Le feuilleton des ex-Studios Lunaret vient de connaître un rebondissement. Le propriétaire des murs a retenu Monoprix pour occuper le bâtiment de 800 m² fermé depuis 2021, en plein cœur des Beaux-Arts à Montpellier. Le groupement coopératif U, qui préparait son installation depuis le printemps, se retrouve écarté. Trois structures du quartier appellent à un rassemblement le mardi 23 septembre devant l’immeuble.
Le bailleur a tranché en faveur de l’enseigne du groupe Casino
L’information a été publiée vendredi 18 septembre par Midi Libre. Joint par le quotidien régional, Pierre Berthès, propriétaire des murs et ancien chevillard qui utilisait autrefois les lieux comme entrepôt, ne laisse guère de place au doute.
« J’ai effectivement retenu l’enseigne Monoprix »
Pierre Berthès, propriétaire des ex-Studios Lunaret
L’enseigne du groupe Casino prendrait donc possession de cet immeuble situé entre les rues Lakanal et Proudhon. Rien n’est encore acté à ce stade sur la surface exacte qu’elle occupera. Le quotidien indique qu’elle pourrait utiliser les deux niveaux du bâtiment, une hypothèse que le projet porté par le groupement U n’envisageait pas.
Ce dernier tenait pourtant la corde. Un couple de gérants avait même été sélectionné au terme d’un processus de recrutement au sein du réseau coopératif. Une source ayant suivi le dossier pour U livre au quotidien une explication sans détour.
« Ils ont mis beaucoup plus d’argent et ont expliqué vouloir s’occuper des travaux de gros œuvre. Du coup, le bailleur les a choisis… Bref, c’est comme ça… »
Une source proche du dossier au groupement U, citée par Midi Libre
Un loyer de 10 000 euros et 600 000 euros de travaux
Les chiffres du dossier expliquent en grande partie ce dénouement. Le propriétaire évoquait cet été un chantier estimé à 600 000 euros et un loyer mensuel d’environ 10 000 euros, des montants rapportés en août par Hérault Tribune. Pour le propriétaire, cité en août par l’association de quartier, « seule la grande distribution a les moyens de suivre ».
Le sujet dépasse largement les Beaux-Arts. Le maire Michaël Delafosse a demandé début septembre à l’État d’étendre aux baux commerciaux l’encadrement des loyers qui s’applique déjà aux logements. Le projet du groupement U prévoyait de son côté d’occuper 400 m² au rez-de-chaussée, laissant deux locaux de 150 m² disponibles pour d’autres activités, selon ce que rapportait en août l’association Beaux-Arts Pierre Rouge.
Les deux établissements à l’enseigne Monoprix recensés à Montpellier par l’annuaire des entreprises de l’État se trouvent aujourd’hui dans l’hypercentre, place de la Comédie et au centre commercial Polygone. L’un et l’autre sont situés à moins d’un kilomètre du bâtiment des Beaux-Arts, un quartier qui a conservé un maillage dense de commerçants indépendants.
Cinq ans de projets avortés rue Lakanal
L’ancienne salle de sport et de danse a baissé le rideau en 2021. Depuis, les projets se sont succédé sans jamais aboutir. Un Carrefour City avait d’abord été envisagé au printemps 2021 avant d’être abandonné face à la mobilisation du quartier. Plus de 2 000 signatures avaient été recueillies contre lui. Le maire de Montpellier avait adressé un courrier à Alexandre Bompard, patron de Carrefour France, pour y dénoncer les méthodes du distributeur.
La Ville avait ensuite soutenu le Plaza Beaux-Arts, un projet hybride de restauration et de lieu culturel porté par le promoteur Thierry Aznar. Le rooftop prévu, dénoncé comme une source de bruit par des riverains, a fini par faire renoncer le promoteur. Le bâtiment a même été occupé brièvement en mars 2025 par le squat La Thermite, évacué au bout de deux jours.
Cet été, c’est le groupement U qui avait relancé le dossier avec un projet de supérette, provoquant l’inquiétude des commerçants et le lancement d’une pétition. Deux mois plus tard, le nom de l’enseigne pressentie a changé.
Rassemblement annoncé mardi 23 septembre
La contestation ne faiblit pas pour autant. Une pétition intitulée « Des cagettes pas des palettes » circule actuellement pour dénoncer cette implantation. Les craintes portent sur la logistique qu’implique une enseigne de cette taille ainsi que sur l’équilibre commercial d’un secteur qui compte déjà une supérette.
Deux associations de quartier, Beaux-Arts Pierre Rouge et Les Vrais amis du Père Prévost, appellent à se réunir devant l’immeuble le mardi 23 septembre à 12 h 30, au 2 rue Lakanal. Elles sont rejointes par le collectif Préservons la Cité bergère. Ce dernier s’est constitué pour empêcher la construction de 69 logements sur la Cité Bergère, qu’il présente comme « la dernière parcelle agricole du centre-ville » de Montpellier.
Un second projet alimente les inquiétudes. Un magasin Biocoop de 300 m² est attendu avant la fin de l’année, au rez-de-chaussée d’un immeuble neuf bâti sur l’emprise d’un ancien garage automobile, rue de Substantion. Son porteur, Antoine Kollen, chiffre l’investissement à 550 000 euros pour sept à huit emplois créés. Interrogée en août sur le dossier des ex-Studios Lunaret, la Ville soulignait le caractère privé de l’opération comme du bâtiment. Elle indiquait avoir recommandé une concertation avec les habitants du quartier ainsi qu’avec ses commerçants.
Reste une inconnue de taille : le calendrier. Midi Libre souligne qu’il reste à savoir quand l’enseigne investira les lieux.















