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Grève des pompiers : l’Hérault mobilisé jusqu’au 20 octobre

Des sapeurs-pompiers de l'Hérault rassemblés de nuit avant un départ en colonne de renfort

Les sapeurs-pompiers déposent un préavis de grève nationale qui couvrira quarante-trois jours, du 8 septembre au 20 octobre. Dans l’Hérault, sept organisations syndicales rejoignent un mouvement qu’elles ont baptisé la « colonne de la Colère ». Le département a comptabilisé 87 165 interventions l’an dernier, un record.

Un préavis calé sur deux rendez-vous gouvernementaux

L’annonce est tombée vendredi 28 août, lors d’une conférence de presse organisée à Paris, dans les locaux des Écologistes. « Nous allons déposer un préavis de grève à compter du 8 septembre jusqu’au 20 octobre », a déclaré à l’AFP Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale des sapeurs-pompiers.

Les deux bornes ne doivent rien au hasard. Le 8 septembre, les syndicats doivent se voir remettre en main propre le texte censé moderniser la sécurité civile, issu du « Beauvau » du même nom. Le 20 octobre correspond au vote de la première partie du budget de l’État. Entre ces deux échéances, l’intersyndicale entend maintenir la pression sur l’exécutif.

« Il va falloir que les textes qu’ils vont nous présenter soient à la hauteur. »

Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale des sapeurs-pompiers, à l’AFP

Le calendrier de la mobilisation avait été fixé mi-août, après une rencontre de près de deux heures entre les neuf syndicats représentatifs et le ministre de l’Intérieur. Une grève statique est prévue à Paris et en province les 26, 27 et 28 septembre. Les soldats du feu se grefferont ensuite à la manifestation de la fonction publique du 29 septembre.

Trois revendications portées depuis l’été

Les organisations se sont dites « très déçues » des promesses de Laurent Nuñez. Le ministre de l’Intérieur avait assuré que les discussions engagées sur le financement des services d’incendie et de secours aboutiraient dès le projet de loi de finances 2027, avec une augmentation des ressources de ces services. La concertation lancée mi-2024 devait déboucher sur une loi de modernisation, restée lettre morte depuis.

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Les revendications tiennent en trois points, identiques à Paris et dans l’Hérault :

  • Davantage de moyens face à des interventions qui augmentent d’année en année
  • Un recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels, environ 44 000 en France hors volontaires
  • L’adoption rapide du projet de loi de modernisation de la Sécurité civile

Quatre sapeurs-pompiers ont perdu la vie depuis le début de l’été. Les mégafeux qui ont ravagé plusieurs départements ont achevé de tendre le climat social dans une profession qui se juge à bout de souffle.

Dans l’Hérault, sept syndicats derrière la « colonne de la Colère »

Le département s’inscrit pleinement dans le mouvement national. Sept organisations y participent, selon Gautier Néolas, représentant départemental du syndicat SA SPP-PATS et affecté à la caserne de Béziers, interrogé par Midi Libre. Le syndicaliste prend soin de désigner la cible.

« Cette colonne de la Colère, comme nous l’appelons, n’est en aucun cas dirigée vers notre SDIS. Nous portons les revendications nationales et nous les relions à la réalité opérationnelle de l’Hérault. »

Gautier Néolas, représentant départemental du syndicat SA SPP-PATS, à Midi Libre

Il reconnaît d’ailleurs une situation matérielle plutôt enviable localement. Plus aucun agent héraultais ne dispose de sa tenue personnelle. Chaque prise de garde s’accompagne désormais d’un équipement désinfecté et nettoyé, cagoule comprise, une règle qui reste à instaurer dans les autres casernes. À Montpellier, trois casernes avaient fait converger leurs engins vers le centre-ville lors de la journée de mobilisation nationale du 13 août.

87 165 interventions en 2025, près de 240 par jour

Les chiffres nourrissent l’argumentaire. L’an dernier, les sapeurs-pompiers héraultais ont réalisé 87 165 interventions, une hausse de 15 % par rapport à 2024 selon le bilan d’activité présenté fin janvier par la préfète du département. Rapporté au calendrier, cela représente près de 240 sorties quotidiennes. Les seize centres mixtes du département en ont assuré 84,5 %.

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Côté effectifs, le syndicat chiffrait à 25 le déficit de sapeurs-pompiers professionnels au 1er octobre 2025. Dix-huit agents seront recrutés au 1er décembre 2026 et près de cent professionnels ont rejoint le SDIS 34 sur trois ans. Insuffisant aux yeux du SA SPP-PATS, qui réclame au minimum deux professionnels pour un volontaire lors des gardes postées assurées par les centres mixtes.

L’été écoulé a rappelé la charge que représentent les pics d’activité. Une seule soirée d’orages, le 24 août, a généré près de 180 interventions et mobilisé plus de 500 agents sur le terrain, avant que deux sénateurs ne réclament l’état de catastrophe naturelle. En juillet, l’incendie de Murviel-lès-Montpellier avait engagé jusqu’à 400 pompiers pour 52 hectares brûlés.

Les urgences saturées pèsent sur la couverture du département

Un exemple biterrois revient dans la bouche du syndicaliste. Un soir, à l’hôpital de Béziers, des équipages sont restés bloqués faute de prise en charge des patients qu’ils venaient de transporter. Le phénomène de manque de personnel s’en est trouvé amplifié ce soir-là.

« La saturation des urgences n’est pas seulement une question hospitalière. Elle se répercute directement sur la couverture opérationnelle du département », explique Gautier Néolas. Le raisonnement du syndicat est simple : chaque camion immobilisé devant un service d’accueil est un camion qui ne part pas ailleurs.

Le représentant syndical pointe aussi les limites du système national des colonnes de renfort. Le département a pu en armer cet été, sous certaines conditions précise-t-il. Dans la nuit du 18 juillet, 72 sapeurs-pompiers héraultais et 19 engins se rassemblaient sur l’aire d’Ambrussum avant d’embarquer pour la Corse. Mais le manque d’effectifs professionnels a compliqué certains départs. L’envoi de véhicules non spécialisés feux de forêt sur de gros incendies traduit selon lui une rupture capacitaire à l’échelle du pays.

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Ce qui se joue à partir du 8 septembre

Les syndicats jugeront sur pièces le texte remis le 8 septembre. La journée du 13 août avait donné un aperçu de la forme que prend ce type de mouvement chez les soldats du feu : des agents en grève mais toujours en intervention, des tracts distribués aux passants et des banderoles accrochées aux façades de nombreux centres de secours.

Reste la question du financement. Les SDIS assurent 98 % des missions de sécurité civile, rappelle Gautier Néolas, qui réclame un budget du SDIS à la hauteur des enjeux. Dans l’Hérault, la contribution du Département au fonctionnement du service est passée de 37 millions d’euros en 2015 à 55 millions en 2026. Les sept organisations mobilisées dans le département attendent maintenant un geste financier de l’État. Réponse à l’automne, au moment du vote parlementaire.