L’association SOS Racisme a rendu public mardi 28 juillet le bilan d’une vaste opération de testing consacrée aux discriminations raciales dans l’accès aux loisirs. Dans l’Hérault, 13 établissements ont été contrôlés entre Montpellier, Palavas-les-Flots et La Grande-Motte. Deux d’entre eux, une discothèque du centre-ville de Montpellier et une plage privée de La Grande-Motte, sont accusés d’avoir écarté des clients en raison de leur couleur de peau.
Refusés à l’entrée d’une discothèque « complète »
La méthode est éprouvée : l’association envoie successivement devant les mêmes établissements des groupes de testeurs perçus comme noirs, maghrébins puis blancs, avant de comparer l’accueil réservé à chacun. Dans la nuit du 26 juillet, six boîtes de nuit montpelliéraines ont été passées au crible. Une seule a montré un comportement jugé discriminatoire.
Vers 3 heures du matin, un groupe de personnes noires se présente à l’entrée d’une discothèque du centre-ville. L’agent de sécurité leur refuse l’accès en expliquant que l’établissement est complet. Plusieurs clients quittent pourtant les lieux pendant l’échange. Le vigile maintient son refus. Quelques minutes plus tard, des testeurs blancs puis d’autres perçus comme arabes entrent sans difficulté.
Estimant la différence de traitement caractérisée, SOS Racisme a déposé plainte contre l’établissement, dont le nom n’a pas été communiqué. Les scènes ont été filmées par les militants afin de servir de preuve.
Des transats relégués au troisième rang à La Grande-Motte
Le lendemain, vers 9 heures, les testeurs se sont tournés vers les plages privées du littoral. Sept établissements ont été contrôlés entre Montpellier, Palavas-les-Flots et La Grande-Motte. Là encore, un seul est mis en cause.
Sur cette plage grand-mottoise, le groupe perçu comme arabe demande une place en bord de mer. On lui répond que seules des places au troisième rang restent disponibles, les premières lignes étant réservées. Quelques minutes plus tard, les groupes perçus comme noirs et blancs obtiennent des transats au premier rang. L’association envisage un nouveau dépôt de plainte pour ces faits.
Un dépôt de plainte sous tension au commissariat
L’affaire montpelliéraine s’est doublée d’un second incident. Selon SOS Racisme, l’enregistrement audio réalisé lors du dépôt de plainte fait apparaître une minimisation des faits par les policiers, des propos susceptibles de dissuader une victime de poursuivre sa démarche ainsi que des soupirs et des réactions ironiques.
« Les forces de l’ordre doivent être formées au droit de la discrimination pour faciliter les signalements. Aujourd’hui, les personnes discriminées ne se sentent pas légitimes à le faire. »
Cynthia Jonqua, militante SOS Racisme
L’association rappelle qu’en moyenne une dizaine de condamnations pour discrimination sont prononcées chaque année en France. Un chiffre qu’elle juge largement sous-évalué au regard de l’ampleur du phénomène dans la vie quotidienne.
Un bilan national qui confirme la persistance du phénomène
À l’échelle du pays, SOS Racisme a testé 40 établissements cet été : 23 plages privées et 17 établissements de nuit, répartis entre l’Hérault, Marseille, Aix-en-Provence, Nice et Antibes. Le rapport conclut que 17 % des plages privées et 30 % des boîtes de nuit contrôlées ont pratiqué une discrimination. Les exemples relevés vont du refus d’entrée aux tarifs différenciés : à Nice, un groupe perçu comme noir s’est vu annoncer une entrée à 200 euros quand le groupe blanc payait 15 euros, consommation comprise.
Avec deux établissements épinglés sur treize, l’Hérault s’en sort mieux que la moyenne nationale. Le phénomène n’a rien d’anecdotique pour autant : le testing, pratiqué depuis 1995, est reconnu par la jurisprudence comme un mode de preuve recevable devant les juridictions pénales. Les deux établissements héraultais pourraient donc répondre de ces faits devant la justice. Les questions de racisme ont déjà marqué l’actualité locale ces derniers mois, des tags racistes découverts dans trois lycées aux insultes racistes visant des surveillants de prison à Villeneuve-lès-Maguelone.
Dans son rapport publié le 28 juillet, l’association appelle les pouvoirs publics à agir. Elle demande notamment :
- la convocation des professionnels concernés par les préfectures et les collectivités locales pour un rappel de leurs obligations légales ;
- des actions de formation et de sensibilisation dans les établissements accueillant du public ;
- une circulaire du ministère de la Justice incitant les magistrats à poursuivre les faits discriminatoires ;
- des sanctions pénales et administratives réellement dissuasives contre les établissements fautifs.
Reste à savoir si la préfecture de l’Hérault et les communes concernées donneront suite à ces demandes en pleine saison touristique, au moment où discothèques et plages privées du littoral font le plein.















