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Le CHU de Montpellier teste son IA souveraine avant le déploiement

Le CHU de Montpellier, où est testée l'intelligence artificielle du programme Alliance Santé IA

Rédiger un compte rendu en quelques secondes. Traduire un courrier médical pour un enfant de huit ans. Vérifier d’un seul coup d’oeil tous les examens d’un patient qui arrive aux urgences. Au CHU de Montpellier, ces gestes sortent peu à peu du laboratoire pour entrer dans le quotidien des soignants.

Près de 200 utilisateurs pilotes testent depuis plusieurs mois les premiers outils d’intelligence artificielle du programme Alliance Santé IA, présenté comme une première en France. Un déploiement à grande échelle est annoncé pour le mois de septembre. Voici ce que la capitale héraultaise s’apprête à expérimenter dans ses services.

Un assistant conversationnel maison inspiré de ChatGPT

Plusieurs outils ont déjà été développés en interne par les équipes du CHU. Le plus emblématique ressemble à un ChatGPT hospitalier. Cet assistant conversationnel reste connecté à des données de référence validées, ce qui le distingue d’un robot grand public.

Concrètement, l’outil rédige automatiquement comptes rendus, ordonnances ou synthèses médicales en quelques secondes. Il assiste aussi les praticiens pendant les consultations. Pour un patient admis aux urgences, il vérifie puis résume les examens du jour, les anciennes analyses, les traitements en cours ainsi que les recommandations déjà transmises.

« L’ambition est d’intégrer l’IA comme une couche opérationnelle de toutes les activités du CHU, du soin à la recherche, en passant par la prévention, la formation et le pilotage administratif. »

David Morquin, praticien hospitalier et responsable du pôle transformation du CHU de Montpellier

Le projet ne se limite pas aux médecins ou à l’imagerie. L’IA touche aussi les fonctions support, de la programmation des blocs opératoires à la pharmacie, en passant par les admissions, la qualité ou les achats. L’établissement s’appuie sur une infrastructure d’hébergement de données de santé et un cluster de calcul équipé de huit processeurs graphiques H100.

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Aux urgences pédiatriques, des courriers traduits pour les enfants

L’un des essais les plus parlants s’est déroulé aux urgences pédiatriques. Les docteures Barbara Lormeau et Eléonore Edme ont mené un test auprès de 120 familles. Une moitié a reçu des comptes rendus rédigés de façon classique. L’autre a obtenu des documents retravaillés par l’intelligence artificielle.

L’objectif tenait en une phrase : remettre aux parents et aux enfants des courriers adaptés à leur niveau de compréhension. Selon les deux pédiatres, le résultat s’est révélé très positif. L’outil transforme le jargon médical en langage simple. Des versions spécifiques ont même été conçues pour les enfants à partir de sept ans.

« L’IA ne remplace pas notre travail, elle l’améliore. Elle nous aide à affiner nos pratiques et à renforcer la qualité de la prise en charge. »

Barbara Lormeau, pédiatre aux urgences du CHU de Montpellier

Les deux médecins pointent aussi les pièges. Une simplification excessive ou un manque de nuance restent possibles. Elles insistent sur la nécessité d’une relecture humaine, les praticiens devant rester capables de vérifier puis de corriger chaque texte produit.

200 pilotes avant un déploiement progressif en septembre

Pour l’heure, environ 200 utilisateurs pilotes manipulent ces outils en conditions réelles. On y trouve des médecins, des infirmiers ainsi que des personnels administratifs. Le déploiement plus large interviendra à partir de septembre, de façon progressive puis adaptée aux besoins de chaque service.

La question des données sensibles reste centrale. Le professeur Morquin assure que les informations des patients ne franchissent pas les murs de l’institution. L’indépendance technologique constitue l’autre garde-fou, garantie par un consortium de partenaires locaux piloté par le CHU. Le mastodonte montpelliérain, qui recense chaque année 265 000 patients hospitalisés et 135 000 passages aux urgences, veut faire de l’IA un moyen de redonner du temps aux soignants.

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Le projet Alliance Santé IA présenté par le Pr David Morquin, directeur médical de la stratégie IA du CHU de Montpellier.

D’un financement de 14,9 millions à l’épreuve du terrain

Le calendrier de ce chantier s’étire sur plusieurs mois. La ministre de la Santé Stéphanie Rist avait annoncé le 9 avril un financement de 14,9 millions d’euros au titre du plan France 2030. Une enveloppe qui faisait du CHU de Montpellier le premier programme d’intégration souveraine de l’IA dans un hôpital français.

Le printemps a pourtant été agité. En mai, la CGT avait dénoncé un projet mené sans les agents, faisant planer un doute sur sa mise en oeuvre. Trois mois plus tard, la phase de test grandeur nature montre que la machine est bel et bien lancée. Reste désormais à transformer l’essai à l’échelle de tout l’établissement, sans rogner sur la vigilance humaine.