Longtemps réduit à un simple blocage psychologique, le bégaiement pourrait trouver une partie de ses origines dans le cerveau. À Montpellier, le laboratoire Praxiling traque depuis 2021, grâce à l’imagerie par résonance magnétique, les zones cérébrales impliquées dans ces « accidents de parole ». Une recherche encore rare en France qui commence à livrer ses premiers enseignements.
Un trouble qui concerne 700 000 Français
Le bégaiement touche environ 700 000 personnes en France, soit près de 1 % de la population adulte. Il apparaît le plus souvent entre 2 et 7 ans. Chez la grande majorité des enfants, il s’efface avant la fin de l’adolescence, spontanément ou après un accompagnement chez l’orthophoniste.
Dans un quart des cas environ, le trouble persiste à l’âge adulte et son intensité varie selon les périodes de la vie. Pour celles et ceux qui vivent avec, chaque prise de parole peut devenir une épreuve. Certains renoncent à des métiers exposés à l’oral. D’autres modifient un prénom jugé trop difficile à prononcer, parfois même celui de leur enfant.
Ce trouble reste pourtant mal compris. La cité héraultaise fait partie des rares villes françaises où des scientifiques s’y attaquent frontalement, avec les outils de la recherche médicale la plus récente.
L’IRM pour cartographier le cerveau des personnes bègues
Le laboratoire Praxiling, unité mixte de recherche associant l’université Paul-Valéry Montpellier 3 et le CNRS, mène le projet BENEPHIDIRE. L’acronyme résume l’ambition du programme : mobiliser la neurologie, la phonétique et l’informatique pour améliorer le diagnostic et la rééducation du bégaiement.
L’équipe réunit des spécialistes de l’analyse du discours, de la phonétique et des sciences cognitives. Elle cherche à identifier les réseaux neuronaux à l’origine du trouble. Les volontaires passent un examen d’imagerie par résonance magnétique, indolore et sans irradiation, au CHU Gui de Chauliac. Le but est de localiser les zones du cerveau qui s’activent au moment précis où survient le blocage.
« Les gens ont souvent cette idée préconçue selon laquelle le bégaiement serait d’ordre psychologique. »
Fabrice Hirsch, directeur du laboratoire Praxiling
Les premières modélisations réalisées à Montpellier dessinent les régions cérébrales susceptibles d’être en cause. De quoi nourrir l’espoir d’un meilleur diagnostic et d’un pronostic plus fin sur l’évolution du trouble au fil de la vie. Le programme est piloté depuis l’Hérault, en lien avec l’Université de Montpellier et l’Université de Lorraine.
Jusqu’ici, peu de scientifiques français s’étaient penchés sur ce trouble. La démarche montpelliéraine croise plusieurs disciplines rarement réunies autour du même sujet : la linguistique, la médecine et l’imagerie cérébrale. Les personnes dont le bégaiement persiste se voient proposer un second rendez-vous un an après le premier, afin de suivre l’évolution du trouble dans le temps.
Changer le regard et lancer un appel aux volontaires
Au-delà des laboratoires, l’enjeu est aussi de faire évoluer les mentalités. Danièle Noirot, 63 ans, déléguée de l’association Parole Bégaiement dans l’Hérault, bégaie depuis sa prime enfance. Elle mesure le chemin parcouru, comme pour d’autres troubles et handicaps longtemps invisibilisés. Pendant des décennies, les personnes bègues ont subi moqueries et idées reçues. Les recherches menées dans la métropole participent à ce lent basculement, en montrant que le bégaiement n’a rien d’un caprice ni d’un manque de volonté.
« Autrefois, on nous considérait comme les idiots du village. Aujourd’hui, on a enfin le sentiment d’être écoutés. Les choses bougent, nous gagnons enfin en visibilité. »
Danièle Noirot, association Parole Bégaiement de l’Hérault
Pour avancer, les chercheurs ont besoin de participants. Le projet BENEPHIDIRE recherche des personnes de 18 à 50 ans, souffrant d’un bégaiement modéré à sévère ou en ayant souffert durant l’enfance sans que le trouble persiste. Après un premier entretien, les volontaires sont reçus au CHU Gui de Chauliac pour un bilan de la parole avec un médecin-phoniatre puis un examen IRM, le tout dans la même journée.
Une indemnisation de 80 euros est prévue et l’anonymat des participants est garanti. Le programme, financé par l’Agence nationale de la recherche et la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, invite les personnes intéressées à se manifester via la page dédiée de l’université Paul-Valéry. À Montpellier, la parole des personnes bègues sert désormais la science.















