suite d’une action portée par Greenpeace, Les Amis de la Terre et Notre Affaire à Tous.

Sur le terrain, l’occupation se prolonge. Les occupants ont prolongé d’une semaine leur installation dans le bâtiment 36, indique Vert. Le 19 octobre, trois sites universitaires montpelliérains étaient bloqués et la police était intervenue à Richter à la demande du président de l’université. Le 24 juin, le syndicat étudiant SCUM interrompait une conférence sur le campus pour dénoncer le même accord.