Une Montpelliéraine transgenre de 22 ans a été retrouvée grièvement blessée le jeudi 13 août, sur les quais du Verdanson. Elle affirme que deux hommes ont tenté de la violer avant de la lacérer. Dix-neuf jours plus tard, aucun suspect n’a été interpellé.
Ce que la victime a raconté aux enquêteurs
La scène se déroule vers 17h30, dans le lit du Verdanson. Ce chenal aménagé, au nord-est du centre-ville, est surtout identifiable aux fresques et aux tags qui recouvrent ses murs. La jeune femme, dont l’identité n’a pas été divulguée, était venue observer ces graffitis.
Deux hommes l’abordent. D’après le récit qu’elle a livré aux policiers, ils pratiquent d’abord des attouchements puis tentent de la violer. Les violences auraient redoublé au moment où ils ont réalisé qu’elle était une femme en transition. Des insultes auraient suivi, puis des coups portés avec des objets tranchants que la police nationale décrit comme des tessons de bouteille. Les tout premiers éléments transmis à France 3 Occitanie évoquaient de leur côté des couteaux et un poing américain. La victime a décrit deux individus mesurant environ 1,80 m et vêtus de noir.
Une centaine d’entailles, cinquante points de suture
Blessée, la jeune femme parvient à remonter jusqu’à la voie publique, sur l’avenue Saint-Charles. Des passants la découvrent couverte de sang et alertent les secours. Les sapeurs-pompiers de l’Hérault la transportent jusqu’à l’hôpital Lapeyronie.
Le bilan médical est lourd. Une centaine d’entailles plus ou moins profondes ont été relevées, surtout aux bras et aux jambes. Le visage a lui aussi été touché. Cinquante points de suture ont été nécessaires. Ses jours n’étaient pas en danger : la Montpelliéraine a regagné son domicile au bout de deux jours d’hôpital, puis a déposé plainte. Sur place, le groupe d’appui judiciaire et le service régional de police judiciaire avaient recueilli son témoignage ; très choquée, elle éprouvait des difficultés à s’exprimer.
Dix-neuf jours d’enquête, toujours aucune interpellation
Interrogée le lundi 31 août, la police nationale a fait savoir que la jeune femme était passée entre les mains de la médecine légale et que des investigations de police technique et scientifique étaient engagées. Les enquêteurs s’appuient aussi sur la vidéoprotection du quartier ainsi que sur d’éventuels témoignages.
Le constat reste le même à ce stade : « il n’y a pas eu d’interpellation dans cette affaire », indique la police nationale. Le caractère transphobe des faits, évoqué par la victime dans son récit, devra encore être établi au cours de la procédure. L’association STOP homophobie précise de son côté que les enquêteurs examinent toutes les hypothèses sur les circonstances des blessures, y compris celle de plaies que la jeune femme se serait elle-même infligées, une piste qui ne constitue à ce jour aucune conclusion. Sollicité par Hérault Tribune sur la qualification pénale retenue, le parquet de Montpellier n’avait pas répondu au moment où le quotidien a mis son article en ligne. Le lieu, souligne la police nationale, « n’est pas connu pour être particulièrement sensible ».
Ce temps d’enquête n’a rien d’inhabituel dans la capitale héraultaise. Cet été, la traque de l’homme soupçonné d’avoir agressé sexuellement plusieurs commerçantes de l’Écusson avait duré un mois avant son interpellation, au terme d’une course-poursuite en centre-ville.
Les associations réclament un accompagnement de la victime
L’agression a provoqué une vague d’indignation dans les milieux associatifs. Dans un communiqué publié à la mi-août, STOP homophobie a apporté son soutien à la jeune femme et appelé à prendre la mesure de la gravité des faits.
« Quelles que soient les qualifications qui seront finalement retenues par la justice, l’ampleur des blessures constatées est considérable »
STOP homophobie, association de lutte contre les LGBTphobies
L’association plaide pour que les personnes trans visées par des violences bénéficient d’une protection et d’un suivi taillés à leur situation, avec l’accès aux soins comme première urgence, puis un accompagnement juridique et psychologique. Fiertés citoyennes a elle aussi réagi publiquement dès le 15 août.
L’horreur à Montpellier…
Nous pensons naturellement à la victime, une jeune femme trans de 22 ans.Une centaine d'entailles, cinquante points de suture : violente agression d'une femme transgenre après une tentative de viol présumée. https://t.co/zvFgj51DVM
— Fiertés Citoyennes ! (@FiertesC) August 15, 2026
À Montpellier, la mobilisation associative sur ces questions est ancienne. La 33e Marche des Fiertés, organisée les 19 et 20 juin derniers autour du mot d’ordre « Touche pas à ma Pride », avait déjà été placée sous le signe de la lutte contre les discriminations.
Des faits anti-LGBT en hausse depuis dix ans
Le contexte national donne la mesure du phénomène. Plus de 3 000 crimes et délits anti-LGBT ont été enregistrés par les forces de l’ordre en 2024, soit trois fois plus qu’en 2016, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur repris par l’Observatoire des inégalités. Les agressions graves pèsent 21 % de ces faits, derrière les injures, qui en représentent 32 %.
Cette progression doit être lue avec prudence. Elle traduit aussi un recours plus fréquent à la plainte et une évolution de la qualification de certaines infractions. Le phénomène reste largement sous-estimé : à peine 20 % des personnes visées par des menaces ou des violences anti-LGBT déposent plainte, d’après les enquêtes de victimation menées auprès de la population.















