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Lynchage d’Ali Belhoussine : 20 ans pour l’accusé principal

L’accusé principal du lynchage mortel d’Ali Belhoussine à la Paillade a été condamné jeudi soir à 20 ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté de 20 ans, par la cour d’assises de l’Hérault. Les deux autres accusés ont écopé de 10 ans de prison chacun. Le verdict est tombé après quatre jours d’audience, marqués par des témoignages contradictoires sur le rôle exact de chacun lors du passage à tabac de juin 2023.

Les jurés ont suivi le parquet sur la peine principale tout en allégeant celle des deux coaccusés, contre lesquels 15 ans de réclusion avaient été requis.

Vingt ans de réclusion pour le « patron du deal »

Présenté à la barre comme l’auteur principal des coups, Farid A., 37 ans, a été reconnu coupable du meurtre d’Ali Belhoussine. La cour d’assises a prononcé une peine de 20 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de 20 ans. Cette sûreté est plus longue que celle réclamée par le ministère public, qui avait requis 13 ans, signe que les jurés ont voulu marquer la gravité des faits.

L’avocat général avait souligné le parcours pénal de l’accusé : seize condamnations figurent à son casier judiciaire. « La perpétuité aurait pu être demandée », avait estimé le magistrat lors de son réquisitoire, avant de tempérer compte tenu du fait que la victime s’était présentée armée d’un couteau.

À l’audience, Farid A. avait reconnu avoir frappé le quinquagénaire, tout en niant l’intention de tuer. « Je n’ai rien à voir avec sa mort, j’ai porté des coups car il est venu m’agresser avec un couteau. Il était debout quand je suis parti », avait-il déclaré au micro.

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Dix ans pour les deux coaccusés, en deçà des réquisitions

Les deux autres prévenus, Ramzy B. (29 ans) et Nabil A. (24 ans), ont été condamnés à 10 ans de prison chacun. Le parquet avait demandé 15 ans, jugeant leur participation établie par les témoignages recueillis pendant l’instruction. La cour s’est montrée plus mesurée, tenant compte de l’inégalité d’implication entre l’accusé principal et ceux qualifiés de « petites mains » par l’avocat général.

Pendant les débats, la défense de Nabil A. avait plaidé l’acquittement. Son conseil, Me Marc Gallix, contestait la valeur d’un témoignage isolé.

« Mon client n’est ici que sur la base d’un seul témoignage, il n’a un casier que pour un petit délit routier, aucune preuve ne l’accable, comment peut-on demander 15 ans. »

Me Marc Gallix, avocat de Nabil A.

Ramzy B. était poursuivi notamment pour avoir jeté une chaise en direction de la victime, un geste retenu par l’avocat général comme un acte de violence à part entière.

Une nuit de juin 2023 sur le site des Gémeaux

Les faits remontent à la nuit du 13 au 14 juin 2023, sur le site des Gémeaux, identifié par les enquêteurs comme un point de vente de stupéfiants situé dans le quartier de la Mosson. Ce soir-là, Ali Belhoussine, 55 ans, en proie à des troubles psychiatriques selon l’enquête, se présente sur la zone et invective plusieurs personnes présentes. Quelques minutes plus tard, il est pris à partie sur la voie publique.

L’autopsie a révélé de multiples ecchymoses au visage, des lésions cérébrales irréversibles, ainsi qu’une fracture du larynx et de plusieurs côtes. Transporté à l’hôpital, le quinquagénaire y décédera peu après son admission.

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Le quartier de la Mosson, à l’ouest de Montpellier, théâtre des faits en juin 2023.

Une scène de violence extrême décrite à l’audience

L’avocat de la famille de la victime, Me Luc Abratkiewicz, a décrit pendant l’audience une agression d’une rare brutalité. Le quinquagénaire aurait été roué de coups au sol pendant cinq à six minutes, frappé notamment à la tête, alors qu’il ne pouvait plus se défendre.

« Si on ne l’avait pas arraché du corps qu’il était en train de taper, est-ce qu’il se serait arrêté ? Ce n’est pas se défendre, c’est lyncher. »

Me Luc Abratkiewicz, avocat de la famille d’Ali Belhoussine

Le pénaliste avait insisté sur le contexte : la victime, en pleine décompensation psychique selon le président de la cour, aurait pu être perçue comme gênante pour l’activité du point de deal. Le mobile, selon lui, tenait moins à la légitime défense qu’à la volonté de protéger un trafic.

Des témoins évasifs et un dossier aux zones d’ombre

Le procès, qui s’est tenu du lundi 4 au jeudi 7 mai devant la cour d’assises de l’Hérault, à Montpellier, a été ponctué de déclarations fluctuantes. Plusieurs témoins ont livré des versions contradictoires, peinant à préciser la chronologie ou à identifier les auteurs des coups les plus graves. Cette difficulté a pesé sur la qualification des responsabilités individuelles, au cœur des débats.

Les enquêteurs avaient pourtant rassemblé un faisceau d’indices : constatations médico-légales, témoignages partiels, relevés sur les lieux. Au final, les jurés ont reconnu une hiérarchie claire dans les violences, distinguant le rôle prépondérant de Farid A. de celui de ses deux coaccusés. C’est cette hiérarchie qui se traduit dans la disparité des peines prononcées.

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Dix jours pour faire appel

Les trois condamnés disposent désormais de dix jours pour décider s’ils interjettent appel. Le cas échéant, l’affaire serait rejugée devant une cour d’assises d’appel, sur la base d’un nouveau procès aux mêmes étapes. La famille de la victime, accompagnée par Me Abratkiewicz depuis trois ans, avait fait « le choix de la justice et de la vérité judiciaire », selon les mots de l’avocat à l’issue des réquisitions.

Ce verdict referme provisoirement un chapitre judiciaire ouvert il y a près de trois ans. Il intervient dans un contexte où les Pailladins suivaient le procès depuis lundi. La justice héraultaise traite plusieurs dossiers récents liés au trafic de stupéfiants dans les quartiers ouest de Montpellier, à l’image de l’affaire Lorenzo qui occupe régulièrement la cour d’appel.