Les annonces du gouvernement sur l’école et l’université n’ont pas éteint la mobilisation à Montpellier. Réunis mardi 27 octobre en assemblée générale à la faculté des sciences, les lycéens de la coordination locale jugent la copie trop maigre et préparent la manifestation de samedi. Philippe Augé, qui préside l’Université de Montpellier, dénonce de son côté une méthode et un financement incapables de suivre.
Tout a commencé le 17 septembre dans un établissement de la banlieue parisienne. Le mouvement a gagné Montpellier le 29 septembre, avec des blocus, des cortèges et des facultés fermées plusieurs jours. Lundi 26 octobre, le gouvernement a posé ses premières réponses sur la table. Deux jours plus tard, personne ne désarme dans la capitale héraultaise.
Une trentaine de lycéens en assemblée générale à la fac de sciences
La coordination lycéenne montpelliéraine s’est retrouvée mardi après-midi dans les locaux de la faculté des sciences. Une trentaine d’élèves ont participé à la réunion, selon Midi Libre. À l’ordre du jour : rejoindre le défilé de samedi, préparer des actions pour la rentrée puis désigner des représentants pour la coordination nationale, qui se réunit jeudi.
Le ton était à la déception. Les lycéens présents décrivent des mesures très vagues et insuffisantes au regard de leurs besoins. L’abrogation annoncée de Parcoursup est accueillie avec une satisfaction prudente, parce qu’elle ne produirait aucun effet avant 2028.
« On n’a eu que des miettes. On nous dit 28 élèves par classe en seconde mais c’est un tiers des élèves. Les premières et les terminales on en fait quoi ? »
Andréa, élève de terminale au lycée Clemenceau, à Midi Libre
Un autre participant, Islem, élève à Jules-Guesde, relève que les 15 000 places promises dans l’enseignement supérieur seront d’après lui concentrées en Île-de-France. Une lycéenne résume la position de l’assemblée : ils sont là, ils ne bougent pas. Ce qu’ils demandent leur paraît normal.
Ce que le gouvernement a mis sur la table lundi
Les mesures ont été dévoilées dans un ordre inhabituel. Deux influenceuses spécialisées dans l’éducation, Anna Baldy et Mathilde Fouqué, en ont livré le contenu à la mi-journée, en sortant d’une rencontre avec le chef du gouvernement Sébastien Lecornu ainsi que ses deux ministres, d’après l’AFP. La conférence de presse n’était programmée qu’en fin d’après-midi. Elle réunissait Édouard Geffray, chargé de l’Éducation nationale, avec Philippe Baptiste, titulaire de l’enseignement supérieur.
Le remplacement de Parcoursup se ferait en deux étapes : une transparence accrue sur les algorithmes utilisés par chaque établissement dans l’année scolaire en cours, puis un chantier qui réclamera une loi à la rentrée suivante. Viennent s’y greffer 15 000 places dans le supérieur, des bourses étudiantes indexées sur l’inflation et une enveloppe de travaux pour les lycées comme pour les facultés, que l’AFP chiffre à 5 milliards d’euros au total. Un plafond de 28 lycéens par classe dans la moitié des établissements les plus défavorisés, à la rentrée prochaine, a aussi été cité par les deux influenceuses, sans confirmation officielle à ce stade.
« Une réponse simpliste », juge Philippe Augé
Philippe Augé a détaillé ses réserves dans un entretien à Midi Libre publié mercredi. Sur la forme, il qualifie de méprisant un mode de communication qui passe par des influenceurs avant les syndicats, les représentants étudiants et les responsables d’établissements. Sur le fond, il refuse la suppression de la plateforme. Il rappelle qu’avant Parcoursup, avec Admission post-bac, des filières sous tension départageaient leurs candidats par tirage au sort.
« Dire qu’on abandonne Parcoursup pour la rentrée 2028, c’est une réponse simpliste »
Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier, à Midi Libre
L’universitaire y voit surtout une patate chaude refilée aux responsables qui prendront les affaires en main après les élections du printemps prochain. Il se félicite en revanche des 10 000 places créées en BTS, à condition qu’elles soient portées par le public, réservées aux bacheliers professionnels et dotées des moyens correspondants, en encadrement comme en locaux. Sur les 1 000 places annoncées pour l’entrée dans les études de santé, sa question tient en trois mots : avec quels moyens.
Onze millions d’euros manquants chaque année à l’Université de Montpellier
Derrière le débat sur l’orientation, c’est la question du budget qui tient le mouvement. Philippe Augé chiffre à plus de 11 millions d’euros par an l’écart entre les obligations nouvelles transférées par l’État à son établissement et leur compensation financière. Autant qui ne va pas dans les équipements pédagogiques, les infrastructures nouvelles et les recrutements de personnels.
L’autre université de la ville connaît le même étranglement sous une autre forme : Paul-Valéry creuse un déficit annuel proche de huit millions d’euros et sa présidente Anne Fraïsse décrivait à la rentrée des travaux dirigés ouverts sans enseignant. Le 19 octobre, c’est Philippe Augé lui-même qui avait demandé l’intervention des forces de l’ordre pour rouvrir le site Richter.
France Universités, l’association qui réunit les présidents d’université et directeurs d’établissements, a publié mercredi un communiqué saluant un premier pas tout en pointant un sous-financement chronique resté sans réponse. L’association relève que l’écart entre les 204 emplois créés dans les universités et les 1 200 créés dans les lycées réclame des explications. Elle répète que la plateforme d’orientation ne doit pas devenir l’objet sacrificiel du débat. Philippe Augé figure parmi les 80 signataires de son manifeste du 20 octobre, qui réclame des états généraux de la jeunesse et 500 millions d’euros de financement récurrent dès 2027.
Jeunesse : les premières annonces ouvrent une étape, elles ne peuvent clore le débat.
➡️ Notre communiqué : https://t.co/Itt84X7LCg#Jeunesse2027🌄 #Présidentielle2027 pic.twitter.com/e8D1WULwJf— France Universités (@FranceUniv) 28 octobre 2026
Un débat à l’Assemblée ce mercredi, un défilé samedi
La séquence se poursuit à Paris. Le gouvernement fait une déclaration sur l’avenir de l’orientation des lycéens dans le supérieur ce mercredi 28 octobre à 17 heures à l’Assemblée nationale, au titre de l’article 50-1 de la Constitution. Le débat qui suit se tient sans vote.
À Montpellier, le rendez-vous est fixé à samedi 31 octobre. Les lycéens de la coordination y seront. Les organisations lycéennes nationales, elles, laissent planer une reprise du mouvement après les vacances si la copie n’est pas revue. Le maintien de l’ordre pendant les blocus reste de son côté un sujet brûlant dans la ville : un rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier publié le 12 octobre accuse la police municipale d’avoir pris part aux opérations.













