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Mort d’Edgar Morin : Montpellier perd son citoyen d’honneur

Michaël Delafosse et Edgar Morin à Montpellier

Le philosophe et sociologue Edgar Morin est décédé vendredi 29 mai 2026 à l’âge de 104 ans. Ancien citoyen d’honneur de Montpellier, où il avait vécu six ans, il laisse derrière lui une ville endeuillée qui l’avait adopté comme l’un des siens. Le maire Michaël Delafosse et la présidente de Région Carole Delga ont salué sa mémoire dans des hommages appuyés.

Six ans au cœur de Montpellier

Edgar Nahoum, dit Edgar Morin, était né le 8 juillet 1921 dans le 9e arrondissement de Paris. Résistant sous l’Occupation, théoricien de la pensée complexe et auteur de l’imposante somme philosophique La Méthode en six volumes, il est l’une des figures majeures de la pensée française du XXe siècle.

À la fin des années 2010, il avait choisi de s’installer rue Jean-Jacques Rousseau, dans le quartier de la Canourgue, au cœur du centre historique montpelliérain. Devenu citoyen d’honneur de Montpellier en 2019 à l’initiative de l’ancien maire Philippe Saurel, il participait régulièrement à des rencontres intellectuelles dans la région. « Il était alors devenu pour les habitants du quartier de la Canourgue une figure familière, une présence souriante et amicale », rappelle Michaël Delafosse dans son hommage.

En octobre 2021, la ville lui avait rendu un hommage exceptionnel à l’occasion de ses 100 ans, fêtés à l’Opéra Comédie de Montpellier dans une soirée mémorable ponctuée par le concert du chanteur Paco Ibáñez. En octobre 2022, le philosophe s’était rendu au lycée de La Paillade pour rencontrer des élèves, leur lançant ce message : « Ne sombrez pas dans les maux qui vous accablent. » Edgar Morin avait finalement quitté discrètement Montpellier en 2024, après six années passées dans la capitale héraultaise.

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« Sa voix, sa présence vont terriblement nous manquer »

C’est via un long message sur Facebook que le maire de Montpellier a appris la nouvelle et réagi publiquement. Michaël Delafosse y décrit un « homme-siècle » ayant « traversé les ombres et les lumières du XXe siècle avec lucidité ». L’hommage insiste sur l’ampleur de l’œuvre : « Soucieux de mettre toutes les disciplines du savoir humain en dialogue, Edgar Morin était l’homme de la Méthode et de la pensée complexe. »

« Sa voix, sa présence vont terriblement nous manquer. »

Michaël Delafosse, maire de Montpellier

L’édile insiste également sur les combats politiques portés par le philosophe jusqu’à ses dernières années : son opposition à « la montée des haines anciennes, du rejet de l’autre, de la xénophobie et de l’antisémitisme ». Delafosse annonce qu’un hommage officiel de la Ville de Montpellier sera prochainement rendu au sociologue disparu.

Carole Delga, une ancienne voisine

La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, a elle aussi rendu hommage à celui qu’elle connaissait personnellement. Sur son compte X, elle révèle que les deux voisins habitaient le même quartier montpelliérain et qu’Edgar Morin avait accepté de présider son comité de soutien lors de son élection à la tête de la Région Occitanie en 2021.

Dans son message, Delga rappelle la célébration des 100 ans du philosophe à l’Opéra-Comédie de Montpellier : « Il avait dansé sur scène après le concert de Paco Ibáñez. » Elle conclut en citant une formule qu’Edgar Morin lui avait confiée : « Éros gagne toujours sur Thanatos. »

Un philosophe engagé jusqu’au bout

Né sous le nom d’Edgar Nahoum, le philosophe avait milité contre le fascisme pendant la guerre d’Espagne avant de rejoindre la Résistance sous l’Occupation. Membre du Parti communiste qu’il avait quitté dès 1951 en raison de son opposition au stalinisme, il avait consacré les décennies suivantes à l’élaboration d’une pensée qui refusait les frontières disciplinaires.

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Son œuvre maîtresse, La Méthode, publiée en six volumes entre 1977 et 2004, proposait une « pensée complexe » mêlant sciences naturelles, philosophie et sciences humaines. Jusqu’à la fin, Edgar Morin avait continué de prendre la parole : contre le repli identitaire, pour la solidarité, pour la République. Carole Delga retient de lui « son combat pour la République, contre l’obscurantisme et l’extrême droite ».

Edgar Morin était l’auteur de nombreux ouvrages dont Autocritique (1959), Journal de Californie (1970) ou encore Les souvenirs viennent à ma rencontre (2019). Il était reconnu par l’UNESCO comme l’un des grands penseurs vivants. Sa mort, à 104 ans, clôt un siècle d’engagement et de pensée qu