Le tribunal correctionnel de Montpellier a rendu son verdict lundi 25 mai : Youcef, 20 ans, a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour avoir servi de coursier à un réseau criminel ciblant des personnes âgées dans l’Hérault. Huit victimes âgées de 76 à 88 ans, dont trois résidant dans le département, ont été piégées entre avril et mai 2026.
Un mode opératoire industriel contre les personnes vulnérables
Le mécanisme était redoutablement efficace. Une femme, se faisant passer pour une représentante de la banque, contactait par téléphone des retraités choisis pour leur tranquillité et leur confiance. Elle les alertait de mouvements suspects sur leur compte et leur annonçait l’envoi immédiat d’un coursier pour « sécuriser » leur carte bancaire. Youcef se présentait alors au domicile des victimes, récupérait la carte avec le code secret, puis effectuait des retraits dans des distributeurs automatiques.
Du 11 avril au 6 mai 2026, huit personnes âgées de 76 à 88 ans ont subi ce stratagème. Trois d’entre elles résident dans l’Hérault, à Lavérune, Cournonsec et Mèze. Au total, plus de 10 000 € ont été retirés frauduleusement. Deux victimes ont également confié leurs bijoux au coursier, persuadées qu’ils seraient mis en sécurité à la banque. L’avocate des parties civiles a souligné la sophistication du procédé : « Si c’est d’abord une dame qui appelle les futures victimes, c’est pour les mettre en confiance. »
L’enquête a progressé grâce aux images de vidéosurveillance. Les gendarmes ont identifié le véhicule utilisé par le réseau, puis interpellé le coursier. Au moment de son arrestation, Youcef était en possession de 2 610 € en espèces et d’un iPhone.
Des victimes dévastées, un traumatisme durable
Deux victimes étaient présentes à l’audience. L’une d’elles, domiciliée à Lavérune, a décrit avec précision les quatre heures d’emprise psychologique qu’elle a subies.
« Une dame nous a parlé de prélèvements suspects et nous a envoyé un coursier pour faire opposition. Elle nous a persuadés qu’on n’était plus en sécurité chez nous et nous a même envoyé un deuxième coursier pour qu’on lui remette nos bijoux. On était sous emprise. En tout, ça a duré quatre heures. Ça a été un traumatisme énorme. J’en ai perdu le sommeil. »
Victime domiciliée à Lavérune, audience du tribunal correctionnel de Montpellier
L’avocate représentant trois des parties civiles a insisté sur la profondeur des séquelles. L’une des victimes, qui souffre de problèmes cardiaques, ne décroche plus son téléphone dès qu’un numéro inconnu s’affiche. Une autre a développé une anxiété persistante. Le préjudice matériel s’annonce lourd : les banques ne remboursent pas systématiquement les sommes soustraites dans ce type de fraude. La procédure de remboursement peut durer des mois.
Un jeune recruté sous la contrainte par un réseau organisé
À la barre, Youcef a présenté une version qui a retenu l’attention du tribunal. Originaire de région parisienne, il vivait chez ses parents dans une situation précaire et aurait contracté 5 000 € de dettes. Le réseau aurait utilisé cette fragilité pour l’enrôler de force, avec des menaces directes contre sa famille. Le jeune homme a été conduit en voiture depuis Paris, suivi en permanence par des membres du réseau dans un second véhicule, puis installé dans un Airbnb à Montpellier. Les adresses des victimes lui parvenaient via un groupe Snapchat, avec des instructions précises.
Son avocate a voulu contextualiser la situation au-delà du seul dossier d’escroquerie.
« Ces jeunes sont de la chair à canon pour le narcotrafic. Un sursis probatoire avec des travaux d’intérêt général serait mieux compris par le prévenu et plus utiles à la société qu’une peine d’incarcération. »
Avocate de la défense, audience du 25 mai 2026
Le procureur a pris acte des regrets exprimés par Youcef. Il a toutefois pointé les limites de l’enquête : « Il a reconnu les faits mais on ignore beaucoup de choses sur cette escroquerie. » Aucun autre protagoniste du réseau n’a été interpellé. Ceux qui supervisaient les opérations depuis l’Airbnb avaient veillé à effacer toute trace avant l’arrivée des gendarmes.
18 mois avec sursis et un dossier judiciaire encore ouvert
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Youcef a été condamné à 18 mois de prison avec sursis probatoire. Il devra verser 7 600 € aux parties civiles déjà identifiées. Cette somme est appelée à augmenter : deux autres victimes n’ont pas encore pu être convoquées à l’audience. Il est également tenu d’effectuer 70 heures de travaux d’intérêt général. Il devra travailler ou suivre une formation. Il lui est également interdit de paraître dans l’Hérault pendant trois ans. Les 2 610 € et le téléphone portable saisis lors de son arrestation ont été confisqués.
Ce verdict ne clôt pas le dossier judiciaire du jeune homme. Youcef sera de nouveau jugé en février 2027 pour transport de produits stupéfiants. Il avait aussi refusé de se soumettre à une prise de sang au moment de son interpellation, un délit susceptible d’alourdir sa situation.
L’affaire illustre un phénomène de plus en plus documenté par les services de police : des réseaux criminels bien structurés, difficiles à démanteler, qui recrutent des jeunes adultes vulnérables pour exécuter le travail de terrain, les exposant seuls à la justice pendant que les têtes pensantes restent dans l’ombre. Plusieurs associations de protection des personnes âgées rappellent régulièrement qu’aucune banque ne demande jamais la remise physique d’une carte bancaire à un coursier. En cas d’appel suspect, le réflexe à avoir est de raccrocher et de rappeler directement le numéro officiel de son établissement bancaire.
Pour rappel, les assises de l’Hérault ont également rendu un verdict marquant la semaine dernière, dans l’affaire Riyadh, avec une condamnation à 25 ans de réclusion criminelle.















