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Affaire Lyhanna : la colère gronde devant le tribunal de Montpellier

Le nouveau palais de justice de Montpellier, place Pierre-Flotte, lieu du rassemblement en hommage à Lyhanna.

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi 8 juin devant le tribunal judiciaire de Montpellier, place Pierre-Flotte. Le rassemblement rendait hommage à Lyhanna, fillette de 11 ans retrouvée morte dans le Gers. Il visait aussi à dénoncer ce que les participants décrivent comme les défaillances de la justice face aux violences sexuelles.

Un rassemblement devant le tribunal, place Pierre-Flotte

L’appel venait du collectif féministe montpelliérain Les Tricoteuses Hystériques. De 18 heures à 20 heures, des hommes et des femmes de tous âges se sont retrouvés au pied de la cité judiciaire. Selon les sources, la foule allait de plusieurs centaines de personnes jusqu’à près d’un millier au plus fort de la soirée.

Sur les banderoles, on pouvait lire « Lyhanna, l’injustice de trop » ou « Plus jamais ça ». De nombreuses pancartes dénonçaient « l’inaction de la justice ». Le collectif avait invité les victimes de violences sexuelles présentes à venir avec une pancarte relatant les faits subis et le déroulé de leur parcours judiciaire. Plusieurs ont témoigné de plaintes classées sans suite.

Le rassemblement s’est tenu place Pierre-Flotte, devant le tribunal judiciaire de Montpellier.

« Un système qui fabrique la récidive »

Pour les organisatrices, le drame ne relève pas d’un accident isolé. Vigdis Morisse-Herrera, présidente des Tricoteuses Hystériques, refuse de parler d’une simple anomalie. Elle estime que les féministes et les associations de victimes alertent depuis des années sur les difficultés des enquêtes liées aux violences sexuelles.

« Au-delà de la violence initiale, il y a la violence de la justice. Et la violence de la justice est totalement normalisée. »

Vigdis Morisse-Herrera, présidente des Tricoteuses Hystériques

La militante préfère évoquer « l’affaire Jérôme B. » plutôt que la seule mort de la fillette. Les interrogations portent avant tout sur le traitement de signalements antérieurs. Le collectif dénonce des classements sans suite à répétition et la lenteur d’une institution qui, selon lui, ne croit pas suffisamment la parole des victimes.

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Des magistrats dénoncent un manque de moyens

Fait notable, plusieurs magistrats montpelliérains s’étaient joints au rassemblement. Aurélien Vitrac, juge d’instruction et délégué régional adjoint du Syndicat de la magistrature pour la cour d’appel de Montpellier, partage l’indignation tout en pointant un sous-financement chronique. Deux chiffres résument selon lui le débat : la France compte deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs que la moyenne des pays européens.

« On est en permanence dans des arbitrages, à se demander quelles priorisations donner et dans quel dossier on risque le plus la catastrophe. »

Aurélien Vitrac, juge d’instruction à Montpellier

Le déficit pèse aussi sur les enquêteurs de police et de gendarmerie. « Le viol est un crime de masse, la pédocriminalité est un crime de masse. Et nous n’avons pas les moyens d’y faire face », martèle le magistrat. Les investigations sur les violences sexuelles, plus complexes que les affaires de flagrance, réclament du temps, de la formation et des effectifs qui font défaut.

Une colère qui dépasse Montpellier

Le rassemblement montpelliérain s’inscrivait dans une vague nationale. Plus de 150 mobilisations étaient prévues partout en France ce lundi soir. La petite Lyhanna avait disparu avant que son corps ne soit retrouvé le jeudi 4 juin dans le Gers, près d’une semaine plus tard.

Le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour viols et agression sexuelle sur mineur. Il n’avait jamais été entendu par les forces de l’ordre. Face à l’émotion, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a réclamé une « mobilisation générale » pour faire toute la vérité. Le Premier ministre a réuni plusieurs ministres autour de la protection de l’enfance, avec à l’étude de nouvelles mesures pour mieux recueillir la parole des enfants.

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Le combat des Tricoteuses Hystériques contre les violences faites aux femmes a déjà rythmé l’actualité locale, des mobilisations d’avocats montpelliérains aux débats sur les moyens de la justice, alors que la métropole réclamait récemment une juridiction spécialisée pour lutter contre le narcotrafic. À Montpellier comme ailleurs, les manifestants ont martelé une même exigence : que les pouvoirs publics se saisissent du sujet pour qu’un tel drame ne se reproduise pas.