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Procès Lorenzo Roques : cinq accusés devant la cour criminelle de Montpellier dès mardi

Cinq jeunes hommes comparaissent à partir de ce mardi 7 avril devant la cour criminelle de l’Hérault pour l’agression de Lorenzo Roques, roué de coups le 23 août 2020 sur le parking de la piscine des Néréides à Lattes. Tétraplégique depuis cette nuit-là, le jeune homme de 25 ans attend ce procès depuis près de six ans.

L’audience, prévue sur six jours jusqu’au 14 avril, s’annonce comme l’un des rendez-vous judiciaires les plus suivis de l’année dans la capitale héraultaise. L’affaire avait suscité une vague d’émotion nationale après la diffusion d’une vidéo vue plus de 19 millions de fois sur les réseaux sociaux.

Une nuit d’été qui a tout basculé

Le 23 août 2020, vers 4 heures du matin, Lorenzo et ses amis de Pérols terminent leur soirée sur le parking situé derrière la piscine des Néréides à Lattes. Une altercation éclate avec un groupe de jeunes du secteur. Lorenzo est poussé dans un fossé puis passé à tabac par cinq individus. L’un d’eux lui aurait asséné un violent plaquage, un autre des coups dans le dos et au niveau de la colonne cervicale.

L’agression laisse le jeune homme de 19 ans entre la vie et la mort. Trois mois de réanimation s’enchaînent : coma, embolie pulmonaire, choc septique. Sa mère, Élise Vera, répétera à chaque audience ce constat glaçant : son fils a frôlé la mort à quatre reprises.

Tétraplégique à 19 ans : le quotidien de Lorenzo

Après la réanimation, Lorenzo passe dix-huit mois en centre de rééducation avant de rejoindre un logement adapté à Pérols en août 2022. Aujourd’hui âgé de 25 ans, il souffre d’une tétraplégie incomplète : la paralysie touche ses membres inférieurs et limite fortement l’usage de ses mains. Il reste alité 90 % du temps et nécessite des soins infirmiers quotidiens.

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Avant cette nuit de violence, Lorenzo travaillait comme paysagiste, jouait au rugby et pratiquait la batterie. Tous ces pans de son existence ont basculé en quelques minutes. Sa mère, Élise Vera, a témoigné du vide abyssal que cette agression a creusé dans sa famille : un enfant en pleine vie transformé en personne dépendante des soins constants, une trajectoire personnelle et professionnelle anéantie, des frères et sœurs confrontés au choc de voir leur frère paralyse.

La reconstitution de septembre 2022 sur le parking de la piscine, menée par son avocate Maître Béatrice-Marie Muzi, avait mobilisé la police scientifique durant sept heures en pleine nuit. Cette étape, exceptionnelle dans un dossier d’agression entre jeunes, visait à reconstituer avec précision les positions, les mouvements et les blessures infligées. Le procès qui s’ouvre ce mardi prouvera qu’elle aura été indispensable.

« Quelle que soit la peine prononcée, nous ne serons jamais satisfaits du résultat. »

Élise Vera, mère de Lorenzo

Six ans d’attente : le chemin judiciaire

Entre l’agression du 23 août 2020 et le procès qui s’ouvre le 7 avril 2026, il s’est écoulé près de six années. Six ans pendant lesquels les cinq prévenus ont continué à vivre en liberté, placés sous simple contrôle judiciaire, tandis que Lorenzo combattait chaque jour les séquelles de cette nuit-là. Cette asymétrie entre la vie brisée de la victime et la relativité de l’encadrement judiciaire des agresseurs a profondément marqué la famille et nourri la contestation publique.

Les anomalies découvertes dans le suivi du contrôle judiciaire, notamment l’effacement de fiches administratives dans les fichiers de police, ont renforcé le sentiment d’injustice. Elles ont déclenché une enquête interne pour comprendre comment une surveillance aussi poreuse avait pu être maintenue. Entre-temps, le dossier remontait à travers les instances judiciaires : enquête préliminaire, instruction, ordonnance de renvoi devant la cour criminelle. Autant d’étapes qui, si elles respectent le fonctionnement de la justice française, ont laissé la famille dans l’attente.

