La cour d’assises des mineurs de l’Hérault a condamné ce jeudi 17 septembre un jeune homme de 19 ans à vingt ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Maëva Torres, tuée de dix-sept coups de couteau à la Paillade en août 2023. L’avocat général en réclamait vingt-deux. Le délibéré aura duré deux heures.
Deux heures de délibéré pour vingt ans de réclusion
La cour jugeait l’accusé depuis mardi. Elle est revenue au terme de deux heures de délibéré avec une peine de vingt ans de réclusion criminelle, sans suivi sociojudiciaire, alors que le ministère public en réclamait dix ans.
En prononçant la sanction, la juridiction s’est adressée directement au jeune homme. Elle a relevé ce qu’il a accompli depuis son incarcération, puis a justifié la durée retenue par l’horreur du crime.
« La cour a pris la mesure de l’investissement que vous avez fait en détention. »
La cour d’assises des mineurs de l’Hérault, jeudi 17 septembre, à l’énoncé de la peine
Ces trois jours de débats se sont tenus devant le public. Dès l’ouverture du procès mardi, la cour avait écarté le huis clos qui s’impose d’ordinaire dès lors qu’un accusé n’avait pas 18 ans au moment du crime.
Vingt-deux ans requis et la minorité en jeu
Dans la matinée, le ministère public, représenté par l’avocat général Pierre Denier, avait réclamé vingt-deux ans de réclusion criminelle assortis de dix ans de suivi sociojudiciaire. Le magistrat demandait surtout à la cour de lever l’excuse de minorité, ce mécanisme qui divise par deux la peine encourue par un accusé mineur, afin que le jeune homme réponde de son geste comme un adulte.
Le représentant du ministère public n’a pas éludé l’enfance de l’accusé. Il a insisté sur l’échec des mesures éducatives décidées avant le crime, rappelant devant la cour que les mains tendues n’avaient pas manqué.
L’enjeu était considérable. Un accusé mineur au moment des faits risquait quinze ans de réclusion dans ce dossier. Jugé comme un majeur, il encourait jusqu’à trente ans. Les vingt ans prononcés se situent au-dessus du premier plafond et en deçà des réquisitions.
La défense a plaidé le parcours autant que la détention
Me Garance Tursan s’est levée la première. L’avocate a décrit un adolescent profondément isolé, en colère contre les adultes, avant d’insister sur son évolution au cours de trois années de détention provisoire.
« Ce chemin vers la vérité, il l’a entamé en détention, où il construit tout, parce qu’en prison, il est dans un cadre sécurisant. »
Me Garance Tursan, avocate de la défense
Me Marc Gallix a enchaîné. Pour lui, l’explication du geste tient au parcours de vie et à la personnalité de son client, un garçon qui n’a jamais demandé l’existence qui lui est tombée dessus. L’avocat a plaidé une lueur d’espoir pour celui qui est entré dans le box à 19 ans.
« 22 ans de sa vie en prison, quand on a 19 ans, c’est vertigineux. »
Me Marc Gallix, avocat de la défense
À 13 h 30, juste avant que la cour ne se retire pour délibérer, l’accusé a pris la parole une dernière fois. Il a présenté de nouveaux mots d’excuses en parvenant à regarder la famille de la victime, redisant qu’il n’avait pas voulu la tuer.
Un crime commis dix jours après ses 16 ans
Les faits remontent au 22 août 2023, à la Paillade, sur un parking voisin des archives départementales Pierresvives. Le garçon, en fugue du foyer qui l’hébergeait alors, avait donné rendez-vous à la jeune femme. La rencontre a tourné à la dispute.
Il a frappé dix-sept fois. L’arme était un couteau de cuisine. La jugulaire atteinte, Maëva Torres a succombé à une hémorragie en quelques minutes. Elle était mère de quatre enfants. Son agresseur a été interpellé le lendemain.
Le mobile est resté obscur pendant les trois jours d’audience. En juillet 2023, l’adolescent avait dérobé 1 500 euros chez le compagnon de la jeune femme. Ce dernier avait lancé ses frères à sa poursuite puis diffusé sa photo sur les réseaux sociaux. Le garçon s’était retrouvé banni du quartier. Il a expliqué à la barre être revenu ce soir-là pour qu’elle « arrange l’histoire ».
Un autre verdict lourd aux assises de l’Hérault
Ce n’est pas la première peine lourde prononcée cette année par la cour d’assises de l’Hérault. Fin juin, la juridiction avait déjà infligé trente ans de réclusion assortis de dix-huit ans de sûreté contre l’auteur d’une tentative de meurtre sur une étudiante, dans le quartier des Arceaux.
Juan Torres, le père de la victime, a assisté au procès de sa fille. Le verdict de jeudi referme un dossier ouvert il y a trois ans, sans que les débats aient livré la raison précise du geste.















