Des blocs de béton posés lundi 11 mai devant l’épicerie de nuit du quartier Saint-Martin à Montpellier. La Ville a pris cette décision pour empêcher la réouverture d’un commerce qui reste au coeur d’une enquête criminelle depuis la mort de Nadir, 19 ans, lors d’un incendie criminel en novembre 2025. Aucune autorisation de travaux n’avait été délivrée aux gérants de l’établissement.
Un incendie meurtrier lié au narcotrafic
Dans la nuit du 20 au 21 novembre 2025, vers 2h30, deux individus armés et cagoulés ont fait irruption dans cette épicerie de nuit située au pied de la tour Saint-Martin, dans le quartier Prés d’Arènes. Après avoir menacé les personnes présentes, ils ont déversé un produit hydrocarbure et mis le feu à l’établissement avant de prendre la fuite.
Nadir, 19 ans, n’a pas pu s’extraire des flammes. Un second jeune du même âge, présent dans les lieux, a réussi à s’échapper mais a été hospitalisé en urgence relative pour des brûlures aux jambes et des inhalations de fumées. La cinquantaine de résidents de l’immeuble de dix-huit étages a été évacuée en pleine nuit.
Cet incendie criminel survenait seulement deux semaines après un premier incident similaire dans le même quartier : dans la nuit du 7 novembre, un individu armé avait contraint les employés et clients d’une autre épicerie voisine à quitter les lieux avant d’y mettre le feu. La piste du narcotrafic, qui gangrène depuis plusieurs années le quartier Saint-Martin, est privilégiée par les enquêteurs. L’enquête suit toujours son cours.
La Ville bloque toute reprise d’activité
Six mois après le drame, les services municipaux ont constaté que des travaux de rénovation avaient été engagés dans l’épicerie, sans aucune autorisation. La perspective d’une réouverture prochaine a conduit la Ville à agir. Le lundi 11 mai, des agents municipaux ont procédé à la pose de blocs de béton devant le commerce afin d’en condamner l’accès.
« La Ville a dressé un procès-verbal constatant une infraction au Code de l’Urbanisme transmis au Procureur de la République et décidé la pose des blocs de béton afin d’empêcher toute reprise de l’activité commerciale dans les lieux. »
Communiqué de la Ville de Montpellier, 11 mai 2026
La Ville précise également que ce commerce n’est pas assuré et que l’intervention s’inscrit dans le cadre du « maintien de la sécurité pour les habitants du quartier et le respect rigoureux des règles en matière d’urbanisme et d’implantation commerciale ».
Delafosse réclame plus de pouvoirs pour les maires
Michaël Delafosse, maire de Montpellier, réclame depuis plusieurs années une réforme du Code de Commerce qui permettrait aux élus locaux de disposer d’un droit de regard sur les implantations commerciales dans leurs villes. La pose de ces blocs de béton illustre les limites actuelles de l’action municipale, qui ne peut agir qu’au titre du Code de l’Urbanisme lorsqu’une infraction est caractérisée.
Ce n’est pas la première fois que la mairie de Montpellier use de ce type de mesure conservatoire. Fin 2025, rue de Las Sorbes dans le quartier des Cévennes, la Ville avait fait démolir des garages de copropriété transformés au fil du temps en commerces générateurs de nuisances. Ces espaces font aujourd’hui l’objet d’un projet de réaménagement avec la création de pistes cyclables.
Le cas de l’épicerie de Saint-Martin illustre la difficulté à laquelle font face les communes : faute de disposer d’un pouvoir direct sur les autorisations commerciales, les maires doivent s’appuyer sur d’autres leviers, notamment les règles d’urbanisme ou le droit de préemption, pour agir sur des établissements jugés dangereux. La sécurité du bâti est un autre front sur lequel la Ville multiplie les interventions ces derniers mois.