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Cinq accusés jugés pour violences aggravées

Les cinq prévenus, âgés de 25 à 28 ans, sont renvoyés devant la cour criminelle de l’Hérault pour violences aggravées en réunion ayant entraîné une mutilation et une infirmité permanente. Tous sont placés sous contrôle judiciaire depuis le début de l’instruction et vivent en liberté dans le secteur de Lattes.

Ce statut avait provoqué l’indignation de la famille. Des anomalies dans le suivi du contrôle judiciaire, notamment l’effacement de fiches dans les fichiers de police, avaient conduit à l’ouverture d’une enquête interne. Le décalage entre la liberté des accusés et la vie brisée de Lorenzo a nourri un sentiment d’injustice relayé massivement sur les réseaux sociaux et jusqu’à l’émission Sept à Huit sur TF1.

L’onde de choc des réseaux sociaux

L’affaire aurait pu rester confinée dans les dossiers judiciaires locaux. Mais en 2021, lorsque la vidéo de l’agression a commencé à circuler, le phénomène a dépassé tous les pronostics. Rémi Gaillard, figure montpelliéraine avec des millions de followers, a partagé la vidéo en accompagnant son message d’un appel à la justice. Le contenu a explosé sur les réseaux sociaux : plus de 19 millions de vues, commentaires massifs, partages viraux.

Cette viralité a transformé l’agression de Lorenzo en cause nationale. Une marche blanche s’est organisée à Montpellier. Des associations de victimes se sont mobilisées. Les parents de Lorenzo ont reçu des soutiens venus de toute la France. L’émission TF1 « Sept à Huit » s’est emparée de l’histoire. Parallèlement, des figures politiques comme Jordan Bardella se sont exprimées publiquement sur ce dossier. Cette exposition médiatique, née d’une compassion collective, a mis une pression publique sur le cours de la justice.

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Lorenzo a aujourd’hui 25 ans. Ses agresseurs présumés, eux, ont poursuivi leur vie en liberté pendant près de six ans sous contrôle judiciaire. Le verdict est attendu pour le 14 avril.

Un procès très attendu à Montpellier

L’audience s’ouvrira mardi 7 avril à la cour criminelle de Montpellier et s’étalera jusqu’au 14 avril. Six jours de débats au cours desquels la chronologie des faits, les responsabilités individuelles de chaque prévenu et l’étendue du préjudice subi par Lorenzo seront examinés. Les expertises médicales détaillant l’irréversibilité des lésions cervicales constitueront une pièce maîtresse du dossier. Chacun des cinq accusés comparaîtra et devra justifier sa part de responsabilité dans l’enchaînement des violences.

Les amis de Lorenzo présents cette nuit-là apporteront leurs témoignages, qui confronteront inévitablement les déclarations des prévenus. Les anomalies dans le suivi judiciaire que la mère de Lorenzo a dénoncées publiquement feront elles aussi partie du débat public du procès. La question sous-jacente demeure : comment expliquer cette attente de six ans, ce délai qui a laissé les accusés libres tandis que la victime vivait son calvaire quotidien ?

Un dossier emblématique pour les victimes de violence

Plusieurs associations de victimes suivent l’affaire de près. La page Facebook « Justice pour Lorenzo » rassemble des milliers de soutiens qui attendent ce moment depuis la nuit du 23 août 2020. Au-delà du sort personnel de Lorenzo et de ses agresseurs, ce procès cristallise des questions plus larges : la célérité de la justice française face aux violences aggravées en réunion, les délais d’instruction, la proportionnalité entre l’encadrement judiciaire des agresseurs et la peine attendue. Le jugement rendu par la cour criminelle départementale de l’Hérault fera date pour toutes les familles qui ont traversé une épreuve similaire dans la métropole.

Localisation : piscine des Néréides à Lattes, lieu de l’agression du 23 août 2020