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Castelnau-le-Lez : Julien Miro déclare la guerre aux promoteurs

Le nouveau maire de Castelnau-le-Lez ne décolère pas contre les promoteurs immobiliers. Quelques semaines après son élection, Julien Miro multiplie les coups d’éclat contre une profession qu’il accuse de bétonner sa ville sans tenir ses engagements. Au cœur du conflit se trouve une résidence neuve où des familles vivent depuis trois ans sans eau chaude ni chauffage.

« La fin du paradis des promoteurs »

Le ton est donné dès l’affichage public. Dans toute la deuxième ville de la métropole, des panneaux proclament « Promoteurs, fini de jouer ». Le bulletin municipal annonce carrément « la fin du paradis des promoteurs immobiliers ». La campagne, assumée par la mairie, met en scène des visuels générés par intelligence artificielle où des promoteurs jouent aux Lego avec des immeubles.

Élu en mars, le maire de 40 ans revendique une rupture totale avec quatre décennies de gestion castelnauvienne. Pour lui, ces slogans n’ont pas vocation à créer la polémique mais à fixer un nouveau cap face à ce qu’il considère comme les excès du bétonnage.

« Les règles du jeu ont changé. Désormais c’est aux promoteurs de se plier au quotidien des habitants et pas aux habitants de se plier aux besoins des promoteurs. »

Julien Miro, maire de Castelnau-le-Lez

Marignan et la résidence Fragrance dans le viseur

Derrière les slogans, un dossier cristallise la colère du maire. Dans le quartier Eurêka, la résidence Fragrance du promoteur Marignan compte 86 logements achetés sur plans en 2021. Près de trois ans après la livraison, leurs occupants n’ont toujours ni eau chaude, ni chauffage en hiver, ni refroidissement en été. Julien Miro est allé à leur rencontre le 2 avril, accompagné de ses adjoints chargés de l’urbanisme et des affaires sociales.

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Le maire dénonce un sentiment d’impunité. Il rappelle que son prédécesseur Frédéric Lafforgue a accordé un nouveau permis de construire au même promoteur, avenue de l’Europe, alors que les habitants de Fragrance attendaient des réparations. Une décision qui, selon lui, n’incite guère le constructeur à corriger les défaillances de sa résidence existante.

Le maire élargit le constat à tout le quartier. À son arrivée, il dit avoir découvert qu’Eurêka accueillerait finalement plus de 2 000 logements et non 1 800 comme annoncé par la majorité précédente. Une école promise n’a jamais vu le jour. Le secteur manque d’équipements, de stationnement et d’une antenne de police municipale, autant de chantiers que l’édile promet désormais de mener pour que les habitants ne se sentent plus « laissés pour compte ».

Le quartier Eurêka, à Castelnau-le-Lez, où se trouve la résidence Fragrance.

Les promoteurs montent au créneau

La profession n’a guère apprécié la sortie. Par la voix de son président Thierry Iacazio, la Fédération des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée dénonce une stigmatisation jugée inacceptable. Le dirigeant, également directeur de Vinci Immobilier pour le Languedoc, vise surtout la forme choisie par la mairie.

« Faire une affiche montrant des promoteurs jouant au Lego avec la ville, c’est stigmatisant et défavorable pour toute une profession. »

Thierry Iacazio, président de la Fédération des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée

Julien Miro assume sans broncher. Pour lui, l’indécence est ailleurs : dans les logements livrés sans chauffage, les fissures aux murs ou les infiltrations. Thierry Iacazio reconnaît que certaines opérations ont connu des dysfonctionnements mais refuse d’en faire une généralité, rappelant que construire engage aussi architectes, bureaux d’études et assureurs.

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Stop bétonisation : plus de permis et un bureau des signalements

Le maire passe désormais aux actes. « Je ne signerai plus de permis de construire pour des immeubles de logements et de logements sociaux », tranche-t-il. Il justifie ce gel par une croissance démographique hors norme : 6,5 % par an, contre 1,5 % à l’échelle de la métropole. La commune approche les 30 000 habitants et a, selon lui, dépassé de 53 % ses objectifs de logements sociaux fixés par la métropole. « Castelnau cesse d’être la bonne copine », résume l’édile.

Pour accompagner les habitants, la mairie a lancé fin mai un Bureau des signalements, installé dans les Maisons des Proximités Europe et Eurêka. Malfaçons, infiltrations, retards de livraison ou syndics défaillants y sont recensés avant d’être orientés vers des recours. La municipalité applique aussi une « tolérance zéro » sur la voirie. Avenue Aristide-Briand, le maire a refusé une autorisation d’occupation du domaine public à un chantier : le promoteur a finalement installé sa grue à l’intérieur du terrain pour préserver trottoir et circulation. Près de 10 000 euros de verbalisations auraient déjà été dressés contre des chantiers depuis sa prise de fonction. La Fédération des promoteurs prévient de son côté qu’elle soutiendra les recours juridiques si la ville bloque systématiquement les projets. La bataille du « stop bétonisation » ne fait que commencer.