Trente-trois bars, épiceries et supermarchés montpelliérains ont reçu cet été la visite de clients mystères mineurs venus acheter de l’alcool. Vingt-six ont encaissé. La Ville de Montpellier, la préfecture de l’Hérault et l’association Addictions France ont rendu publics lundi soir les résultats de cette campagne d’achats-tests, que la préfète promet de faire suivre de près.
Vingt-six ventes illégales pour trente-trois tests
L’opération s’est déroulée durant l’été 2026 dans la capitale héraultaise. Des mineurs mandatés par l’association se sont présentés dans 33 débits de boissons de la ville. Vingt-six ont accepté la vente, soit 79 % de transactions illégales.
Le relevé publié par l’association distingue trois familles de commerces :
- bars et cafés : 11 établissements sur 12, soit 92 %
- épiceries : 7 sur 8, soit 88 %
- moyenne et grande distribution, des supérettes aux hypermarchés : 8 sur 13, soit 62 %
Les trois catégories totalisent bien les 33 établissements visités. Le commerce de proximité affiche des taux nettement supérieurs à ceux de la grande distribution.
Un seul commerce a demandé une pièce d’identité
Sept établissements ont refusé la vente, soit 21 % du total. Dans six cas, le commerçant a jugé l’âge du client sur la seule foi d’un échange oral. Le septième, un supermarché, a réclamé une pièce d’identité.
« […] si les clients mystères avaient cherché à dissimuler leur âge réel, seul cet unique établissement aurait donc véritablement fait obstacle à la vente d’alcool. »
Association Addictions France, campagne d’achats-tests de l’été 2026
Le code de la santé publique ne s’en remet pourtant pas au coup d’œil du vendeur. Son article L3342-1 dispose que « la personne qui délivre la boisson exige du client qu’il établisse la preuve de sa majorité ». Une épicerie a bien refusé de servir, avant de conseiller au jeune d’aller solliciter un adulte croisé dans la rue pour faire l’achat à sa place, rapporte l’association.
L’affichage obligatoire pèche lui aussi. 64 % des commerces visités sont en défaut sur ce terrain, faute de panneau ou parce que celui qui est posé ne correspond pas aux exigences réglementaires. Un peu plus d’un tiers, 36 %, sont en règle sur ce point. L’article L3342-4 du même code prévoit une affiche dans les débits à consommer sur place et un modèle spécifique dans les débits à emporter, les modèles et les lieux d’apposition étant fixés par arrêté du ministre chargé de la santé.
Trois villes, 124 établissements et 87 % de ventes illégales
Le relevé montpelliérain n’est qu’une part d’un ensemble plus large. Le communiqué national diffusé mardi par Addictions France porte sur 124 établissements visités durant l’été 2026 dans trois villes : Montpellier, Brest et Les Sables-d’Olonne. Sur cet ensemble, 87 % des débits de boissons ont servi un mineur.
Les 33 commerces montpelliérains pèsent un peu plus du quart de ce total. Le taux relevé dans la cité surdouée, 79 %, se situe sous la moyenne des trois villes. Le seul secteur où la ville fait mieux que l’ensemble est la grande distribution, créditée de 62 % à Montpellier contre 80,5 % sur l’ensemble de la campagne. Les épiceries montpelliéraines font au contraire un peu moins bien que la moyenne relevée par l’association, 88 % contre 85 %. Les bars sont à égalité, 92 % dans les deux cas.
Neuf établissements seulement ont réclamé un justificatif sur les 124 testés. Quand la pièce est demandée, la vente tombe à l’eau dans sept cas sur neuf.
« Quand près de neuf débits de boissons sur dix vendent de l’alcool à des mineurs avec le même constat réalisé chaque année, nous ne sommes pas face à des erreurs isolées mais face à un dysfonctionnement systémique. Vérifier l’âge doit devenir un réflexe professionnel aussi banal que l’encaissement lui-même. »
Amine Benyamina, président d’Addictions France
La préfète promet un suivi, la Ville encadre déjà les nuits
Chantal Mauchet, préfète de l’Hérault, met en garde les 26 commerces épinglés et annonce qu’ils seront surveillés de près dans les semaines à venir. Elle rappelle le mécanisme de sanction : la réitération, après un premier avertissement, expose le commerce à une fermeture administrative. L’arme sert régulièrement dans la ville, où quatre établissements ont baissé le rideau en quatre jours à la mi-août.
La municipalité dispose de son propre outil. L’arrêté n° VAR2026-0004, signé le 9 janvier 2026 par Sébastien Cote, adjoint délégué à la protection de la population et à la tranquillité publique, impose la fermeture des épiceries de nuit de 22 heures à 6 heures du jeudi soir au lundi matin. Le texte interdit aussi la vente de boissons alcoolisées à emporter entre 22 heures et 6 heures dans neuf secteurs délimités, de l’Écusson à la Pompignane.
Les exploitants doivent mettre l’intégralité des alcools hors de portée de la clientèle pendant ces créneaux, par bâchage ou par une chaîne barrant le rayon. L’arrêté cite expressément l’article L3342-1 relatif à la protection des mineurs parmi ses visas. Un de ses neuf secteurs porte le nom de la rue Eurydice, où quinze des dix-sept cellules commerciales d’une même résidence abritent des commerces ouverts la nuit. Le non-respect des horaires municipaux a valu au printemps une fermeture de quinze jours à une épicerie du faubourg du Courreau.
7 500 euros d’amende et des condamnations en série
Sur le terrain pénal, l’article L3353-3 du code de la santé publique punit la vente d’alcool à un mineur de 7 500 euros d’amende. Le maximum des peines encourues est porté au double lorsque le commerçant a été condamné depuis moins de cinq ans pour un délit du même chapitre. Il risque aussi l’interdiction temporaire d’exercer les droits attachés à sa licence, pour un an au plus.
Addictions France y voit la confirmation d’une fermeté croissante des juridictions. La Cour de cassation avait validé en septembre 2025 une condamnation de Lidl. Le 22 septembre, le tribunal judiciaire de Rennes a retenu une nouvelle fois la vente illicite à un mineur contre l’enseigne : 10 000 euros d’amende, plus l’obligation d’afficher le jugement durant deux mois. La décision peut encore être contestée. Le tribunal judiciaire d’Angers avait frappé deux supermarchés Diagonal en juin.
La coordination entre l’association, les services de l’État et la justice occupe aussi le Parlement. La députée Anne-Cécile Violland interrogeait la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées sur la généralisation de ces dispositifs, dans une question écrite publiée au Journal officiel le 27 janvier puis renouvelée le 2 juin. Aucune réponse ministérielle ne figurait sur la fiche de cette question mardi 29 septembre. La parlementaire s’appuyait sur un précédent rapport de l’association, publié le 3 juillet 2025, qui relevait 86 % de ventes illégales à Rennes, Nantes et Angers.
Addictions France écrira à chacun des commerces visités à Montpellier, refus de vente compris. L’association ouvre dans le même mouvement un module gratuit de sensibilisation en ligne, une quinzaine de minutes destinées aux gérants comme aux salariés, saisonniers et bénévoles. La préfecture de l’Hérault invite les professionnels du département à le suivre. Les achats-tests doivent gagner toute la France en 2026 et 2027, avec l’appui de l’État au titre du Fonds de lutte contre les addictions.













